The Few, la survie comme maître-mot

Une des œuvres au programme du lancement du label Hi Comics ce mois-ci, The Few est un graphic novel écrit par Sean Lewis et dessiné par Hayden Sherman. Prenant place dans un futur proche et à mi-chemin entre Mad Max et La Route, The Few est un one-shot surprenant et plein de bonnes idées.

Dans un avenir proche, l’eau et l’air sont devenus les ressources les plus précieuses de la terre. Alors que les Etats-Unis ont peu à peu sombré dans la guerre et la division, deux frères trouvent une femme au milieu de la forêt, effondrée, un bébé dans ses bras. Les guerres de milices font rage tandis que le pouvoir central s’organise autour d’une ville, le « Palace », où ne peuvent vivre que ceux qui acceptent de se soumettre pleinement. Dans ce contexte, il faut faire un choix : la Révolution ou la mort.

Nous sommes les autres

Avec ses inspirations diverses, on aurait pu craindre de voir en The Few un pot pourri de ce qui a plus ou moins fonctionné ailleurs. Pourtant, nos craintes sont vite levées alors que l’auteur Sean Lewis nous propose un monde original, extrêmement proche du notre et de ses problématiques. Ici les gouvernements, et précisément le gouvernement américain, ne s’est pas préparé à la raréfaction des ressources naturelles, en tête desquelles la ressource la plus précieuse : l’eau. Si certains puits permettent encore de s’alimenter, ils sont la cible de divers milices, mais également du pouvoir central, qui tentent de mettre la main dessus. Dans ces conditions, une grande partie des Etats-Unis a été déclarée comme « inutile », leurs habitants n’ayant aucune ressource à offrir, et seul les populations considérées comme utiles au bon fonctionnement du pouvoir ont été réunis dans une immense ville nommée le Palace. Au sein de cette ville, les habitants doivent se conformer à la pensée dictée par le pouvoir central et les forces armées sont formatées très tôt, de manière à ne pas poser de question. Une force armée qui est chargée de surveiller et empêcher tout acte terroriste venant de la rébellion, ceux qui vivent à l’extérieur et qui s’opposent au pouvoir.

On va découvrir au fil des pages un monde extérieur extrêmement dangereux, entre l’air très pollué qui empêche d’y passer trop de temps et des milices, parfois quasi religieuses, qui se font une guerre sans pitié afin de récolter les quelques ressources qui restent. The Few est une réussite dans sa manière de poser l’ambiance, malgré les emprunts ici et là cet univers a son propre caractère et ses codes. C’est une dystopie extrêmement violente et désespérée, l’espoir n’est permis pour personne et c’est une véritable lutte intérieure que subissent la plupart des protagonistes. Entre sécurité et soumission ou liberté et guerre, ils doivent choisir. L’héroïne est extrêmement intéressante car elle représente les deux extrêmes de cet univers, elle a connue le Palace et connaîtra la rébellion, si elle a ses propres idées et préjugés sur les deux camps elle doit tout remettre en cause pour sauver cet enfant qu’on lui a mis dans les bras. Plus qu’une histoire de guerre, The Few est une histoire de survie, au sens le plus pur.

La Révolution ou la mort

Le coup de crayon de Hayden Sherman est probablement le meilleur moyen de rendre hommage à cette histoire imaginée par Sean Lewis. L’oppression est constante et les ombres sont omniprésentes, le dessinateur s’amuse d’ailleurs à mettre en scène dans une image presque horrifique l’apparition d’un fantôme du passé qui hante l’héroïne à chaque fois qu’elle doute de ses propres actions. On note aussi des planches absolument sublimes, qu’il s’agisse de celles qui nous rappellent la solitude de la forêt ou l’immensité du Palace et l’insouciance de ses habitants. Tout cela a aussi été rendu possible grâce à l’histoire de Sean Lewis, qui ne cache aucune de ses inspirations mais qui parvient à les dépasser. Parmi les scènes clés il y a évidemment la fin, pleine de bon sens mais qui offre aussi une réflexion intéressante alors qu’une fête quasi indécente se tient tandis que quelque chose de plus gros se passe en coulisses.

The Few est le reflet de notre société, et nombre de ses pages renvoient aux problématiques contemporaines. Et c’est bien là sa force, dans la manière qu’a Sean Lewis de prendre ces problématiques et imaginer un scénario catastrophe, néanmoins presque plausible, où quelques uns décident que toute une partie d’un peuple est inutile. Au-delà de ces considérations, c’est aussi une histoire émouvante centrée sur trois personnages, prêts à tout pour sauver leurs proches et leur offrir un avenir meilleur.

Critique réalisée à partir d’un exemplaire envoyé par les éditions Bragelonne – Hi Comics.

Publicités

Donner votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.