Fahrenheit 451, la littérature source de tous les maux

Cinquante ans après l’adaptation du roman de Ray Bradbury par François Truffaut, le réalisateur Ramin Bahrani s’essaie à l’exercice en proposant sa propre vision de Fahrenheit 451 pour HBO (et diffusé en France sur OCS), une œuvre d’anticipation où la culture est chassée par les autorités au nom du bien commun.

Dans un futur dystopique le rôle des pompiers a bien changé. Leur mission n’est plus d’éteindre les feux, mais de brûler tous les livres qu’ils trouvent au fil de leurs interventions aux quatre coins du pays. Parmi eux Guy Montag (Michael B. Jordan), un jeune pompier qui a grandi dans ce monde où le gouvernement a pointé du doigt les livres en affirmant qu’ils étaient la source de tout sentiment de malheur pour les citoyens. S’il n’a jamais remis en question les ordres de son capitaine Beatty (Michael Shannon), il va commencer à se poser des questions à cause de bribes de souvenirs de son enfance, et de sa rencontre avec Clarisse McClellan (Sofia Boutella).

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Flowers of Fire

A la limite de l’autodafé, les scènes où les livres sont mis à feu relèvent du cérémonial, empruntant autant à la mise en scène des réseaux sociaux qu’à une conviction presque religieuse pour des « pompiers » dont le rôle est devenu prépondérant dans l’ordre instauré par les autorités. Comme on le voit dans une scène où les (très jeunes) recrues de demain assistent à un discours de Montag et Beatty, c’est toute une nouvelle génération qui est formatée selon un discours bien rodé : vous êtes heureux, les livres vous veulent du mal. Une censure poussée à l’extrême où non seulement ceux qui lisent sont pourchassés par les « pompiers », mais aussi presque considérés comme des terroristes lorsqu’ils tentent de diffuser les livres en question. On parle ici des grands classiques de la littérature, avec leur lot de questionnements sur l’humain et ses dérivés, ses grands récits d’anticipation et ses réflexions philosophiques. Tout un pan de la culture que souhaite faire disparaître les autorités, un but qu’elles sont sur le point d’atteindre. C’est dans ce contexte de quasi course contre la montre que l’on découvre Montag, avec ses doutes et ses peurs, lui qui jouera un rôle central pour la survie ou non de la littérature. Le réalisateur Ramin Bahrani met en scène ses acteurs dans de véritables situations de guerre, où les vaincus se font piétiner par des vainqueurs, ceux qui ont les armes et qui vont les humilier à chaque instant. Une ambiance assez lourde se met en place dans un monde où il semble faire nuit toute l’année, pour le meilleur et pour le pire.

Fahrenheit 451 selon Ramin Bahrani ne parvient en effet pas à installer quoique ce soit de véritablement intéressant. Abusant tantôt du filtre jaune pour nous faire comprendre qu’il fait chaud et que ça brûle, tantôt du filtre bleu-violet « parce que c’est le futur »,  le réalisateur enchaîne tous les éléments que l’on a vu passer dans le cinéma de science-fiction depuis des années. Alors appliqués à un téléfilm (au budget ainsi bien moindre que les ténors du genre), on a souvent l’impression de voir quelque chose d’assez mal branlé mais surtout extrêmement attendu. Visuellement le film n’est pas déplaisant, mais c’est ce sentiment de déjà vu qui prédomine et qui ne permet pas au réalisateur d’exploiter au mieux le roman de Ray Bradbury. Les plans larges sur la ville ne rappellent rien d’autre que Blade Runner, les costumes des personnages ressemblent à tout ce que la science-fiction a proposé dernièrement (notamment Altered Carbon, déjà très peu inspiré) et enfin le traitement des personnages n’est pas non plus très intéressant. Le personnage du capitaine campé par Michael Shannon est caricatural au possible, survolant une facette du personnage relativement intéressante, pour ne proposer que l’archétype du « méchant » de la dystopie. Du côté du héros joué par Michael B. Jordan, on en est un peu au même point avec une progression trop facile et surtout peu intéressante, passant du petit soldat endoctriné au héros d’une résistance symbolisée par le personnage de Sofia Boutella. Cette dernière n’est pas non plus vernie par son rôle, et finalement le film ne doit ses bons moments qu’à la qualité de ces trois personnes.

Stay Vivid

Car il faut avouer que le casting est une réussite. Si ces trois personnages principaux sont dénués de toute nuance ou d’intérêt, les acteurs et l’actrice qui les campent portent le film à bout de bras, essayant tant bien que mal d’éviter le naufrage. Fahrenheit 451, peu inspiré et pas très bien mené par son réalisateur, reste toutefois un téléfilm sympathique tant l’histoire imaginée par Ray Bradbury à l’époque reste aujourd’hui très séduisante. D’autant plus que l’interprétation du récit par Ramin Bahrani permet de moderniser un peu l’oeuvre, avec le choix pertinent d’y accoler l’omniprésence des réseaux sociaux, de quoi offrir à cette histoire une dimension plus moderne et proche de notre époque. Pour autant le film se rate sur à peu près tout le reste, y compris sa bande-originale aussi oubliable que le travail fait sur l’image.

Déception tant le casting pouvait prétendre à mieux, le Fahrenheit 451 de Ramin Bahrani est au mieux un téléfilm sympathique que nous propose là HBO (et OCS chez nous). Sans être désastreux, c’est un film extrêmement classique dans son approche de la dystopie, qui ne parvient ni à s’extirper des modèles déjà établis par le cinéma de genre et qui échoue à se créer sa propre identité. Et c’est bien dommage, car l’oeuvre de Ray Bradbury pourrait laisser place à bien mieux, encore faudrait-il que les réalisateurs de science-fiction cessent de répéter sans cesse les mêmes modèles de mise en scène.

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