La brigade des 800, l’histoire d’un baroud d’honneur

Véritable succès au box-office Chinois l’été dernier, La Brigade des 800 de Hu Guan pointe enfin le bout de son nez sur nos terres. Malheureusement, pas de sortie ciné, mais une diffusion directement en VOD depuis le 16 juin et en DVD/Blu-ray à partir du 23 juin. Le film grand spectacle doit donc s’apprécier sur un petit écran, mais disons le d’emblée : il est capable d’attirer l’œil et de captiver, même s’il aurait mérité d’être vu en salle.

1937, l’armée Japonaise continue d’envahir l’Asie et sur son chemin, la ville de Shanghaï ne tient plus qu’à un fil. Un simple entrepôt où des militaires tiennent leur position pour empêcher les troupes Japonaises d’aller plus loin. Une mission désespérée certes, mais une mission qui a marqué l’histoire de la Chine.

© Huayi Brothers (2020)

Les remparts de Shanghaï

La Brigade des 800 a évidemment un sous-texte peu subtile mais assez attendu pour le genre du film de guerre : c’est une histoire de héros, avec des relents nationalistes et patriotiques qu’il appartient à chacun·e d’apprécier ou non. C’est attendu, encore plus à une époque où la Chine tente de soigner son soft power, à la manière des Etats-Unis, pour raconter son histoire récente sous un meilleur jour. Et ce n’est pas nécessairement un mal, car le film de Hu Guan est l’occasion d’aborder les prémices de la 2nde Guerre Mondiale sous un angle que l’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma. Si les Japonais sont dépeints le plus souvent comme des brutes sanguinaires, ils représentent toutefois la menace terrible qui planait sur l’Asie à ce moment-là, et qui a provoqué d’innombrables massacres que le film tente de raconter à sa manière. C’est une histoire de bravoure, de soldats qui ont laissé leur vie pour sauver Shanghaï -volontairement ou forcé par leurs supérieurs- et le film le raconte d’une bien jolie manière.

Le réalisateur prend en effet bien soin de montrer l’insouciance qui planait encore à ce moment-là dans les hautes-sphères de la bourgeoisie Chinoise, dans une ville coupée en deux par un fleuve qui voit s’opposer une ville lumineuse, avec ses casinos, ses restaurants, ses étranger·ère·s qui viennent y dépenser beaucoup d’argent et ses nombreuses scènes d’art en pleine rue. De l’autre côté, un entrepôt pratiquement détruit, avec des soldats qui survivent comme ils peuvent pour permettre aux bourgeois·e·s de continuer à faire comme si la guerre n’était pas arrivée à leur porte. Il y a même quelques scènes qui instillent un certain malaise avec les habitant·e·s de Shanghaï qui regardent les combats de l’autre côté, comme s’il s’agissait d’un énième spectacle dont la ville a le secret, pariant presque sur la suite des hostilités. Il est dommage que le film n’insiste pas plus là-dessus, en revenant probablement trop souvent à un propos plus nationaliste. Mais il y a quelques critiques qui se font ici et là sur le rapport des puissant·e·s à la guerre et sur leur manière de « jouer » avec la vie de jeunes soldats qui viennent pour la plupart de milieux défavorisés.

© Huayi Brothers (2020)

Des airs de fin du monde

Au-delà de ce qu’il a à raconter, La Brigade des 800 propose un véritable spectacle capable de captiver, dans un grand film de guerre qui rend hommage au sacrifice de ceux qui ont résisté au Japon. Bien filmé dans l’ensemble, malgré quelques couacs avec une photographie qui est très inégale, il bénéficie d’autant plus d’un casting solide avec Wu Jiang notamment, qu’il est fort appréciable de retrouver après son incroyable performance dans A Touch of Sin de Jia Zhangke il y a quelques années.

Loin d’être infaillible, La Brigade des 800 n’en reste pas moins un beau film de guerre, qui a quelque chose à dire et qui le fait plutôt bien. Il offre la possibilité d’explorer une page d’histoire importante pour l’Asie, tout en reprenant les codes d’un genre qu’il maîtrise parfaitement en alternant habilement entre les séquences d’action et celles d’émotion, avec en toile de fond des questions sur l’identité Chinoise et la place de soldats prêts à tout pour défendre une ville qui n’en a pas grand chose à faire d’eux.

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