Black Panther, le Roi est mort, vive le Roi !

Black Panther est le dernier né de Marvel Studios et son univers cinématographique. A deux mois de la sortie du très attendu nouveau Avengers, Ryan Coogler propose de s’intéresser de près au personnage de T’Challa, la Panthère noire, qui avait été introduit dans le film Civil War.

Suite à la mort de son père lors d’un attentat à la bombe à Vienne, T’Challa (Chadwick Boseman) doit prendre sa succession et devenir à son tour le Roi du Wakanda. Un pays du tiers monde aux yeux de la communauté internationale, mais qui abrite en réalité la technologie la plus avancée et une infinie richesse grâce à son exploitation du Vibranium, un métal alien quasi indestructible, depuis la chute d’une météorite il y a plusieurs siècles. De peur de voir ses ressources pillées, ils ont fait le choix de les cacher, se contentant d’agir dans l’ombre. Mais aujourd’hui une menace terrible plane sur le Wakanda alors que Ulysses Klaue (Andy Serkis), un des seuls étrangers qui connaît leur véritable richesse, tente de leur voler du Vibranium. T’Challa devra revêtir à nouveau la tunique du Black Panther et prendre de lourdes décisions pour l’avenir de son pays.

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King’s Dead

Black Panther était un film extrêmement attendu, tant pour la promesse de découvrir quelque chose de différent que pour le fait d’être réalisé par une personne à la vision bien marquée. Et cela se ressent assez rapidement, car si le réalisateur Ryan Coogler ne déroge pas vraiment aux règles établies dans l’univers cinématographique Marvel depuis le premier Iron Man, notamment au niveau de la structure du film, il est impossible de ne pas voir l’influence du réalisateur sur tout le reste. Quelques paris sont tentés du côté de l’image, comme la mise en scène de « l’au-delà » lors de l’intronisation de T’Challa, le faux plan-séquence du casino ou encore la mise en valeur du Wakanda au travers de vues aériennes de toute beauté. On sent que le réalisateur affectionne vraiment cet univers et l’a mis en scène de la plus belle des manières, offrant au film une identité bien marquée. Que ce soit avec des décors et des musiques à forte influence africaine, ou la manière d’aborder le pouvoir et l’honneur, Black Panther se distingue largement des autres héros Marvel en sortant du carcan du héros soit patriote soit immature.
Le film a surtout une forte dimension politique, tant dans le choix des sujets qui sont abordés comme les discriminations, le racisme, le fait pour le Wakanda de se fermer sur le monde. Mais surtout au travers du personnage de Killmonger, incarné par l’excellent Michael B. Jordan. Enfant d’Oakland aux Etats-Unis qui a souffert de la discrimination raciale, il se révèle être un super vilain extrêmement intéressant. Il est le symbole d’une colère qui anime de nombreux afro-américains, et si celle-ci est exacerbée pour les besoins du personnage, elle représente tout ce que le réalisateur Ryan Coogler tente de dénoncer au travers de son film. Le personnage est touchant, et constitue probablement le « méchant » le plus réussi de l’univers cinématographique Marvel. Sans tomber dans la caricature du « méchant sympa » qu’est Loki, du côté de Thor, Killmonger apparaît plutôt comme un homme déterminé à changer les choses pour tous les jeunes qui ont du subir les mêmes horreurs que lui. La manière de le faire est terrible et Black Panther tentera évidemment de l’arrêter, mais le film est fort dans sa manière d’aborder le sujet mais aussi de le résoudre, ou au moins le tempérer, au travers de deux personnages souvent extrêmes et qui ont tous deux des difficultés à aborder un monde qu’ils ne comprennent pas vraiment.

La force du film réside donc dans ses personnages, mais pas uniquement les principaux. Il faut aussi regarder du côté de Nakia (Lupita Nyong’o) , l’espionne et amour de T’Challa, la générale Okoye (Danai Gurira) qui dirige la garde rapprochée du Roi ou encore Shuri (Letitia Wright), la petite sœur de T’Challa et génie qui fabrique tout son équipement. Les trois héroïnes portent le film et le Wakanda sur leurs épaules, volant à de plusieurs reprises la vedette à la Panthère noire. Toutes avec des caractères bien différents, elles sont interprétées avec beaucoup de justesse par les trois actrices qui, je l’espère, réapparaîtront dans de prochains films de la Maison des Idées tant il y a à faire avec elles.
Mais plus que tout Black Panther est une vraie leçon donnée aux blockbusters Marvel. Il fait partie, avec une poignée d’autres (comme Captain America 2 ou Thor : Ragnarok) qui disposent d’une véritable identité grâce à leur réalisateur. Sans manquer de divertir au moyen de batailles épiques, le réalisateur a vraiment saisi les points forts, mais également les points faibles de son héros et du cinéma de super-héros. A la manière un peu de Rian Johnson et son Star Wars 8, Ryan Coogler s’est affranchi des barrières posées par les précédents films Marvel et a dépassé les attentes.

 

Redemption

Un sentiment en demi-teinte cependant sur la bande originale du film. Si les compositions de Ludwig Göransson sont une franche réussite et contribuent largement à cette ambiance unique que possède Black Panther, je m’interroge toutefois sur l’utilisation des morceaux de Kendrick Lamar qui ont été largement mis en avant les mois qui ont précédé la sortie du film. Annonçant une bande originale explosive, on s’aperçoit finalement que le film fait largement l’impasse sur les morceaux annoncés et qui se révèlent plutôt discrets. Pire, l’une des rares fois où on entend du rap il s’agit d’un extrait de Hangover, chanson du sud-coréen PSY. Mais cette déception relève plutôt de la campagne marketing qui a tapé à côté de ce que comptait réellement faire Ryan Coogler avec son film : si la lumière qu’a mis le très populaire Kendrick Lamar sur le film a forcément eu un impact sur l’engouement qui l’a entouré, le réalisateur lui était bien plus intéressé par des compositions aux sonorités plus proches de l’Afrique que de Compton. Et ce n’est au final pas un mal, car cela renforce un peu plus le mythe autour du héros du Wakanda et accentue un peu plus sa proximité avec le continent africain.
Black Panther est un excellent blockbuster, et là où il se révèle important c’est bien dans l’icônisation de son héros. Tous les gamins qui ont grandi avec des comics vous le diront : avoir « son » héros, c’est important. Si cela se fait souvent de manière inconsciente, s’identifier à un héros et ses valeurs apporte beaucoup. Pour ma part, c’était Spider-Man, un héros que je porte encore dans mon cœur et que je retrouve toujours avec le même plaisir. Et ce film Black Panther permet de mettre en avant un héros assez méconnu en dehors des Etats-Unis, lui donnant une nouvelle dimension et permettant à des jeunes qui ne se reconnaissaient pas dans les héros habituels, d’avoir enfin le leur. C’était la même chose pour Wonder Woman : son retour en force face au grand public a permis à des milliers de jeunes filles d’avoir leur héroïne, symbole de force et de justice. C’est aussi pour ça que l’engouement est aussi fort autour de Black Panther, et le réalisateur Ryan Coogler est parvenu à proposer un film fort qui non seulement donne à la Panthère noire un rôle majeur, mais en plus permet de faire émerger des héroïnes géniales qui se révèlent au moins aussi passionnantes que T’Challa.

S’il faut résumer rapidement Black Panther, il faudrait simplement dire qu’il s’agit d’un blockbuster bien fait. S’il reprend les codes des films Marvel, il les sublimes et les dépasses parfois pour offrir un film haut en couleurs et plein de caractère, sur la base d’un récit épique aux conséquences nombreuses pour le pays fantasmé du Wakanda. A l’origine assez peu intéressé par le personnage, j’ai été passionné par son histoire et la manière dont le royaume du Wakanda est raconté par le réalisateur. Un très beau film, dans tous les sens du terme, mené avec brio par un réalisateur qui a compris comment exploiter au mieux les forces du blockbuster.

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