Seule sur la plage la nuit, de la solitude à l’amour

Hong Sang Soo, réalisateur à succès, présentait l’année dernière à la Berlinale le film Seule sur la plage la nuit avec Kim Min Hee, qui y remportait le prix de la meilleure actrice. Enfin arrivé dans nos contrées le 10 janvier, ce film quasi-autobiographique nous raconte l’histoire d’une actrice qui tente d’échapper au scandale provoqué par sa relation avec un homme marié.

Young Hee (Kim Min Hee), actrice, quitte la Corée du Sud pour l’Allemagne afin de prendre du recul. Éprise d’un réalisateur à succès, mais déjà marié, leur relation amoureuse passe mal et elle préfère s’éloigner en espérant que son amour la rejoindra. Mais alors qu’elle l’attend, elle se demande sans cesse s’il l’aime vraiment, et si elle lui manque. Plus que tout, c’est sa vision de l’amour qui est remise en cause.

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La solitude amère

Seule sur la plage la nuit traite de la mélancolie inhérente à l’attente, alors que l’héroïne s’enferme dans un espoir peut-être vain de voir un jour l’homme qu’elle aime arriver à elle. La scène où elle chante devant un café, une cigarette à la main, rappelle la difficulté pour cette femme à trouver sa place dans un monde qui ne tolère pas son existence. L’homme qu’elle aime est marié, leur relation ne peut donc pas être « légitimée » et le monde lui rend froidement sa propre vérité. Touchante, l’héroïne n’en reste pas moins une femme condamnée à porter sur ses épaules tous les malheurs du monde. Si tout le monde lui rappelle qu’elle est une actrice formidable, sa relation avec cet homme marié est mal perçue et on lui rappelle souvent qu’elle devrait plutôt trouver quelqu’un d’autre. Probablement déprimée, l’actrice se cherche, son identité et ses désirs, sa place dans une société qui n’est pas tendre avec elle. Le film joue avec ses sentiments de la même manière que son réalisateur bien-aimé joue avec elle, alors qu’elle semble prête à l’attendre éternellement lui semble l’éviter. Cette mélancolie est installée avec brio par un Hong Sang Soo pour qui le sujet semble n’avoir aucune zone d’ombre.

De manière générale le film a un rythme très lent. Comme pour marquer ce sentiment d’attente sans fin, avec une femme qui ne voit pas le bout de sa peine, le spectateur est plongé dans des scènes qui s’étirent en longueur et qui ne manquent pas de lui rappeler que les choses n’arrivent jamais quand il le faut. Je retiens particulièrement la scène du dîner de Young Hee avec ses amis, une scène réalisée en une prise, sans coupure, qui donne véritablement le sentiment au spectateur d’être inclus dans une conversation quelconque entre un groupe d’amis. Les répliques sont spontanées, les rires et les malaises le sont tout autant, c’est une prouesse qui rappelle sans mal la qualité du casting mais également le talent du réalisateur Hong Sang Soo. Il est capable sans le moindre mal de capter ces instants de vérité entre des actrices et acteurs qui s’émancipent de l’idée de « jeu » pour intégrer entièrement leurs rôles et les vivres pleinement. Et c’est bien là que le film est une réussite, grâce à des interprètes pour qui les rôles semblent avoir été créés sur mesure. Et c’est probablement au moins le cas pour Kim Min Hee, le film ayant fait scandale en Corée du Sud du fait de la relation amoureuse qui unit l’actrice avec le réalisateur Hong Sang Soo, lui-même déjà marié à une autre femme. Presque autobiographique, le film joue sur les ambiguïtés et une relative proximité avec la réalité.

Un désespoir qui ne dit pas son nom

Plus qu’une attente sans fin, le film observe la cassure qui s’installe au cœur d’une actrice malmenée et mal aimée. Elle qui aspire à une vie simple ne peut avoir une relation simple : celui qu’elle aime est marié, sa réputation a pris un coup et ses amis lui font des remarques plus ironiques que réconfortantes. Si Kim Min Hee se balade avec une telle aisance dans ce rôle c’est aussi probablement parce qu’elle a vécue la même chose, cette même mise à l’écart par un public qui s’est immiscé dans sa vie privée, provoquant un scandale en Corée du Sud. Kim Min Hee en devient encore plus touchante, tant son interprétation est juste et donne constamment l’impression de renvoyer ses véritables sentiments. Si l’aspect people ne m’intéresse pas vraiment, il est intéressant de regarder ce film en ayant conscience du scandale qui a touché les deux protagonistes.

Seule sur la plage la nuit est une réussite en grande partie grâce à son actrice qui continue, après Mademoiselle, de montrer l’étendue de ses talents. Kim Min Hee mérite amplement sa victoire à la Berlinale l’année dernière tant elle est vraie et touchante dans ce rôle taillé sur mesure. Hong Sang Soo quant à lui nous offre un film conforme à ce qu’il sait faire, toujours dans ce soucis du détail et dans l’idée de proposer quelque chose de réaliste. Ses dialogues n’en sont pas, il s’agit plutôt de simples conversations entre amis, avec une fluidité et une liberté accordée à des acteurs et actrices en qui il a pleinement confiance.

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