Stranger Things – Saison 2, les limites de l’hommage

Stranger Things est une série créée par les frères Matt et Ross Duffer pour Netflix. S’appuyant sur l’ambiance et les intrigues des films de science-fiction des années 1980, elle avait surpris et séduit un grand nombre de spectateurs l’année dernière lors de sa sortie. La deuxième saison a la lourde tâche de faire aussi bien…

1984, Hawkins dans l’Indiana. Un an après l’attaque du monstre sur la petite ville, les jeunes qui avaient découvert le monde parallèle d’où il vient tentent de se reconstruire. Mais l’un d’eux, Will (Noah Schnapp) a commencé à avoir des visions de ce Monde à l’envers et d’une créature gigantesque.

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Mad Max

La première saison de Stranger Things était une réussite : savant mélange entre aventure et hommage au cinéma des années 1980, la série nous faisait découvrir un groupe d’enfants tout droit sortis des Goonies et qui se voyaient opposés à un mal venu d’ailleurs, d’un monde parallèle où leur ville n’est qu’un amas de poussière. La deuxième saison reprend un an après la fin d’une aventure épique et un combat face à une bête, le « Démorgorgon » telle que nommée par les petits héros. La vie a repris son cours dans la ville de Hawkins,  et on découvre rapidement que Eleven (Millie Bobby Brown), cette gamine aux pouvoirs surnaturels qui s’était sacrifiée pour ses amis, a refait surface et est protégée par l’agent de police Jim Hopper (David Harbour). C’est aussi l’occasion de voir débarquer une poignée de nouveaux personnages aux destins plus ou moins heureux, et à l’apport plus ou moins important. Cette seconde saison reprend évidemment la même recette avec un hommage appuyé à toutes ces œuvres de science-fiction qui ont connu leur apogée au cours des années 1980, mais aussi aux jeux vidéo de l’époque et plus globalement une ambiance propre à celle-ci. Pour ce qui est de l’aventure en elle-même, on va encore chercher à comprendre quel est ce monde parallèle tandis que les scientifiques aperçus en première saison tentent de contenir l’avancée de son emprise sur le monde réel.

Mais voilà, la série a déjà atteint ses limites : après une première saison qui insistait lourdement sur la nostalgie, mais qui n’en restait pas moins séduisante, la deuxième saison elle en reprenant cette même recette nous interroge sur les limites de l’hommage. A partir de quel moment celui-ci devient plagiat ? Car une fois n’est pas coutume, on a droit à une pluralité de plans rappelant divers films, à des intrigues déjà vues dans ces mêmes films, et des personnages qui semblent tous sortis de ceux-ci. Stranger Things 2 au contraire de sa première saison ne parvient pas à se construire une identité, d’autant plus que ses gamins qui donnaient un cachet sympathique à la série sont un peu plus en retrait cette fois-ci avec d’autres personnages qui prennent l’ascendant. Bien sûr, la série n’en reste pas moins sympathique à regarder, mais on peut s’interroger sur son intérêt et les implications d’un tel hommage : et si au-delà de l’amour pour les années 1980 qui semblait transpirer de la première saison, on n’assiste pas plutôt à une série paresseuse qui utilise, parfois avec brio, une nostalgie ambiante afin de gommer ses plus gros défauts ? Parce que les défauts sont nombreux : son rythme est terriblement saccadé, avec des épisodes qui passent très rapidement d’une réussite certaine à un ennui profond. L’intrigue met du temps à se mettre en place et, lorsqu’elle est enfin lancée, on nous balance un épisode sept à la limite de l’acceptable : celui-ci nous place dans une ambiance radicalement différente en suivant une escapade solitaire de Eleven qui la fera découvrir un aspect plus violent de ceux qui ont subi, comme elle, des expériences douteuses. Cet épisode, s’il aurait pu avoir un intérêt, ne parvient pas à développer quoique ce soit d’utile ou d’intéressant et n’apparaît finalement que comme un « filler » destiné à retarder un peu plus l’échéance. C’est un procédé assez classique, mais relativement triste compte tenu du fait que la saison ne compte que neuf épisodes. S’ils ont besoin de faire du remplissage pour une aventure aussi courte, il serait bon de s’interroger sur ce qu’ils ont à raconter…

Trick or Treat

La déception est finalement à la hauteur de l’attente : la première saison se suffisait à elle-même et constituait une bonne série « popcorn » à déguster au souvenir d’un cinéma qui ne se fait plus. Choisir de faire une deuxième saison était une décision périlleuse pour les créateurs de la série, car il était difficile de raconter quoique ce soit de plus sans perdre cette part de mystère et d’invraisemblable qui est l’essence même de la science-fiction d’époque. Et les auteurs sont tombés en plein dans le piège : non seulement la deuxième saison n’apporte strictement rien en terme de compréhension de l’univers, mais en plus elle s’obstine à développer des personnages jusqu’à les saccager. Les gamins sont le plus souvent antipathiques au possible tandis que les adultes eux deviennent des caricatures d’eux-mêmes. Seule une poignée d’entre-eux s’en sortent avec les honneurs, tant pour les prestations des acteurs (comme Winona Ryder ou Gaten Matarazzo) que pour l’écriture de leurs personnages, et on est le plus souvent gêné par une série qui force incroyablement dans le sentiment de nostalgie sans jamais rien avoir à dire. D’autant plus que la série déçoit également sur tout le reste : la mise en scène ingénieuse et pleine d’idées de la première saison n’est que l’ombre d’elle-même, la musique est mise en retrait et le kitsch laisse place à la gêne.

Finalement, il faudra attendre les quinze dernières minutes de la saison pour assister à l’unique scène véritablement réussie, un moment de plaisir qui capte presque involontairement ce qui fait le charme des films des années 1980, la seule fois où la série ne cherche pas à forcer les références dans la tête du spectateur. C’est un sacré échec auquel on assiste ici, et toute la sympathie que j’ai pour ces jeunes acteurs et le projet mis en place par les frères Duffer ne suffit plus.

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