Batman v Superman, la déception d’un conflit injustifié

Le réalisateur Zack Snyder s’adonne à la tâche compliquée d’aborder des thèmes peu communs aux films de super héros : responsabilité, contrôle et religion. Entre introduction à la Justice League et débuts de Ben Affleck dans le rôle du Chevalier Noir, Batman v Superman était l’un des blockbusters les plus attendus de l’année.

Alors qu’il exerce son activité de justicier sous le nom du Batman à Gotham City depuis une vingtaine d’années Bruce Wayne assiste impuissant, dans la bataille qui oppose Superman au General Zod (événements vus dans Man of Steel en 2013), à la destruction d’un des immeubles de Wayne Entreprises où périssent un important nombre de ses employés. Désabusé, Bruce Wayne est convaincu que les êtres dotés de pouvoir mèneront l’Humanité à sa perte.

This is my world

Batman v Superman c’est l’opposition de deux idéologies. Bruce Wayne (Ben Affleck) est un personnage pragmatique et violent, sous le costume de Batman il n’hésite pas à frapper les bandits pour obtenir des informations et les marquer au fer rouge, c’est un justicier violent qui inspire la crainte auprès de ses ennemis. Cette représentation de Batman est bien différente de celle qu’on avait pu voir avant : plus violent et plus sombre.
En face de lui, un alien arrivé sur terre il y a un certain nombre d’années. Si Clark Kent (Henry Cavill) s’est fondu sans problème dans la vie civile, il est une toute autre personne sous le costume de Superman : c’est une représentation d’un certain idéal, on lui voue un culte presque religieux et des statues sont érigées en son honneur. Superman est le défenseur de la Terre, celui qui l’a sauvé d’une terraformation alien (dans Man of Steel) il y a quelques temps.

Malgré son statut de super héros, Superman se retrouve au centre d’un incident ayant eu lieu en Afrique où il semble être responsable d’un important nombre de victimes. Cet « incident » n’est en réalité qu’un coup monté et profite à Lex Luthor (Jesse Eisenberg), le PDG de LexCorp, qui a réussi à créer des munitions capable d’affaiblir Superman grâce à la kryptonite.
Cet événement va pousser les autorités à autoriser Lex Luthor à accéder au vaisseau kryptonien tombé en plein centre-ville de Metropolis, ainsi qu’à la dépouille du Général Zod, afin de procéder à des analyses et trouver une arme de dissuasion contre Superman. Finalement les autorités vont se rétracter et refuser la création d’une arme, poussant Lex Luthor à monter un attentat contre le Capitole où Superman devait rendre des comptes.

Le public est choqué, Superman n’est pas ce sur-homme fantasmé et capable d’éviter des désastres : l’opinion public se retourne et commence à réclamer la tête de l’alien.

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Do you bleed?

C’est alors que Batman va voir en Superman un véritable ennemi. Conscient de son pouvoir de destruction et de sa quasi invincibilité, il en a peur et pense que tôt ou tard cet alien se retournera contre l’Humanité.
Avec l’aide de son majordome Alfred Pennyworth (Jeremy Irons), ici revisité en homme à tout faire, tantôt informaticien tantôt mécanicien ou inventeur, Bruce Wayne va concevoir une armure capable de résister aux assauts de Superman et équilibrer les débats.

Cela donnera lieu à un affrontement terriblement décevant entre les deux personnages. En effet, en entrant dans la salle de cinéma on n’attend qu’une seule et unique chose : voir les deux super héros se taper dessus. Malheureusement, le combat se révèle inintéressant et tourne court (comme à peu près tout dans le film) avec une réconciliation des plus ridicules autour des prénoms des mères de Clark et Bruce.
Ce combat entre Batman et Superman illustre parfaitement tout ce qui ne tourne pas rond dans ce film : c’est chiant, confus et on explique les choses n’importe comment.

Tout d’abord, la méfiance de Batman à l’encontre de Superman. Celle-ci est expédiée extrêmement rapidement comme si tout téléspectateur est un féru de comics, et sait parfaitement pourquoi Bruce Wayne a une telle défiance envers Superman et ses pouvoirs. Mis à part l’incident de Wayne Entreprises, où Superman n’est même pas l’unique responsable, rien ne justifie les actions de Bruce Wayne. Est-ce le nombre de victimes ? Ce Batman n’est pourtant pas avare en missiles et destruction de bâtiments lors des courses poursuites dans sa Batmobile. Est-ce la peur de l’inconnu ? Peut-être, mais le film ne l’exprime pas.
Ensuite, les motivations de Lex Luthor ne sont pas clairement définies, il apparaît tel un Joker qui prend plaisir à semer le chaos et la destruction. Il est l’archétype même du vilain sans motivation (ou qui sont bien obscures) qui n’est là que pour offrir une issue heureuse aux deux héros. Et c’est bien dommage, parce que cette incarnation de Lex Luthor par Jesse Eisenberg est vraiment très bonne à mes yeux ; il s’éloigne complètement des comics mais le fait avec brio.
Que dire de l’enchaînement des scènes ? Elles sont très nombreuses, plein d’intrigues sont ouvertes mais pratiquement aucune n’est refermée. On passe très vite d’une scène à l’autre sans véritable lien et au bout de 2h30 et un combat final lamentable, je me suis demandé, « et maintenant ? »

Et ce n’est pas la réalisation de Zack Snyder qui relève le niveau. Au contraire, afin de donner un semblant d’identité à son film, il use de toutes les techniques esthétiques pour marquer le spectateur. Ainsi entre le filtre sombre et les ralentis à tout va, difficile de ne pas remarquer les intentions du réalisateur. Le filtre est là pour que le spectateur (probablement un peu idiot aux yeux de Snyder) comprenne bien que le film est très sombre et violent, tandis que les ralentis sont de véritables messages nous annonçant qu’on a devant nous une scène épique. Malheureusement l’impact émotionnel est nul car on n’a que faire des personnages et de l’histoire, puisqu’ils n’ont aucune consistance. Que ce soit Batman, Superman, Wonder Woman ou Lois Lane, chacun est largué au milieu d’un récit confus, sans queue ni tête, où l’on pourrait échanger n’importe quel personnage contre un autre sans que ça ne change grand chose.

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Is she with you?

Finalement les réussites du film sont bien rares, et je dirais qu’elles se limitent à deux choses : Ben Affleck qui incarne un excellent Batman, et Gal Gadot dans la peau d’une Wonder Woman déterminée. D’ailleurs la seule scène véritablement marquante, en dehors de la scène de réconciliation des héros autour du prénom Martha qui fait rire malgré elle, est centrée sur l’apparition de Wonder Woman dans le combat final, avec un excellent thème musical. Malheureusement et à l’image du reste du film, ce combat terminera deux minutes plus tard de la manière la plus risible qui soit.

Zack Snyder a donc enchaîné les erreurs avec ce film. S’il avait la matière pour proposer un film intéressant centré autour de la peur du pouvoir de Superman et sa responsabilité, il a préféré ouvrir une tonne d’intrigues jamais développées (en vue du film Justice League ? Il suffit de voir l’introduction rapide et ridicule de Flash, Cyborg et Aquaman) qui l’obligent aujourd’hui à apporter des explications dans tous les médias. S’il ne l’avait pas deviné lui-même, ce n’est jamais bon quand un film nécessite des explications ultérieures ou un director’s cut plus long lors de sa sortie DVD/Blu-ray.
A l’image de ses précédents films et notamment Sucker Punch, le réalisateur américain a délaissé la cohérence du récit pour concentrer ses efforts sur l’esthétique. Cela plaît certainement à beaucoup de monde et il suffit pour s’en convaincre de voir le nombre d’adorateurs de Snyder le défendre sur internet, mais pour ma part je n’en peux plus de son style et j’ai extrêmement peur pour la suite. En effet il réalisera les films Justice League, où à n’en pas douter il se fera plaisir sur les ralentis et effets de style. Espérons que Ben Affleck, producteur exécutif, ait son mot à dire sur les futurs choix du réalisateur.

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