Le Grand Jeu, le tout Hollywood aux pieds de Molly

Il y a quelques années on apprenait l’organisation de parties de poker privées sous la houlette de Molly Bloom, une femme influente qui réunissait autour de la table les acteurs les plus en vue du moment, aux côtés de financiers de Wall Street. Le réalisateur Aaron Sorkin nous raconte son histoire dans Le Grand Jeu, avec Jessica Chastain dans la peau de la business-woman.

Molly Bloom (Jessica Chastain) est une ancienne skieuse qui a dû abandonner son rêve olympique après une grave blessure. Elle décide plus tard de s’offrir une année sabbatique à Los Angeles en 2003, l’occasion de prendre le temps et découvrir ce qu’elle veut réellement faire de sa vie. C’est à ce moment-là qu’elle va décrocher un emploi d’assistante pour un patron tyrannique, Dean Keith (Jeremy Strong). Celui-ci va finir par l’amener aux parties de poker qu’il organise dans un bar en compagnie de stars de cinéma, de sportifs et financiers en tout genre. En apprenant peu à peu les rouages du métier, elle va finalement décider de s’éloigner de son patron et monter ses propres soirées, jusqu’à ce qu’elle soit finalement arrêtée par le FBI. Elle racontera sa véritable histoire à l’avocat Charlie Jaffey (Idris Elba), désireux de la comprendre avant d’envisager de la défendre.

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Velvet Noose

In medias res, le récit s’ouvre sur l’arrestation de Molly Bloom, l’héroïne d’une histoire hors du commun. Interprétée par une Jessica Chastain des grands jours, l’héroïne de l’ombre va expliquer à son avocat comment elle est parvenue à passer de serveuse à reine des parties de poker. Taisant le nom de la plupart des joueurs qui ont pris part à ses parties, elle reconnaît sans mal que ceux-ci étaient des acteurs extrêmement connus et populaires, des business-man en mal d’action et parfois, des personnes dont l’argent provenait probablement d’affaires moins légales. Le film parvient à fasciner très vite avec la mise en scène rythmée de Aaron Sorkin qui nous dépeint là un monde de luxe le plus total. Au-delà de la beauté des suites d’hôtels, on se retrouve dans le grand monde des stars de cinéma et des personnes les plus riches de la terre où, pour la simple envie d’évoluer en société et de passer du temps dans un endroit « hype » on va sans mal jeter de l’argent par les fenêtres dans un jeu qui au fond n’intéressait pas grand monde. Mis à part quelques uns qui étaient accrocs au poker, le film nous montre surtout des hommes qui tentent d’exister et se prouver qu’ils sont supérieurs aux autres. L’un d’eux confiera à Molly Bloom que la seule raison de sa présence à la table est le plaisir de détruire ses concurrents, tandis qu’un autre s’endettera pour la seule raison qu’il veut être au niveau de ces stars tant fantasmées.
Et pour gérer tous ces hommes, souvent détestables ou au moins pathétiques, Molly Bloom doit rapidement apprendre afin de faire tourner le business. Car si elle s’attache au départ à ne pas sortir de l’illégalité, une loi lui permettant en effet d’organiser des parties de poker privées pour peu qu’elle ne retire pas personnellement un pourcentage des sommes engagées, elle devra ménager sa clientèle afin de pouvoir se payer grâce aux pourboires. Alors l’alcool coule à flots, on laisse les uns et les autres avoir un sentiment de puissance, les ego sont satisfaits et à l’insu de tous, Molly Bloom devient vite la personne la plus puissante du coin.

Quasi confidente de certains protagonistes ou avec une oreille largement tendue au-dessus des conversations les plus intimes, alors que les parties s’étendent jusqu’à tard dans la nuit, Molly Bloom acquiert suffisamment d’informations sur ses clients pour se retrouver dans une position inattendue. Et c’est là-dessus qu’insiste le film de Aaron Sorkin, cette lutte de pouvoir et d’influence qui s’installe, comme un symbole alors que le jeu du poker repose sur les mêmes cordes. Si on pouvait s’attendre à découvrir une héroïne détruite alors que tout lui est retombé dessus, comme si elle servait de bouc-émissaire, on découvre plutôt une femme sûre d’elle et digne alors qu’elle pourrait s’en sortir aisément en livrant tous les noms, toutes les informations qu’elle a glanée au fil des mois. Si on ne doute pas que les faits ont été enjolivés pour les besoins du film qui se voulait plus romantique dans son approche, Aaron Sorkin semble conserver un certain recul sur une affaire qui aurait probablement pu troubler Hollywood à l’époque. Il film avec un certain voyeurisme la débauche et la descente aux enfers de certains joueurs, mais garde toujours un regard délicat et sincère sur l’héroïne et ses actes, qu’ils soient bons ou mauvais.
Inspiré d’une histoire vraie, on garde assez peu de souvenirs de cette affaire dans la mesure où personne de très connu n’a réellement été inquiété, et c’est probablement là aussi que le film perd un peu de sa superbe. La fin de l’affaire est relativement « plate », loin des soirées luxuriantes organisées par Molly Bloom puisque peu de monde a finalement subit le contre-coup de ces soirées. Et Aaron Sorkin ne parvient pas vraiment à éviter cet état de fait. Du coup on se retrouve avec un final assez quelconque, comme si le réalisateur nous avait proposé un délicieux repas avant de nous abandonner au moment du dessert.

Crystal Blue Persuasion

Pour autant malgré ce final décevant Aaron Sorkin nous offre un travail tout à fait sérieux. Ceux qui aiment son style ne seront pas déçu avec une mise en scène fidèle à ce qu’il proposait déjà dans The Social Network ou Steve Jobs, mettant l’accent sur ses protagonistes plutôt que sur le fond. Jessica Chastain se retrouve dans un rôle pas évident à jouer, tout en retenue pour incarner une femme qui ne dévoile rien. Déterminée et abîmée par une vie compliquée, la Molly Bloom du film colle à la peau de Jessica Chastain qui l’incarne avec brio, et on comprend sans mal pourquoi elle a été nommée aux Golden Globes récemment. A ses côtés, on retrouve Idris Elba dans un rôle classique d’avocat droit dans ses bottes et psycho-rigide, pas son meilleur rôle mais il n’en reste pas moins convaincant. De manière générale le film excelle par sa maîtrise, rien ne dépasse à tel point que tout peut parfois sembler trop lisse. Le réalisateur ne va pas jusqu’au bout des choses et se contente de proposer un film bon en tout point, mais sans prise de risque. Il peut remercier Jessica Chastain, qui est la seule raison pour laquelle on parlera encore de ce film dans quelques mois.

Le Grand Jeu est un vrai bon film. Bien rythmé et calibré pour divertir, on passe inévitablement un très bon moment entre les mains d’une Jessica Chastain au meilleur de sa forme. Si le film déçoit sur la fin en perdant probablement de son envergure, on ne cesse d’être fasciné par le monde que Aaron Sorkin nous raconte avec beaucoup de facilité. Parfois violent mais toujours avec justesse, le film aborde un monde tabou où les protagonistes flirtent sans cesse avec l’illégalité. Le Grand Jeu est un petit moment de rêve que l’on oubliera probablement rapidement, mais qui néanmoins fait du bien pour les deux heures que l’on nous propose en sa compagnie.

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