Nerve, voyeur ou joueur

Nerve est une adaptation du roman Addict de Jeanne Ryan. Réalisé par Henry Joost et Ariel Schulman, le film raconte l’histoire d’une bande d’adolescents accros à un jeu sur smartphone dérivé de « l’action ou vérité ».

Vee (Emma Roberts) est une adolescente timide et un peu coincée, mais poussée par ses amis à changer et s’affirmer, elle s’inscrit au jeu en ligne « Nerve ». Ce jeu extrêmement populaire chez les gens de son âge consiste pour le « joueur » à réaliser des défis, déterminés par les « voyeurs » (le public qui a payé pour regarder), et si les défis sont accomplis, le joueur reçoit de l’argent. Pour son premier défi Vee fait la rencontre de Ian (Dave Franco), un autre joueur qui va l’entraîner dans des défis de plus en plus dangereux.

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Can’t Get Enough

Un peu comme une sorte de critique de l’addiction aux réseaux sociaux, Nerve des joueurs prêts à tout pour obtenir une certaine reconnaissance du public, luttant pour avoir le maximum de spectateurs. Le vainqueur se voit promettre une grande récompense mais pour certains protagonistes, y compris l’héroïne, ce jeu est avant tout un moyen d’obtenir une popularité : les joueurs deviennent des héros adulés par la foule qui suit leurs aventures des heures durant, au mépris du danger et de la dimension presque malsaine d’un jeu consistant à épier des adolescents mettant leur vie en jeu. Le terme de « voyeur » pour désigner le public est en ce sens très bien choisi, puisque non seulement certains d’entre eux suivent les défis sur leurs écrans, mais en plus d’autres vont directement sur place pour les filmer.
Alors pour aller un peu plus loin dans l’immersion dans ce monde où les voyeurs guettent les actions des joueurs, les réalisateurs ont pris le parti de la shaky cam pendant de nombreux passages du film, celle-ci étant justifiée par les smartphones qui filment l’aventure. Mais c’est une technique finalement mal maîtrisée, malgré une introduction correcte et une utilisation au premier abord intéressante, les réalisateurs se perdent et on ne compte plus le nombre de passage où un smartphone filme l’action, suivi d’un plan d’ensemble où l’on découvre qu’en réalité il n’y a personne près des héros pour les filmer. Ces faux raccords deviennent légion et on ne peut que s’interroger sur l’intérêt réel qu’ont porté les réalisateurs à leur œuvre.

Au-delà de ça, Nerve s’illustre surtout par son aspect teenage movie, avec des dialogues ras des pâquerettes qui sentent bon le script écrit entre deux rails de coke. La plupart des personnages s’illustrent par leur idiotie dans une sorte d’opéra des idées reçues. L’adolescent est ici par nature fêtard, idiot, à la recherche de la popularité et a une culture très limitée. Sauf pour l’héroïne, présentée comme très cultivée mais qui finalement s’illustre elle aussi par son désir de popularité dans un combat à distance avec sa meilleure amie : c’est bien connu, les femmes ne se définissent que par leur faculté à se crêper le chignon pour savoir qui est la plus belle et la plus populaire. Quant aux personnages masculins, on a droit au beau gosse qui n’a peur de rien et au geek et timide mais beau gosse quand même. Au milieu de tous ces clichés auxquels les teenage movies nous ont habitué on échappe tout de même au pote afro-américain un peu marrant, c’est déjà ça, non ?

Into the Night

Pourtant le film a parfois de bonnes idées. Cette nouvelle version de l’action ou vérité à la sauce des réseaux sociaux est intéressante et donne lieu à des scènes plutôt cool et intenses, dans le genre du film sans prise de tête il remplit parfois bien son rôle. Certains défis sont assez marrants, et le rythme a le mérite d’être soutenu, bien aidé par des acteurs dont les personnages bien qu’idiots ont le mérite de faire vivre le film. Il en est de même du côté de la bande son, plutôt bien sentie et qui accompagne ce périple dans les rues de New York l’espace d’une nuit.

Nerve oscille donc entre le ridicule et le sympathique. Malgré des défauts et un traitement des personnages qui peuvent hérisser le poil, le concept du film donne quelque chose de marrant et qui fait tout à fait le boulot en matière de divertissement. On peut lui reprocher de ne pas aller plus loin dans son idée et de traiter le sujet que de manière très artificielle, mais au final c’est un film où l’on s’ennuie jamais avec en toile de fond une des dérives possibles des réseaux sociaux, à l’heure où des applications comme Snapchat sont au top de leur popularité. L’heure et demie que dure ce film passe très vite, aussi vite qu’il sera oublié.

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