Jurassic World : Fallen Kingdom, les dinosaures symboles d’une erreur

Trois ans après le très critiqué Jurassic World, le réalisateur Juan Antonio Bayona reprend la licence en mains et nous propose Jurassic World : Fallen Kingdom, un film qui se veut plus horrifique que son prédécesseur, cherchant à ne pas réitérer les mêmes erreurs d’un grand spectacle mal placé.

Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), ancienne dirigeante du parc de Jurassic World sur Isla Nubar où s’était déroulée la catastrophe qui a provoqué sa fermeture, dirige désormais une association pour la protection des dinosaures. A l’aube d’une éruption volcanique qui menace la vie de l’intégralité des dinosaures présents sur l’île, derniers de leurs espèces, elle est contactée par Benjamin Lockwood (James Cromwell), un mécène et vieil ami de John Hammond (le créateur du premier Jurassic Park) qui souhaite aller sauver les dinosaures pour les amener dans un « sanctuaire » créé pour les protéger.

JurassicWorldFallenKingdomCritique (2).jpg

Nostalgia-Saurus

L’arche de Noé qui tourne mal, voilà ce que nous raconte ce Jurassic World : Fallen Kingdom. Une question se pose à l’humanité, celle qui a fait revivre une espèce capable de la mener à son extinction : lorsque les dinosaures sont à nouveau sur le point de disparaître, faut-il leur tendre la main ? Après des années d’exploitation dans des « zoos » qui n’ont cessé de mener à des catastrophes, c’est la nature qui reprend ses droits et cherche à corriger les errements de l’espèce humaine. Celle qui a manipulé la génétique pour faire revivre une espèce longtemps disparue se retrouve confrontée à la colère de la Terre, d’un volcan, qui ne cherche qu’à remettre de l’ordre dans une nature bafouée par l’humain. Toutes ces erreurs de l’espèce humaine se multiplient au fil de l’histoire, avec cette décision prise par un mécène quelconque de « porter secours » aux dinosaures pris au piège de l’île où se trouvait le parc du premier Jurassic World, en les embarquant sur un gigantesque navire capable de les transporter en lieu sûr. Cette légende de Noé revisitée comptera néanmoins sur quelques touches de modernité, avec un mécène pas vraiment philanthrope et des dinosaures avec qui la cohabitation est ardue. Ce nouvel épisode de Jurassic World se révèle plutôt intéressant dans sa manière d’aborder la nature, l’environnement et la place de l’humain en son sein. Nuisible, l’humain apparaît comme incapable de cohabiter avec une nature qui reprend ses droits contre les expérimentations artificielles de ceux qui se sont appropriés tous les droits. Cette facette de Jurassic World : Fallen Kingdom est essentiel à la série et c’est certainement ce qui manquait à son prédécesseur, pas bien brillant, qui délaissait toute la seconde lecture propre à la série pour n’offrir que du grand spectacle.

L’autre force du film de Juan Antonio Bayona réside dans une ambiance plus horrifique que jamais avec une insistance sur l’ambiance au détriment du grand spectacle. Un choix assumé par le réalisateur qui a souhaité un film plus proche des origines de Jurassic Park, comme un pied de nez au Jurassic World de Colin Trevorrow qui donnait à la licence une modernité moyennement appréciée par les fans. Si le film de Bayona n’est pas exempt de tout reproche comme on le verra plus tard, il n’en reste pas moins empreint de bonnes idées de son réalisateur. Elles se traduisent évidemment dans la mise en scène et l’utilisation du manoir dans la deuxième partie du film, pour de nombreux hommages à la série mais aussi au cinéma d’horreur dans sa globalité grâce à un travail sur les jeux d’ombre et de lumière qui apporte une touche plus proche de ses origines à ce nouvel épisode de la licence des Jurassic. L’occasion aussi pour ses personnages incarnés par Bryce Dallas Howard et Chris Pratt de gagner un peu en épaisseur, même s’ils se voient associés à des personnages secondaires pas bien intéressants et aussi caricaturaux qu’attendus. Mais ce n’est pas un mal, embrasser la cause animale et environnementale au travers de l’histoire de ces quelques dinosaures maltraités par l’être humain supposait évidemment de laisser en retrait la plupart des personnages de l’histoire, et n’en laisser ressortir finalement que les deux ou trois qui sont véritablement concernés par le bien être des bêtes horrifiques.

Shock and Auction

Pourtant Jurassic World : Fallen Kingdom va tout de même tenter de jouer sur deux tableaux, avec un peu de spectacle et un humour pas toujours très inspiré pour compenser d’autres séquences plus brutales. Alors le film ne va jamais vraiment au bout de ses idées, si le réalisateur assume pleinement son désir d’apporter une ambiance horrifique à son film, il perd de vue la tension inhérente au genre en humanisant au maximum le danger qui entoure ses personnages. Trop rationnel, il en montre aussi beaucoup trop et ne laisse finalement que peu de place à la peur. Un sentiment renforcé dans les derniers instants du film où les protagonistes tentent d’échapper à un danger certain, mais qui ne s’appuie jamais vraiment sur l’horreur suggérée dans quelques précédentes scènes pour ne ressembler finalement qu’à une veine course-poursuite. On comprend évidemment l’intention du réalisateur qui souhaite raconter le chaos et la perte de contrôle de ceux qui ont « fabriqué » des simili-dinosaures, néanmoins son travail sur le contexte et l’ambiance était tellement intéressant que la déception se fait sentir lors d’un grand final qui oublie un peu toute la tension montée auparavant. D’autant plus que le travail d’Oscar Faura sur la photographie, et la musique de Michael Giacchino, sans être exceptionnels, participaient grandement aux qualités d’un film finalement assez mal maîtrisé.

Juan Antonio Bayona a fait un pari presque gagnant pour Jurassic World : Fallen Kingdom. A mélanger mythe et hommage à la licence des Jurassic, il parvenait à offrir quelque chose d’intéressant en donnant une vraie dimension horrifique au film. Quelques scènes sont bien senties et l’horreur suggérée fonctionne parfois à merveilles. Malheureusement le réalisateur a semble-t-il eu les yeux plus gros que le ventre et a, dans la dernière ligne droite, dérivé vers un grand chaos qui n’avait pas forcément sa place au sein d’un film qui jusque là tenait quelque chose de pertinent. C’est un choix, un choix malheureux mais qui néanmoins n’empêche pas Jurassic World : Fallen Kingdom de constituer un bon divertissement, et surtout un bon retour pour une licence qui s’était perdue avec le film de Colin Trevorrow il y a trois ans.

Publicités

Donner votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.