Infiltrator, la trahison n’est qu’une question de temps

L’histoire de Pablo Escobar et de son réseau d’exportation de drogue aux Etats-Unis ne cesse de passionner. Après la série Narcos chez Netflix, le film Infiltrator de Brad Furman s’intéresse à cette époque en abordant le sujet du côté de la Floride avec l’histoire de Robert Mazur, un agent du service des douanes américaines qui a fait tomber un réseau du narcotrafiquant au cours des années 1980.

L’agent spécial Robert Mazur (Bryan Cranston) des U.S. Customs Service entre en mission d’infiltration sous le nom de Bob Musella. L’objectif de l’opération est de se rapprocher des barons de la drogue qui entourent Pablo Escobar et lui permettent d’écouler sa drogue en Floride, tout en blanchissant son argent avec la complicité d’une banque internationale. Dans cette dangereuse mission qui le mènera dans l’entourage de Roberto Alcaino (Benjamin Bratt), un proche du narcotrafiquant colombien, il sera assisté de Kathy Ertz (Diane Kruger), une agente fédérale qui se fait passer pour sa femme.

Brothers on the Slide

The Infiltrator évite l’écueil redouté en ne s’intéressant pas véritablement à Pablo Escobar, ni en faisant passer Robert Mazur pour un super-agent secret. Basé sur l’autobiographie de l’agent spécial des services douaniers, le film porte une attention particulière non seulement à l’incroyable réseau de transport et de blanchiment d’argent mis en place par le cartel de Medellín, mais également sur l’impossible vie de famille pour un agent qui va consacrer un long moment de sa vie à faire tomber 85 barons de la drogue et une banque internationale peu regardante sur l’origine de la fortune de ses clients.
Le cinéaste Brad Furman s’attache ainsi à raconter l’histoire presque incroyable d’un coup monté, un piège extrêmement complexe mené par une armée d’agents américains, dans le but de s’attaquer à l’envers du décor : l’argent. Ils ont bien compris qu’empêcher la distribution de la drogue n’a strictement aucun intérêt et que le meilleur moyen de s’attaquer à tous ces trafiquants, c’est de s’attaquer à leurs moyens de financement. A côté, le film porte un regard sur la vie personnelle des agents, et la manière dont ils ne peuvent que s’attacher -quand bien même ils espèrent que ce ne sera pas le cas- aux personnes dont ils se rapprochent dans le but de les faire tomber. La relation qu’entretiennent les agents infiltrés avec Roberto Alcaino et sa femme est d’ailleurs un élément important du film qui va rendre leur tâche encore plus compliquée que prévu.

Bryan Cranston est évidemment la tête d’affiche de ce film, celui qui a enfin connu le succès mérité grâce à sa performance dans la série Breaking Bad continue d’enchaîner les très bons rôles, et retrouve ici un peu de son personnage de Walter White. Mari aimant et bon père de famille, il devient pour son métier une personne extrêmement froide, prêt à tout pour mener sa mission à bien. A la fois attachant et inquiétant, sa vraie femme a bien du mal à le suivre et le spectateur aussi. Quant à Diane Kruger elle est très convaincante dans le rôle de Kathy Ertz, et malgré un début timide son personnage s’affirme au fil des minutes avant de devenir un élément central du film. Mais je retiens surtout John Leguizamo (dans le rôle d’Emir Abreu, un autre agent américain) et Benjamin Bratt (dans le rôle de Roberto Alcaino), les deux dans des rôles très différents permettent d’aborder cette histoire sous deux angles particuliers. D’un côté la violence des cartels, de l’autre le luxe et la belle vie menée par les barons, ils incarnent leurs rôles avec brio.

Am I A Good Man

Inévitablement le doute se pose dans la tête des agents, sur la justification de leurs actes, sur les limites qu’ils doivent se poser. Le couple d’agents infiltrés doit se rapprocher d’un autre couple et nouer de véritables liens d’amitié, jusqu’à se considérer comme une grande famille, alors quand il est l’heure de les trahir, la morale prend le pas sur la satisfaction du travail bien rempli. Infiltrator n’est donc pas seulement l’histoire d’une incroyable opération des services américains, c’est aussi une aventure humaine qui fait découvrir un monde loin des clichés, où les criminels les plus recherchés sont également des humains qui peuvent s’avérer respectables dans l’intimité.

Tellement fasciné par Pablo Escobar, le cinéaste Brad Furman a d’ailleurs annoncé qu’il n’en avait pas fini puisqu’il prévoit de réaliser un autre film, cette fois-ci centré sur la vie du colombien. En attendant, Infiltrator est un des très bons films de l’année, qui peut légèrement décevoir sa structure très classique qui laisse peu de place pour la surprise. Mais le casting et le scénario sont si solide que j’ai passé un excellent moment devant ce film, et je le recommande chaudement.

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