War Dogs, morale et économie de guerre

War Dogs est un film réalisé par Todd Phillips (réalisateur des Very Bad Trip notamment). Cette comédie dramatique s’inspire de la vie d’Efraim Diveroli et David Packouz, deux jeunes trafiquants d’armes qui avaient profité d’une faille du système fédéral du gouvernement Bush pour faire de l’argent durant la guerre d’Irak.

David Packouz (Miles Teller) travaille comme masseur, il se rend chez de riches clients pour proposer ses prestations. Un jour à l’occasion des funérailles d’un oncle, il retrouve son ami d’enfance Efraim Diveroli (Jonah Hill). Même si ce dernier a une réputation d’escroc, il parvient à convaincre David, qui a découvert que sa petite amie est enceinte, de l’aider dans la combine qu’il a mis en place : il guette les appels d’offre du gouvernement en matière d’armement pour leur revendre les armes qu’il obtient le plus souvent auprès de personnes peu recommandables. Leur petite affaire va les conduire jusqu’en Irak, en pleine guerre, pour livrer des armes à l’armée américaine.
Mais alors que leur business commence à rapporter, ils décrochent le contrat de leur vie : 300 millions de dollars pour armer les soldats afghans sous le contrôle des Etats-Unis. Un contrat inespéré qui va bouleverser leur vie alors qu’ils obtiennent l’aide d’Henry Girard (Bradley Cooper), un trafiquant bien louche.

Les miettes pour les chiens

Comme le dit Efraim à son ami d’enfance lorsqu’il essaie de le convaincre de rejoindre son affaire, il n’est pas là pour concurrencer l’industrie de l’armement et ses moyens démesurés, il est là pour obtenir les petits contrats (munitions et armes légères) qui n’intéressent pas les fabricants de missiles et de tanks. Avec ses contacts aux quatre coins du monde, il est capable de livrer rapidement cet armement à l’armée américaine en profitant de l’explosion des appels d’offre lors de la guerre d’Irak. Leur business se met donc en place rapidement en flirtant avec la légalité, et sans trop se poser de question sur la moralité de la chose : c’est une opportunité unique de devenir riche en fournissant assez peu d’efforts, juste en profitant d’une faille du système américain qui n’était pas très regardant sur la provenance et les moyens d’acquisition des armes par leurs fournisseurs.
David est pourtant profondément pacifiste et va même manifester contre la guerre, avec sa femme, alors il cache sa nouvelle activité à cette dernière. Même si elle, et l’enfant qu’elle attend, sont les raisons qui lui permettent de garder bonne conscience, en disant qu’il fait cela pour la bonne cause. C’est un homme très différent d’Efraim, qui est lui plus terre à terre et ne pense qu’à l’argent qu’il va pouvoir obtenir, toujours prêt à prendre des risques inconsidérés pour remplir ses contrats : comme cette scène où ils conduisent eux-mêmes des pistolets de la Jordanie à l’Irak, pris en chasse par des rebelles locaux. Ce duo que tout oppose est la base de ce buddy movie et le film est rythmé au fil de leurs délires, de leurs joies et de leurs disputes. Le « bad guy » Efraim, prêt à toutes les combines possibles et imaginables pour devenir riche, rencontre le « genre idéal » David, qui essaie de gagner sa vie honnêtement et de subvenir aux besoins de la famille qu’il est en train de fonder, et ça donne un duo génial.

On découvre cette économie de guerre en même temps que David, qui malgré sa morale s’enfonce toujours un peu plus dans les mensonges et les combines illégales, en devenant le genre de personne qu’il détestait auparavant. Sans verser dans un discours moralisateur qui aurait pu être lourdingue, le réalisateur s’attache à faire découvrir un monde malsain où chacun tente d’escroquer l’autre afin de gagner quelques millions de plus. On voit donc David et Efraim s’enfoncer de plus en plus, celui qui faisait des massages à Miami est aujourd’hui confronté à des mafieux en Europe de l’Est pour faire changer les emballages de millions de munitions dans le but de contrer l’embargo sur l’armement chinois, tandis que l’autre enchaîne les magouilles pour doubler les concurrents.

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Ce n’est pas très légal

Sur un fond comique, on découvre des personnages surtout pragmatiques et intelligents qui ne font finalement qu’exploiter une opportunité offerte par le gouvernement : si on peut être à l’origine dégoûtés par le monde dépeint dans ce film où les puissances mondiales se réunissent dans un salon pour acheter des armes et véhicules militaires, mis en évidence par des hôtesses courtement vêtues, on ressent de l’empathie pour le duo. Mais le film est surtout très réussi pour son final, où les choix moraux sont enfin mis en évidence et cette aventure dans laquelle les personnages foncent tête baissée révèle ses conséquences. Pendant près de deux heures on suit des criminels qui parvenaient pratiquement à faire passer leur travail pour « honnête », jusqu’à ce que l’on se rende compte avec eux des lourdes conséquences de leurs actions. Le choc est brutal tant le film monte toujours plus haut dans les situations incroyables, mais il fait du film un peu plus qu’une simple comédie.

War Dogs est une réussite, souvent drôle mais aussi intelligent, le réalisateur est parvenu à mêler habilement la comédie et des faits réels qui font froid dans le dos. S’il s’agit avant tout d’un blockbuster qui ne cherche qu’à être divertissant, le film a le mérite d’aborder un sujet relativement méconnu sur l’économie de guerre et les failles qui ont été exploitées il y a quelques années par deux jeunes que rien ne prédestinait à devenir des trafiquants d’armes, grâce à un Pentagone qui fermait les yeux quand c’était dans son intérêt.

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