Office, j’achète donc je suis 

Avec Office le réalisateur hongkongais Johnnie To s’essaie à un genre bien différent de ce qu’il a l’habitude de faire. Après avoir fait danser la caméra pendant des années, il fait aujourd’hui danser ses acteurs dans une comédie musicale qui se moque ouvertement d’une société chinoise matérialiste, où l’appât du gain pousse des employés à travailler jour et nuit.

La finance se porte au mieux en Chine et la société Jones & Sunn n’est que l’émanation d’une économie florissante. Mais alors que la société est sur le point de publier ses comptes, son président Ho Chung-ping (Chow Yun-fat) promet à sa directrice générale et maîtresse Winnie Cheung (Sylvia Chang) qu’elle deviendra bientôt une des principales actionnaires de la société. Cependant les choses deviennent plus compliqués alors que l’économie est touchée par le krach boursier de 2008.
Dans le même temps, deux jeunes employés arrivent chez Jones & Sunn, il s’agit de Sophie (Tang Wei), une femme ambitieuse et Lee Seung (Wang Ziyi), un homme qui a du mal à trouver sa place.

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La culture de l’argent

L’action virevolte, la caméra danse avec les acteurs et les chorégraphies sont réglées au poil : après des décennies d’action, Johnnie To s’essaie à la comédie musicale. Mais les similarités entre ce genre et celui de l’action hongkongaise sont nombreuses, et le réalisateur entend bien en profiter. Il fait ici danser ses acteurs, même si Chow Yun-fat parvient à s’esquiver, et les amène dans un conte des temps modernes où les travailleurs sont si dévoués à leur travail, seul point de reconnaissance sociale, qu’ils vivent sur leur lieu de travail. Leurs appartements sont ouverts, à la vue de tous, puisque personne n’est censé avoir de secret. Mais c’est une condition qui est communément acceptée, parce qu’on promet à chacun la gloire et l’argent, tout le monde regardant avec envie les plus riches qui se définissent par ce qu’ils achètent. L’étalage de richesse est indécent, et devient presque absurde dans une comédie musicale qui se moque allègrement des nouveaux riches en Chine. Pays qui a connu une expansion énorme et qui voit apparaître un nombre incalculable de millionnaires, des gens qui ont de nouvelles ambitions et qui sont condamnés à toujours aller un peu plus loin pour tenir la cadence d’une haute société où s’enrichir est le credo.

Mais Office peine à trouver sa place. Parfois moqueur d’une société qui se tue au travail, parfois sarcastique devant les nouveaux riches qui peuplent la Chine, le film de Johnnie To est le plus souvent maladroit. La note est fausse, à l’image d’acteurs qui peinent à se mettre dans le rythme et de chansons qui viennent s’insérer sans trop de génie. Le réalisateur hongkongais donne le sentiment d’avoir touché du bout du doigt quelque chose d’intéressant, mais sans être parvenu à mettre en forme cette idée. Celui que l’on connaît pour des films de grande qualité tombe là dans une simili-comédie musicale à qui rien ne réussit, comme si personne ne savait vraiment ce qu’il faisait là. Alors qu’il offre des décors au goût douteux et qui semblent faits de plastique, comme pour montrer la superficialité de cette société, c’est le film en lui-même qui semble artificiel. Office est prisonnier de ce qu’il dénonce, et ne fait qu’empiler les poncifs qui ne racontent rien d’intéressant. La réalisation de Johnnie To elle est impeccable, parfois même trop. Le film remplit toutes les cases de la bonne comédie musicale : du travelling en veux-tu en voilà, des faux plans-séquences et des chorégraphies parfaitement exécutées. On semble avoir affaire au travail d’un réalisateur débutant, qui a pris sa petite liste d’effets qui fonctionnent bien et qui s’est appliqué à la remplir. Si ça aurait pu fonctionner pour d’autres, on peut attendre un peu plus d’idées de la part de quelqu’un comme Johnnie To et l’immense carrière qui le précède.

Quand rien ne suffit

Et c’est tout à fait décevant. Si je n’attendais vraiment rien du film dans la mesure où je n’en ai jamais entendu parler avant de voir l’affiche sous mes yeux, c’est en le visionnant que je me disais qu’il aurait pu être bien plus. Les comédies musicales se font plutôt rare en Asie, et parmi celles-ci très peu arrivent un jour par chez nous. Si on y a eu droit, c’est certainement en raison de la notoriété de son réalisateur et son casting plutôt intéressant. Et j’étais plutôt emballé à voir ça : une comédie musicale hongkongaise. Un film qui pourrait exploiter le genre sans chercher à le singer, et c’est malheureusement ce qu’il s’est passé. Comme je le disais plus haut, le réalisateur s’est appliqué à faire une « bonne comédie musicale », en oubliant qu’il ne suffisait pas d’avoir des chorégraphies impeccables et des chansons entraînantes pour captiver. Si une comédie musicale comme La La Land a si bien fonctionné ces derniers mois c’est parce qu’elle est touchante, parce qu’elle ne se focalise pas sur la musique : c’est la musique qui raconte le film, ce n’est pas le film qui force la musique. Office lui se contente d’aligner les morceaux alors que tout aurait pu être raconté sans ceux-ci, comme si le réalisateur avait décidé de faire une comédie musicale avant d’en comprendre l’intérêt.

Office est une erreur pour moi. Une erreur dans la carrière d’un formidable réalisateur, qui n’a pas su cette fois-ci tirer le meilleur d’un genre. Malgré son formidable casting et quelques idées disséminées ici et là, on a l’impression de voir quelque chose d’artificiel, d’aussi matérialiste que ce qu’il dénonce. Si l’idée du réalisateur passe aussi bien, c’est parce qu’il en fait partie : il est fait par et pour une société qui accorde une importance sans limite à l’image. C’est juste joli et impeccable techniquement. Ce n’est rien de plus.

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