Salam Neighbor, au cœur des réfugiés

Les gars de Living on One qui s’étaient illustrés en 2013 quand, en tant qu’étudiants, ils étaient partis vivre au fin fond du Guatemala avec un dollar par jour sont de retour avec un deuxième documentaire disponible sur Netflix, Salam Neighbor. Cette fois-ci, après avoir vécu au sein d’une des communautés les plus pauvres, ils ont pu vivre pendant un mois dans un camp de réfugiés syriens en Jordanie.

Zach Ingrasci et Chris Temple ne sont aujourd’hui plus des étudiants mais ont conservé le même intérêt pour certaines causes. Après avoir créé la société Living on One, un studio de production ayant pour objectif de créer des « documentaires éducatifs afin de sensibiliser les gens à propos d’enjeux importants », ils sont repartis à l’aventure grâce à Mohab Khattab et Salam Darwaza, un saoudien et une palestinienne de la société de production 1001 Media, afin de montrer la vie dans un camp de réfugiés. Au-delà des bons sentiments et des grandes actions, leurs documentaires trouvent leur intérêt dans leur simplicité : ici pas d’armée de cameraman, de gardes du corps et d’assistance par une équipe médicale. Dans leur documentaire Living On One Dollar en 2013 ils étaient quatre, livrés à eux-mêmes et ne pouvaient compter que sur la gentillesse de leurs nouveaux voisins. Cette première tentative des jeunes américains était intéressante et portait un regard attendrissant sur une communauté qui s’en sort comme elle peut.

En 2016 les deux compères assistés par Sean Kusanagi à la réalisation, ont pu intégrer le camp de réfugiés de Za’atari au nord de la Jordanie, à quelques kilomètres à peine de la frontière syrienne. Considéré comme le deuxième plus grand camp de réfugiés au monde il accueille près de 85 000 réfugiés syriens et en fait ainsi la cinquième « ville » la plus importante de Jordanie. Pour intégrer ce camp comme n’importe quels réfugiés et non pas avec le statut de journalistes, il leur a fallu obtenir l’aide du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et du gouvernement jordanien. Après des tractations de près de dix mois, ils obtiennent l’aval des Nations unies pour entrer dans le camp et vivre sous une tente, dans les mêmes conditions que les réfugiés.

La réalité sans simagrées

Montrer la vie dans un camp de réfugiés est un exercice difficile tant le sujet est malmené un peu partout dans le monde. Certains tentent d’aider, d’autres ferment les yeux, et les derniers pensent que ce n’est pas et ne sera jamais leur problème. Mais entre fantasmes politiques et peurs insensées de la part de quelques personnes, la parole est très rarement laissée à ceux qui vivent réellement cette situation : les réfugiés eux-mêmes. Ils sont parqués dans des camps en espérant peut-être une résolution du conflit syrien un jour lointain, et ils n’ont plus qu’à se taire.

Ce documentaire au contraire vise à leur donner la parole, apprendre à les connaître, connaître leur histoire et leur vécu. Et c’est dans ce sens qu’il frappe fort car les réfugiés sont enfin humanisés, ils ne sont plus cette masse qui fait tant peur à l’Europe, ils ne sont plus les assistés que fantasment certains et les criminels que redoutent d’autres. Il s’agit de femmes, d’enfants et d’hommes qui ont des rêves, des espoirs et qui dans l’absolu ne cherchent que la sécurité et le travail.
C’est ainsi qu’on découvre cette mère de famille et son mari qui ont perdu un enfant à la guerre. Elle récolte des sacs de plastiques pour les travailler et en faire des objets décoratifs, comme pour échapper à la réalité du camp et avoir le sentiment d’être importante pour ses proches. De la même manière une autre mère de famille n’a pas pu rejoindre le camp et vit seule avec ses trois enfants dans une maison délabrée à Mafraq, une ville jordanienne tout près du camp. Celle-ci fabrique des barrettes à cheveux et les vends pour nourrir et donner un avenir à ses enfants. Ou encore cet enfant de dix ans qui va énormément toucher les jeunes américains, lorsque leur père va révéler pourquoi il a tant peur d’aller à l’école de fortune installée dans le camp.

Se reconstruire près des combats

Le documentaire s’attache donc à dépeindre quelques personnalités qui vivent près de la tente des américains. On trouve tout type de profils, mais tous ont en point commun les horreurs qu’ils ont vécus. Rare sont ceux qui avaient envisagés de quitter leur pays et qui n’envisagent pas d’y retourner, mais lorsque les bombes ont commencé à exploser tout près de chez eux, ils ont du trouver un moyen de mettre leurs familles en sécurité. Et pourtant le camp de Za’atari leur rappelle quotidiennement ces horreurs, à seulement onze kilomètres de la Syrie, ils peuvent entendre régulièrement les bombardements depuis leurs tentes.

Salam Neighbor est un documentaire extrêmement intéressant, essentiellement pour son propos. Grâce à une réalisation sobre et sans artifices, la parole est largement donnée à des réfugiés qui donnent une image plus humaine que celle qui est dépeinte quotidiennement dans nos médias. Il porte aussi un regard intéressant sur les efforts faits par des pays comme la Jordanie, le Liban, l’Irak et la Turquie qui à eux quatre accueillent infiniment plus de réfugiés que l’Europe entière, alors que cette dernière rechigne sans cesse à en accueillir de peur d’être dépouillée de ses ressources.
Disponible sur Netflix depuis peu, je ne peux que le conseiller à toute personne souhaitant voir cette situation sous un angle différent.

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