Brimstone, vengeance et féminisme

Alors qu’on a beaucoup plus parlé de ce film pour la polémique autour de sa classification « interdit aux moins de 16 ans », Brimstone est avant tout un film qui intrigue par son style et les thèmes qu’il aborde. Ce western néerlandais réalisé par Martin Koolhoven met en scène Dakota Fanning dans une fabuleuse histoire de féminisme.

Liz (Dakota Fanning) est une jeune femme muette, en apparence sans histoire, qui vit dans un petit village avec son mari Eli (William Houston) et leurs enfants. Mais à l’arrivée d’un nouveau prédicateur (Guy Pearce) dans le village, elle commence à s’agiter et redouter le pire. En effet elle connaît cet homme, et va tout faire pour s’en éloigner…

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Revelation

Chronologie décousue et rythme lent, Brimstone se révèle déstabilisant dès ses premiers instants. Avec des plans aussi somptueux qu’inquiétants, bourrés de références bibliques, on découvre Liz dans un petit village où elle vit avec son mari. L’arrivée du prédicateur semble la bouleverser, et il révèle vite pourquoi : il est là pour la punir.
Découpé en quatre chapitres, on va voir se jouer devant nous plusieurs étapes de la vie de Liz. Des étapes où elle a croisé cet homme violent qui n’a qu’un but, la faire souffrir. Une fuite perpétuelle pour elle, qui n’aspire qu’à une vie tranquille, puis à protéger sa fille.
Au fil de son aventure elle ne rencontrera que des hommes dangereux, mis à part deux, qui essaient chacun de prendre l’avantage sur sa condition de femme. Brimstone est un film résolument violent, tant par les images que les thèmes qu’il aborde, mais c’est aussi une formidable épopée pour une femme qui s’affirme malgré une époque extrêmement violente où on ne lui accorde aucune importance. Les références bibliques viennent souligner une hypocrisie latente dans une communauté qui malgré ses croyances va fermer les yeux sur la violence faite aux femmes, et ne jamais s’inquiéter des actes de cet homme.

Cet homme, c’est le « Révérend », un prédicateur venu annoncer les pires horreurs à un village. Vêtu de noir et à l’air dur et menaçant, il fait irrémédiablement penser à Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur. C’est un personnage ambigü, venir précher, mais qui va être la source de toutes les peurs. Chaque chapitre venant montrer un événement traumatisant entre les deux personnages, on découvre peu à peu cette détermination qui anime le chasseur tandis que sa proie se défait tant bien que mal de lui. Mais s’il faut retenir quelqu’un, c’est évidemment Dakota Fanning. Exceptionnelle (ainsi que la jeune Emilia Jones), elle incarne avec brio cette héroïne d’un autre temps qui, avec un énorme courage, va s’opposer à cet homme malsain qui a cru qu’elle était sa propriété. Le réalisateur Martin Koolhoven s’écarte des thèmes habituellement chers au western en s’intéressant plutôt à la relation entre patriarcat et religion, menant à une domination sur la femme. La religion fonde les actions du prédicateur et en se battant Liz s’émancipe à la fois de l’influence des hommes et d’une religion qui la reléguait à un statut inférieur. Dans ce monde où on lui a dénié la parole, elle va agir pour exister et passer au-delà de la misogynie ambiante qui justifie les pires horreurs à son encontre, et à l’encontre de toutes les femmes que le film met en scène.

Retribution

Presque horrifique, ce thriller justifie probablement l’interdiction aux moins de 16 ans par l’ambiance extrêmement oppressante et dérangeante. Certaines images sont dures à voir mais restent relativement classiques pour le genre. Là où Brimstone inquiète, c’est grâce à la réalisation du cinéaste néerlandais avec des jeux de lumière et des plans qui mettent en scène un prédicateur terrifiant. Au départ apeurée, le personnage de Liz s’affirme et prend de l’épaisseur à différentes étapes de sa vie, où à chaque fois elle a du s’en sortir face à des hommes qui soit lui voulaient du mal, soit n’étaient d’aucune aide (comme le personnage incarné par Kit Harington). Malgré tout un raté me restera en travers de la gorge : la dernière scène entre Liz et le prédicateur. Bien que la symbolique soit forte, la scène m’a semblé ratée et hors de propos.

Brimstone est un film bouleversant. Avec des images somptueuses et des thèmes inattendus dans le genre du western, Martin Koolhoven s’appuie sur une formidable Dakota Fanning pour donner vie à un film résolument féministe et plein de bon sens.

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