Fences, les limites à l’isolement

Fences est une adaptation de la pièce de théâtre éponyme de August Wilson. Réalisé par Denzel Washington, qui y occupe également le rôle principal, le film se déroule dans les années 1950 à Pittsburgh où les quelques protagonistes reviennent sur leur vie, le présent et ce qu’il leur reste à accomplir.

Troy (Denzel Washington) est un ancien joueur de baseball dans la « Negro League » professionnelle où il s’est révélé après avoir passé quelques temps en prison. Mais il conserve comme regret de n’avoir jamais été capable d’atteindre le plus haut niveau dans la « Major League Baseball », convaincu d’avoir été rejeté à cause de sa couleur de peau. Désormais éboueur, il vit à Pittsburgh avec sa femme Rose (Viola Davis) et leur fils Cory (Jovan Adepo), joueur de football américain qui rêve d’intégrer la ligue professionnelle. Troy s’y oppose fermement, ne souhaitant pas que son fils vive le même échec à cause de sa couleur et fait tout pour l’en empêcher, bien que Cory soit déjà observé par des équipes universitaires.
Avec son frère Gabriel (Mykelti Williamson), atteint d’un handicap mental suite à une blessure reçue à la tête lors de la Seconde Guerre mondiale, et sa femme Rose, Troy refait le monde, explore son passé et ses secrets, et est contraint de se remettre en question.

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Peace Be Still

Le récit tourne autour de Troy, celui qui a vu ses rêves se briser des années plus tôt et qui n’aspire plus qu’à vivre paisiblement avec sa femme et son fils. Devant les rêves de ce dernier, il ne peut s’empêcher de se remémorer le passage de sa vie où il a cru à la gloire. Le monde professionnel s’est fermé devant lui, et il est incapable de penser que son fils puisse avoir un autre destin, alors il veut tout faire pour l’empêcher d’y croire et le forcer à se concentrer sur ses études. Mais Rosa elle soutient son fils, pense que le monde a changé et qu’il a sa chance dans le football américain professionnel : c’est deux visions du monde qui s’opposent, avec un personnage plein d’espoir qui donne la réplique à une personne qui semble avoir tout abandonné. Au fil des minutes les langues se délient, les images du passé resurgissent et c’est toute une vie qui défile sous leurs yeux. Les différents intervenants amènent chacun un souvenir, un événement, et essaient de comprendre Troy, qui semble faire peser sur ses épaules tout le poids des difficultés des afro-américains à cette époque. Pour autant il ne faut pas oublier son frère Gabriel, terriblement touchant et qui vient apporter une touche de tendresse en face d’un personnage rustre et parfois antipathique, un homme brisé par la guerre et qui n’espère rien d’autre que d’être aimé par ses proches.

The world’s changing and you can’t even see it.
Rosa à Troy (Fences)

Fences est également un film fort grâce à quelques scènes mémorables. Le jour où Cory décide d’aller à l’encontre de l’avis de son père par exemple, ou celle qui vient montrer le harcèlement dont est victime le pauvre Gabriel. Mais s’il faut en retenir une, et c’est probablement une des scènes qui a permis à Viola Davis d’obtenir l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, c’est celle où Troy avoue son secret à Rose. Cette scène bouleversante arrive comme un coup de massue et donne une dimension complètement différente aux deux personnages, notamment Rose qui devient une femme sacrificielle, prête à tout pour sa famille, malgré la douleur qu’elle ressent. Viola Davis est fantastique dans ce rôle et cette scène en particulier, montrant qu’elle fait partie des très grandes actrices. Denzel Washington a (à juste titre) récolté beaucoup de compliments suite à ce film, mais il est aussi extrêmement bien entouré.

Judgment

Fences peut être assez déroutant au premier abord. Adapté d’une pièce de théâtre, l’action se déroule en deux ou trois lieux (le jardin, la maison et la rue) et le débit de paroles est extrêmement élevé. Pendant un peu plus de deux heures, on voit évoluer tous ces personnages, explorant leurs sentiments et peurs les plus profondes, confrontés aux secrets et révélations des uns et des autres. C’est un film touchant, par la prestance et la sincérité des acteurs mais aussi par la simplicité de cette situation, où les préjugés et les secrets deviennent destructeurs dans une famille autrefois soudée.
Ce qui n’était auparavant qu’une discussion en familles, entre amis, devient un espèce de tribunal où les actions des uns et des autres sont passées au crible pour en comprendre la teneur et les origines. C’est assez inattendu, pour être honnête je n’avais rien vu du film (ni bande annonce, ni synopsis) avant d’aller le voir en salles, mais c’était surtout une excellente surprise.

En ce début d’année des plus intéressants, Fences vient s’ajouter à une liste (déjà assez longue) de films immanquables. D’une justesse incroyable à la mise en scène, d’une fabuleuse sincérité aux sentiments, Fences est un de ces films qui marquent par la puissance des mots qui y sont prononcés, et par la prestation de ses acteurs.

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