Le Caire Confidentiel, un polar à l’aube du Printemps Arabe

Du 24 au 30 janvier se tient le Festival du cinéma Télérama, l’occasion pour revoir dans les salles art et essai de toute la France les films qui ont marqué les critiques du célèbre média lors de l’année passée. Parmi eux se trouve Le Caire Confidentiel, un polar égyptien captivant.

Janvier 2011, quelques jours avant la Révolution égyptienne une jeune chanteuse est assassinée dans la chambre d’un hôtel de luxe au Caire. Noureddine (Fares Fares), inspecteur chargé de l’enquête, va découvrir au fil de ses investigations que quelque chose de plus important se trame, entre corruption et politique.

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La beauté déchirée

Réalisé par Tarik Saleh, le film s’inspire largement d’un fait divers qui a émaillé l’Egypte en 2008 : l’assassinat à Dubai de Suzanne Tamim, une chanteuse libanaise. Le commanditaire de l’assassinat était un riche égyptien, proche de la famille de Hosni Moubarak, président d’alors avant d’être chassé par la Révolution égyptienne. Si le film prend beaucoup de libertés, on y retrouve la plupart des éléments de cette histoire qui permettent au réalisateur de s’attaquer à un problème de fond qui touche les autorités égyptiennes. La corruption règne en maître au sein de la police cairote et son héros, Noureddine, n’y coupe pas. Pourtant, et alors qu’il est lui-même visé par un peuple qui déteste sa police, il va se prendre d’intérêt pour cet assassinat que l’on tente de faire passer pour un simple fait divers afin de révéler les vrais responsables, quitte à mettre sa vie en danger.
L’histoire prend donc place dans la capitale égyptienne, souvent de nuit et toujours dans des ruelles sombres. Le Caire Confidentiel est un polar, dans les règles de l’art, et propose une enquête haletante où se mêlent la bonne volonté du policier et la corruption qui touche l’ensemble du corps policier. Qu’il s’agisse de son quotidien ou celui de cette femme de ménage de l’hôtel, immigrée et pourchassée car elle en a trop vu, on voit tous les problèmes d’une société pré-Révolution qui a poussé à l’éclatement et la colère de ses citoyens.

Le véritable protagoniste du film est en effet le peuple, le meurtre et l’enquête n’étant que le miroir d’un peuple à bout alors qu’il est sur le point de déclencher une révolution qui va changer le cours des choses. Bien que tous les noms aient été changés, on n’a aucun mal à réaliser que le réalisateur est extrêmement critique vis-à-vis du régime mené à l’époque par Hosni Moubarak. Avec sa caméra à hauteur d’homme, sans fioritures et avec beaucoup de sincérité, Tarik Saleh nous raconte son Egypte à lui, celle du peuple qui voit ce pouvoir lui empoisonner la vie. Chacun des personnages est confronté, à un moment ou un autre, aux dysfonctionnements de l’autorité et cette impunité dont elle dispose. Le héros, le policier, est le bouc-émissaire parfait et le réalisateur le montre habilement lors d’un trajet en taxi où le chauffeur, ignorant l’identité de son passager, critique sincèrement la police. Mais le réalisateur va plus loin que ça, il nous propose un personnage certes imparfait qui lui-même a participé à ce système de corruption systématique, mais qui va chercher une sorte de rédemption alors que couvrir un meurtre lui semble impossible.

Une obsession

Plus que tout, Le Caire Confidentiel c’est aussi une ambiance très particulière. Celle de l’Egypte populaire, son peuple aux situations variées et sa musique qui accompagne le film tout au long. Dès les premiers instants du film et la patrouille qu’effectue le héros, on est plongé dans les rues populaires du Caire, des rues bruyantes et sales que les autorités ont abandonné. C’est le symbole d’un désespoir et une exaspération croissante au sein d’un peuple qui rêve de jours meilleurs. Et Tarik Saleh filme tout cela avec beaucoup de délicatesse, de sincérité et d’habileté, naviguant d’une rue à l’autre au gré des investigations de son héros. Le Caire Confidentiel est un film sincère, s’il cache une part politique, c’est avant tout un polar réalisé avec maîtrise par un réalisateur qui affectionne et exploite avec brio tous les codes du genre.

Le Caire Confidentiel est une des pépites de l’année dernière, un de ces films qui méritaient probablement plus d’attention. Avec sa rediffusion au cinéma cette semaine à l’occasion du Festival Télérama et sa disponibilité en Blu-ray et DVD, je ne peux que vous conseiller d’aller jeter un œil à cet excellent polar.

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