The Handmaid’s Tale – Saison 1, une effrayante dystopie

Catastrophe biologique et patriarcat, c’est un mélange terrifiant que nous propose The Handmaid’s Tale, une série adaptée du roman La Servante écarlate de Margaret Atwood. Produite par la plateforme Hulu, elle est diffusée en France sur OCS à partir du 27 juin 2017.

Après une catastrophe biologique et une question environnementale trop longtemps ignorée, les Etats-Unis deviennent la nouvelle République de Gilead. Un régime totalitaire où les femmes sont démises de leur citoyenneté et sont réparties en trois branches : les Épouses, dévouées à leurs maris, les Marthas, qui s’occupent de la maison, et les Servantes, dédiées à la reproduction. En effet, la catastrophe a vu les taux de natalité descendre au plus bas avec une très forte infertilité, alors cette République pousse l’objectification de la femme au maximum en réduisant les quelques unes encore fertiles à un simple rôle de reproductrice.

TheHandmaidsTaleSaison1Critique (2)

Three Little Birds

N’ayant pas lu le roman de Margaret Atwood, c’était une découverte totale. Et c’est une dystopie effrayante que nous offre The Handmaid’s Tale. Dans ce futur proche, la pollution, trop longtemps ignorée par l’Homme, est la cause d’une catastrophe biologique : l’infertilité est au plus haut, et la République de Gilead ne trouve rien de mieux que de mettre en place un système patriarcal exacerbé pour perpétuer la race humaine. Quelques hommes dirigeants se retrouvent à la tête de maisons en compagnie de leur épouse et des servantes, ayant pour objectif, outre de régner de maîtres, de se reproduire avec les quelques servantes fertiles. On y trouve évidemment des relents religieux, avec des personnes qui devant la situation se réfugient devant Dieu : le régime totalitaire y puise son pouvoir, puisque c’est des religieux qui ont mis en place cette société. Ils tentent certes de le justifier par le dégât environnemental, mais aussi et surtout par un ordre religieux pour lequel les bonnes réponses se trouvent dans la soumission de la Femme à l’Homme.
Si The Handmaid’s Tale est aussi effrayant, c’est parce que le récit s’appuie sur des faits et exemples bien présents dans notre société : la femme émancipée qui va soudainement se retrouver projetée des siècles en arrière, le fait religieux qui fait son retour en grâce, la question environnementale qui éclate à la figure des dirigeants.

C’est Elisabeth Moss, productrice et premier rôle, qui porte la série. Celle qu’on connaissait principalement pour Mad Men joue là un rôle difficile, dans la peau d’une Servante qui n’obéit pas vraiment aux règles. On souffre avec elle, on croît avec elle et on déchante souvent avec elle. L’actrice joue en retenue, dans un univers où les sentiments sont cachés, et parvient à transmettre toutes les émotions avec son regard alors qu’elle traverse une épreuve extrêmement violente. On lui vole sa vie, mais aussi son intimité, et elle est reléguée au simple rôle de procréatrice. Cette dystopie fait appel aux sentiments les plus profonds, mais aussi au fait religieux : c’est bien la religion qui est au centre de cette histoire, un prétexte qui permet d’asseoir une nouvelle société au patriarcat extrême. Les renvois à nos sociétés sont évidemment nombreux, et c’est bien là tout l’intérêt de The Handmaid’s Tale. En s’appuyant sur la réalité, l’auteure du roman, ici transposé à la télévision, a été capable de dépeindre des dérives tout à fait réalistes. Le récit n’en est que plus percutant, en montrant comme il est simple pour une démocratie de virer au totalitarisme. Et ce même pour un événement qui aurait pu souder les sociétés, à savoir la catastrophe environnementale. L’Homme, au sens large, est responsable de ce qu’il lui arrive et ne peut que se réfugier derrière le prétexte du fait religieux pour « excuser » le mal qu’il a fait à la Terre, et « justifier » ses dérives patriarcales.

Heart of Glass

La série souffre toutefois d’un problème de rythme à mes yeux : en mélangeant le présent et des flash-backs sur la période précédant la mise en place du régime totalitaire et l’effrayante chasse aux femmes fertiles, The Handmaid’s Tale explore deux réalités très intéressantes. Mais le rythme est lui du coup souvent haché, avec des périodes de flottement où des séquences vont être entrecoupées de scènes aux propos très différents. Toutefois au-delà de ça, la série se révèle vraiment excellente et peut largement compter sur son casting. Car si Elisabeth Moss est aussi importante, il ne faut pas oublier celle qui lui donne la réplique le plus souvent : Yvonne Strahovski. Dans le rôle d’une Épouse aux sentiments très partagés, elle parvient à allier empathie et colère alors qu’elle est elle-même victime de ce régime. C’est une actrice qui n’a pas connu tant de succès que cela jusqu’à maintenant, on la connaît principalement pour la série Chuck. Et pourtant c’est ici une vraie révélation, dans un rôle lui aussi pas évident, qui complète très bien celui d’Elisabeth Moss. Les deux femmes offrent deux regards très différents sur la situation, alors qu’elles sont toutes deux victimes.

The Handmaid’s Tale est une belle surprise : une série que je n’attendais pas et que j’ai regardé par simple curiosité. Au final, j’ai été happé par une dystopie pas si éloignée de nos sociétés et qui vient montrer intelligemment le facile basculement alors que les failles de nos démocraties sont très nombreuses. Alors que l’Homme a provoqué une catastrophe biologique, en polluant sans se poser de questions, la Femme est celle qui va endurer les supplices. C’est poignant et juste, qui vient montrer qu’il faut compter sur les productions de la plateforme Hulu.

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