Le Bureau des légendes – Saison 2, échec et mat

Canal+ propose depuis le 9 mai la deuxième saison du Bureau des légendes. La première faisait mouche grâce à un récit réaliste et crédible des opérations de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure). Cette deuxième saison parvient à proposer encore plus et c’est un régal.

La série l’année dernière nous faisait découvrir le quotidien du Bureau des légendes, un département au sein de la DGSE qui est chargé de former et diriger les agents de renseignement, appelés «clandestins», lors de leurs missions à l’étranger. Ceux-ci agissent sous «légende», c’est-à-dire sous une fausse identité, afin d’obtenir des renseignements. En fin de première saison on quittait Guillaume Debailly (Mathieu Kassovitz), un ancien clandestin pour la DGSE qui après des péripéties visant à sauver du régime syrien Nadia El Mansour (Zineb Triki), son ancienne maîtresse, s’était retrouvé agent double pour la CIA. Quant à Marina Loiseau (Sara Giraudeau), dont la formation a été assurée par Debailly, elle débutait sa mission en Iran.

Froideur et pragmatisme

Cette saison 2 débute quatre mois après les événements de la saison 1. Guillaume Debailly agit désormais pour le compte de la CIA en leur fournissant des renseignements, ceci afin d’obtenir leur aide pour la libération de Nadia, désormais emprisonnée en Syrie. De son côté Marina Loiseau est à Téhéran et est chargée de se rapprocher de personnes pouvant lui donner des renseignements sur le programme nucléaire iranien. Enfin, parallèlement la DGSE cherche à récupérer un français parti faire le djihad en Syrie, responsable de la décapitation d’un otage.
Au fur et à mesure des épisodes, les ennuis vont commencer à apparaître pour tous les protagonistes et les enjeux de plus en plus importants. Jusqu’à un final qui sonne juste, sans verser dans le démago ou le spectaculaire. Les héros n’en sont pas, et personne n’est gentil.

Profitant probablement d’un budget plus conséquent, la série délaisse souvent les locaux de la DGSE afin de s’aventurer dans divers pays : Turquie, Syrie et Iran, les paysages sont variés et le dépaysement est assuré. Contrairement à d’autres (qui a dit Homeland ?) on ne tombe pas dans la caricature et surprise, les populations locales ne vivent pas toutes dans des maisons en terre cuite. Même si la série a majoritairement été tournée au Maroc, au contraire des américains ils ont évité d’aller à Tatooine.
Cela permet donc à la série d’explorer de nouveaux horizons afin d’éviter la redondance avec la première saison. Toutefois on y retrouve beaucoup de scènes dans la salle des opérations de la DGSE, qui est le véritable centre de toutes les tensions où se joueront la vie de quelques agents. Les bureaux sont froids et les dossiers traités avec pragmatisme, les agents n’apparaissent que comme des petits points rouges sur une image captée par un drone.

Un exemple de réalisation

Le showrunner Eric Rochant se lance donc dans un exercice périlleux, en effet mêler fiction et actualité peut rapidement devenir anxiogène (tous les téléspectateurs ayant en tête les attentats de Paris), et le risque de virer dans la surenchère et le tapageur à l’image de la saison 5 de Homeland est omniprésent. Les deux séries sont en effet inévitablement comparées et au contraire de la série américaine, Le Bureau des Légendes ne cherche jamais à faire le spectacle et s’intéresse aux humains derrière ces événements, plutôt qu’à l’action. De telle sorte que les personnages deviennent rapidement attachants : si Guillaume Debailly est un agent froid et manipulateur, on ne peut s’empêcher d’avoir de l’affection pour lui et d’apprécier les quelques scènes avec sa fille Prune (jouée par Alba Gaïa Bellugi). Ces scènes gagnent en émotion grâce à la voix-off de Mathieu Kassovitz qui tout au long de la saison récite une lettre qu’il écrit à sa fille en vue du grand final, permettant astucieusement de découvrir ses motivations. A ses côtés on retrouve encore une fois Marie-Jeanne (Florence Loiret-Caille), cette fois-ci référent de Marina, toujours juste et pleine de compassion pour l’agente qu’elle dirige. A propos de Marina, l’actrice Sara Giraudeau est la révélation de la saison, confrontée aux scènes les plus difficiles, elle est impressionnante et on croirait presque voir une véritable espionne qui cherche à se rapprocher de l’héritier Shapur Zamani, dans le rôle duquel l’acteur Moe Bar-El livre lui aussi une prestation impressionnante de justesse.
On y retrouve enfin la plupart des acteurs de la première saison et quelques nouveaux, avec entre autre Henri Duflot (Jean-Pierre Darroussin) dans le directeur du Bureau des Légendes, Raymond Sisteron (Jonathan Zaccaï) l’agent séducteur ou encore la petite nouvelle Céline Delorme (Pauline Etienne) qui tente de se faire une place dans un univers où on ne laisse pas beaucoup de place aux erreurs.

Le Bureau des Légendes tire sa force de la crédibilité de son univers. Si l’oeuvre se livre à quelques largesses pour le bien de la narration (interceptions de communications téléphoniques à la volée par exemple), le showrunner et les scénaristes se sont attachés à proposer quelque chose de réaliste. Ainsi, les décors des bureaux sont calqués sur la réalité (les décorateurs ayant eu accès aux bureaux de la DGSE pour s’en les reproduire) et les acteurs montrent qu’ils ont bien profité de leurs entrevues avec d’anciens espions. Tout sent le vrai dans cette série, et c’est ce qui la rend particulièrement captivante.

Bien qu’Eric Rochant et Canal+ se soient largement inspirés du mode de production des séries américaines, ils ont su lui amener une sobriété et un ton rafraîchissant. Jamais anxiogène, toujours divertissant, la saison 2 du Le Bureau des Légendes accroche grâce à la dimension humaine qu’il confère à un univers qu’on ne connaît qu’au travers de séries et de films américains qui privilégient trop souvent l’action à la réalité. L’intensité monte à chaque épisode pour ne jamais redescendre dans un scénario construit comme une partie d’échecs, jusqu’à un final en apothéose qui ne laisse qu’une envie : voir très vite la saison 3.

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