Le Bureau des Légendes – Saison 3, Malotru ne répond plus

Série acclamée par la critique et moi-même à l’occasion de sa saison 2, Le Bureau des Légendes est une de ces productions françaises qui montrent bien qu’on a aussi ce savoir-faire. En se s’intéressant frontalement à l’actualité (terrorisme, guerre en Syrie), le showrunner Eric Rochant s’engage sur un terrain miné et s’en sort à merveilles.

(Attention, spoilers sur la fin de la deuxième saison.)

On avait quitté quitté l’agent Malotru (Mathieu Kassovitz) alors qu’il venait de tuer un membre de Daesh après s’être fait passer pour un journaliste. Otage de l’organisation terroriste, il ne peut qu’attendre sa mort. Cette saison met à l’honneur Nadia El Mansour (Zineb Triki), ancienne professeure et amie de l’agent Malotru, ainsi que Henri Duflot (Jean-Pierre Darroussin), directeur du service des clandestins de la DGSE, qui vont tenter par tous moyens de faire revenir l’agent. Du côté de Marina Loiseau (Sara Giraudeau), elle est en prise à un stress post-traumatique à la suite de sa mission qui a mal tourné en Iran.

LeBureauDesLégendesSaison3Critique (2)

Rendez-vous en terre inconnue

On retrouve donc ici l’agent Malotru dans une situation quasiment désespérée. Aux mains de l’Etat islamique, il devient victime et non plus acteur de son histoire. C’est l’occasion pour les créateurs de la série de mettre un peu plus en valeur les autres personnages : l’agent Raymond Sisteron (Jonathan Zaccaï) qui se retrouve aux côtés des forces Kurdes, Nadia El Mansour (Zineb Triki) qui avec son nouveau poste dans les instances européennes va se révéler être un intermédiaire de choix, et surtout Henri Duflot (Jean-Pierre Darroussin) dont l’objectif est de récupérer coûte que coûte son agent afin de connaître un départ en retraite paisible. On y découvre un plus fort attachement entre les personnages alors qu’ils sont directement touchés malgré la « trahison » de Malotru en fin de saison dernière. Dans la mesure où la DGSE se révèle être plutôt tentée de l’abandonner, cette saison est surtout celle où on voit les agents, qui refusent de le laisser, se démener et s’accrocher au moindre indice pour retrouver sa trace. C’est très probablement une des meilleures saisons, peut-être même la meilleure, tant tous les personnages sont poussés dans leurs retranchements et connaissent les situations les plus intenses.

C’est quelque chose que j’ai énormément aimer car, au-delà du charisme du héros, le Bureau des Légendes s’est toujours illustré pour la qualité des personnages secondaires. Ici on les redécouvres de la meilleure des manières, avec des situations toujours compliquées mais qui conservent ce réalisme qui fait l’intérêt de la série. On se prend évidemment d’énormément d’affection pour Henri Duflot qui prépare sa retraite après des décennies de bons et loyaux services, mais aussi pour l’agent Marina Loiseau qui se replonge difficilement dans les affaires après ses mésaventures iraniennes. L’agent Raymond Sisteron apporte encore cette petite dérision, tandis que la série connaît quelques nouveaux personnages comme celui de l’humoriste Artus. La force du showrunner Eric Rochant est d’avoir été capable de reprendre des éléments d’actualité autour de l’Etat islamique, forcément anxiogènes, pour en faire une véritable aventure d’espionnage. L’épisode auprès des combattants kurdes est génial, et les séquences qui se déroulent dans des villages perdus en Syrie très intéressants. C’est certainement la saison où Le Bureau des Légendes prend le plus de risque, et ils sont largement récompensés.

Une aide venue d’ailleurs

Avec ses thèmes encore plus lourds qu’à l’accoutumée, la série parvient à tout de même garder son fil conducteur sans verser dans le scandaleux ni la polémique. En gardant les pieds sur terre, la série reste près de la réalité sans pour autant oublier son statut de fiction. Avec ses excellents acteurs, Eric Rochant a mis en place une histoire terriblement agréable à suivre au fil des dix épisodes, donnant envie que la saison ne s’arrête jamais. Jamais avare en situations palpitantes, la froideur de la DGSE telle qu’elle est dépeinte par la série porte un regard terrible sur l’actualité, entre pragmatisme et fatalisme. Mathieu Kassovitz en tête d’affiche joue là un de ses meilleurs rôles, sous l’emprise de ses geôliers et alors qu’il est complètement seul. Il sait que personne ne viendra le chercher, et tente péniblement de survivre en pensant à sa fille. Une situation extraordinaire qui inscrit donc la série dans son époque. Mais j’ai aussi beaucoup aimé Zineb Triki, une excellente actrice qui dans le rôle de Nadia El Mansour sert d’intermédiaire entre la DGSE et l’Etat islamique, afin de négocier sa libération. Elle se retrouve elle aussi dans une situation compliquée alors que son passé lui éclate à la figure, et l’actrice s’en sort parfaitement, comme elle le montrait déjà dans les deux premières saisons.

Le Bureau des Légendes ne déçoit donc pas. Après deux excellentes premières saisons je me demandais comment la série parviendrait à se réinventer, et elle y arrive sans soucis. La capture du héros par l’ennemi vient installer une nouvelle dynamique et offre un moment de gloire à une multitude de personnages secondaires. Ces derniers prennent les rênes de la série et l’amènent encore plus loin : la troisième saison du Bureau des Légendes est excellente, et je meurs d’impatience de voir la suivante.

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