Descender – Tome 3, c’est notre histoire

Descender est une des bonnes surprises de l’année en matière de comics. Après deux premiers tomes qui racontaient comment l’Humanité s’était mise à rejeter toute sa haine sur les robots, ce troisième tome nous raconte de quelle manière les personnages ont chacun vécu le terrible événement déclencheur.

Le Programme, la résistance robotique, se met peu à peu en place : alors que l’androïde Tim-21 est la source de tous les intérêts, le leader des résistants Psius œuvre en secret pour construire une armée et contre-attaquer l’espèce humaine. Mais le souvenir des Récolteurs qui ont fait disparaître une partie de l’Humanité il y a dix ans reste encore très présent, un véritable traumatisme dont se souviennent tous les protagonistes. C’est l’occasion pour eux de se remémorer ces jours sombres, et faire le deuil.

DescenderTome3Critique (3)

Le temps d’un souvenir

Ce troisième tome de Descender surprend un peu par une narration assez différente. Ici, l’histoire n’avance que très peu, puisque les cinq chapitres qui composent ce tome suivent chacun un personnage différent, dans les jours ou heures qui ont précédées et suivies la fameuse attaque. On les découvre dans leur quotidien, souvent très terne, au sein d’une société profondément injuste. Les robots servent d’esclaves ou de soutien moral alors que les inégalités propres aux dystopies sont bien présentes. C’est là qu’on découvre le début de vie déchirant de Tim-22, ce robot aux intentions assez sombres que l’on rencontrait dans le tome 2, ou encore une scène poignante entre Foreur et son ami. Jeff Lemire y effectue là un travail exceptionnel puisque même s’il met en avant cette incapacité, pour les robots, à ressentir quoique ce soit, il parvient à nous émouvoir et montrer dans quelle mesure ceux-ci ont été affectés par le comportement des Humains. Toute la méchanceté, qui caractérise l’Humanité dépeinte par l’auteur, s’affiche dans le traitement qu’ils réservent aux androïdes et c’est extrêmement dur : ils sont malmenés et considérés comme moins que rien, donnant un peu plus de fondement à la haine qui animent Psius et Tim-22, deux robots pourtant antipathiques dans le tome précédent.

Jeff Lemire fait fort encore une fois car il a su insuffler une nouvelle dynamique à son histoire. Sans se reposer sur ses lauriers, il empreinte un nouveau chemin dans la narration et envoie le lecteur vers d’autres considérations : exit la guerre annoncée dans le tome 2 et place à des souvenirs, à ce qui anime chacun des personnages. Parce que si en l’état on est bien incapables de savoir où l’auteur souhaite réellement aller, une chose est sûre : Descender n’est pas l’histoire d’un conflit, c’est l’histoire des femmes, hommes et androïdes qui le vivent. Et ce n’est pas un mal, car si le deuxième tome était très bon, il pouvait sur sa fin laisser entrevoir une suite plus classique. Finalement il n’en est rien, et la série ne cesse de confirmer ce que j’en pense depuis que je l’ai découverte : Descender est un des meilleurs comics de ces dernières années.

La recherche du deuil

D’autant plus que Dustin Nguyen continue de séduire par ses dessins : celui qui a remporté le prix Eisner pour son travail sur Descender en 2016 a parfaitement saisi les intentions de Jeff Lemire. Cette mélancolie qui se dégage de l’histoire, le cynisme de ses personnages, leur sentiment de confusion et le deuil sont parfaitement retranscrits dans des dessins de toute beauté. Certes, quelques planches paraissent être en dessous du reste. Mais il faut dire que le dessinateur atteint un tel niveau que de nombreux passages se passent du moindre commentaire. Le tome 3 de Descender est un des rares comics que j’ai lu dans un premier temps avant de le parcourir une deuxième fois pour le simple plaisir d’en admirer les dessins : ils racontent chacun une histoire, un bout de ce qui construit les protagonistes, et touche sans peine le lecteur.

Je ne peux que conseiller encore et encore Descender. Les tomes passent et les qualités restent, se payant même le luxe de s’améliorer au fil du temps grâce à deux personnes qui maîtrisent leur art. Jeff Lemire est un scénariste hors pair qui s’amuse sans cesse avec le lecteur en le surprenant dans sa narration. Quant à Dustin Nguyen, je le couvre de compliment à chaque fois que je parle de Descender : ses dessins sont somptueux. Certains n’aimeront pas le style, mais ceux qui y adhèrent ne seront qu’enchantés. Bref, pour peu que vous aimiez la bonne science-fiction, et sachant que c’est disponible en version française depuis le 2 juin 2017 chez Urban Comics, je ne peux que vous inciter à courir chez votre libraire et vous le procurer (ainsi que les deux tomes précédant si ce n’est déjà fait).

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