Narcos – Saison 2, la traque du héros déchu

Narcos est une série de Netflix réalisée par José Padilha. La première saison nous présentait l’ascension de Pablo Escobar, délinquant parmi d’autres à Medellín en Colombie, devenu le narcotrafiquant le plus recherché de la planète. La saison 2 est une suite directe.

(Spoiler sur la première saison dans l’article.)

A la fin de la saison 1, Pablo Escobar (Wagner Moura) avait trouvé un accord avec le gouvernement colombien : afin d’éviter une extradition vers les Etats-Unis il s’était engagé à s’emprisonner lui-même dans « La Catedral », une parodie de prison gardée par ses hommes, d’où il n’était pas libre de sortir, mais il y agissait comme bon lui semblait. En le voyant continuer ses affaires depuis cette « prison », les autorités colombiennes et les agents américains de la DEA (agence américaine de lutte contre le trafic de drogue) décident de le transférer vers une prison de Bogota. Devant son refus, ils ont donné l’assaut et Pablo Escobar s’est enfui.
La saison 2 débute exactement là où la saison précédente s’est terminée, Escobar est en fuite aux abords de « La Catedral », et la traque va s’organiser pour se débarrasser de lui.

The Enemies of My Enemy

Dans cette deuxième saison, l’accent est donc mis sur la traque de Pablo Escobar alors qu’il est devenu l’ennemi déclaré de la Colombie. Si la première saison montrait un rapport ambigu entre le pouvoir politique et le narcotrafiquant, ici le mot d’ordre donné aux milliers de soldats et policiers est de l’abattre. Le bon point de cette saison est que le récit s’intéresse beaucoup plus à Escobar ; la première saison mettait en avant les agents de la DEA et leurs vies respectives, ici Escobar devient enfin le véritable personnage principal et on assiste à ses côtés à la destruction de son empire. Il est confronté à de nouvelles menaces avec le Cartel de Cali et Judy Moncada (Cristina Umana), la femme de Kiko Moncada qu’il a assassiné à la fin de la première saison à « La Catedral », ou encore d’autres anciens collaborateurs d’Escobar qui s’allient pour pour mettre un terme à son règne. Ces nouveaux ennemis offrent de nouveaux enjeux puisque le héros de Medellín n’est plus cet homme invincible décrit auparavant, et devient la proie à de nombreux chasseurs. On découvre un homme qui ne peut plus que compter sur une poignée de personnes, et qui va devoir faire des choix terribles pour se sauver, et sauver sa famille. La cavale est par ailleurs parfaitement mise en scène, on découvre le narcotrafiquant incarné par Wagner Moura dans des situations inattendues où le doute et la peur prennent le pas sur l’assurance qu’on lui connaissait : le réalisateur voulait vraiment montrer toutes les étapes de la chute de Pablo Escobar, une sorte de descente aux enfers pour l’icone.
Les agents de la DEA Steve Murphy (Boyd Holbrook) et Javier Peña (Pedro Pascal), bien que mis en retrait, mènent la traque et vont se retrouver au sein de forces spéciales consacrées à l’élimination de Pablo Escobar. Mais comme précédemment ils se rendent compte que le criminel conserve une influence certaine auprès de la population, y compris les militaires, ce qui va rendre leur travail extrêmement difficile. Le personnage incarné par l’excellent Pedro Pascal va d’ailleurs être lui-même confronté à une situation compliquée lorsqu’il aura l’occasion d’obtenir l’aide de « Los Pepes », une bande ultra violente qui a pour ambition d’éliminer Pablo Escobar et tous ses soutiens.

La série prend donc de la distance avec l’aspect « documentaire » de la première saison. A l’époque on découvrait un show qui tentait de faire le lien entre les images d’archive et la fiction, et couvrait une très grande période de l’histoire (des années 1980 jusqu’au début des années 1990). Ici le récit se pose enfin et la saison se déroule sur un espace temps plus réduit où Pablo Escobar qui était auparavant le héros du peuple est contraint de se cacher dans des taudis, en cherchant n’importe quel moyen pour échapper à la fois au gouvernement et à une bande rivale.

Exit El Patrón

Le réalisateur a clairement pris un risque en s’éloignant de la démarche plus ou moins réaliste de la première saison (qui fonctionnait très bien). Mais le choix est finalement le bon, l’étau se resserre autour d’Escobar et il était probablement nécessaire de se concentrer sur lui, et les quelques personnes qui l’ont accompagné dans sa chute. La saison est largement portée par l’excellente prestation de Wagner Moura, absolument époustouflant dans ce rôle, malgré les critiques sud-américaines qui lui reprochent son accent brésilien. Mais j’ai également été surpris par Paulina Gaitán, celle qui joue Tata, la femme d’Escobar. Elle était plutôt passive dans la première saison en assistant impuissante aux méfaits de son mari, mais elle devient ici un personnage essentiel pour l’équilibre et les convictions de Pablo Escobar, et l’actrice offre une excellente performance. De la même manière on découvre l’acteur Leynar Gomez dans le rôle de Limón, particulièrement convaincant dans le rôle du chauffeur de taxi devenu homme de main d’Escobar : il l’accompagne et assiste à sa chute, il symbolise cette partie de la Colombie qui voyait en lui un « bienfaiteur », l’homme qui s’est soucié des plus pauvres alors qu’ils étaient abandonnés par le gouvernement.
L’excellente écriture des scénaristes évite d’ailleurs de voir Pablo Escobar comme un simple criminel : on peut sentir jusqu’au bout le soutien du peuple, mais également les convictions et l’amour que porte Escobar à « son » peuple, et à sa famille au travers de quelques scènes qui le décrivent comme un époux aimant et un bon père.

La saison 2 de Narcos ne fait pas que reprendre ce qui faisait la force de la première saison, elle va au-delà en proposant une structure de récit fondamentalement différente et plus proche de l’homme que ne l’était la saison 1. Pablo Escobar est désormais vulnérable et à bout de forces, et chaque épisode nous fait progresser vers un final absolument fabuleux. Cette saison est plus intimiste, avec moins de personnages secondaires, et elle gagne largement en maîtrise. José Padilha continue de nous étonner, et Narcos devient probablement l’une des meilleures séries produites par Netflix.

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