The Cloverfield Paradox, aux prémices de la catastrophe

Annoncé à peine cinq heures avant sa diffusion sur Netflix, The Cloverfield Paradox est la sortie surprise du mois. Prenant place dans le même univers que les deux précédents Cloverfield, on retrouve cette fois-ci à la réalisation le jeune Julius Onah, un réalisateur nigérian-américain qui a obtenu la confiance du producteur J.J. Abrams.

2028, la Terre souffre d’une crise énergétique majeure. Pour y remédier, un effort commun est effectué entre les nations pour lancer une ultime mission à bord d’une station spatiale : actionner un accélérateur de particules qui devrait être capable de produire une nouvelle forme d’énergie, afin d’alimenter le monde entier. Mais les échecs seront nombreux, jusqu’à une dernière tentative qui s’avère fructueuse. Problème : une surcharge survient, et l’équipage découvre que la Terre a disparue.

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Converging Overload

L’ambition de J.J. Abrams de créer un univers partagé autour de Cloverfield attise évidemment la curiosité. Lorsque l’on découvrait Cloverfield à l’époque, réalisé sur la mode du found footage, rien ne laissait penser qu’un jour des suites verraient le jour. Et la surprise était grande à la sortie de 10 Cloverfield Lane, annoncé à peine un mois avant sa sortie en salle. On découvrait un film dans un style complètement différent, qui abordait l’attaque de la Terre sous un angle nouveau : celle d’une personne bloquée dans un bunker, qui n’a aucune idée de ce qui se passe à l’extérieur. Avec The Cloverfield Paradox, on part dans l’espace et aux origines de l’attaque. Préquelle ou suite, le film s’amuse avec les timelines et les dimensions parallèles. De quoi semer la confusion, mais surtout de quoi expliquer comment des monstres ont pu arriver sur Terre. Une explication dont on se serait bien passé, mais qui s’inscrit dans une mode assez récente où le public (et parfois les réalisateurs) a tendance à réclamer des explications là où on n’en a pas besoin. Cloverfield était inquiétant car on ne savait rien des monstres, nous étions placées au milieu de la foule et nous n’en savions pas plus qu’une personne lambda qui tente de survivre alors qu’elle voit un monstre géant à sa fenêtre. Ici, le film prend de la hauteur et même s’il reste assez vague, nous explique que les monstres arrivent sur Terre à cause de la collision entre plusieurs dimensions alors que les humains ont tenté d’actionner un accélérateur de particule dans l’espace pour produire une nouvelle forme d’énergie.

Mais ce qui faisait la qualité de Cloverfield en 2008 puis 10 Cloverfield Lane en 2016, c’était leur manière d’instaurer une forme de crainte de leur univers. Pour le premier, c’était la peur de l’inconnue, le format du found-footage et l’hystérie générale lors de l’attaque empêchaient de véritablement prendre conscience de l’étendue de la menace et c’était là toute la particularité du film. Quant au second, la peur s’installait dans la relation entre les personnages, en se mettant du point de vue de l’héroïne on se retrouvait dans un bunker à l’hôte terriblement inquiétant.
Dans The Cloverfield Paradox le réalisateur Julius Onah ne parvient pas à installer cette forme d’angoisse. Si les choses tournent mal au sein de la station spatiale, on a rapidement l’impression de voir un quelconque film catastrophe dans l’espace. Probablement dû à ses protagonistes, scientifiques chevronnés, qui ont toujours une réponse rationnelle à apporter. Même lorsque les choses virent au quasi surnaturel, c’est leur sang froid qui prédomine. Alors oui les événements racontés sont absolument dingues, mais ils n’angoissent jamais, même pas lorsque l’on comprend que la Terre a disparue.

 

Drifting in the Dark

Le film n’est pas mauvais pour autant. D’un côté, sans la marque Cloverfield il n’aurait pas suscité autant d’intérêt, mais d’un autre c’est ce qui lui pose problème. La dynamique est plutôt bien installée entre les différents personnages, même si on s’interroge sérieusement sur la pertinence de faire parler Zhang Ziyi en mandarin. Mais vraiment, à plusieurs reprises je me suis demandé pourquoi une scientifique et astronaute chevronnée parlerait en mandarin à tout son équipage anglophone, un équipage qui la comprend sans sourciller et qui lui répond en anglais. Heureusement, l’actrice chinoise est convaincante, à l’image du reste de la distribution.
Le réalisateur s’avère lui plutôt bon dans sa manière d’aborder les espaces clos de la station spatiale. Entre immensité de la station et impression d’étouffement, il manie sa caméra avec talent pour installer le spectateur dans une position inconfortable. Mais les choses se gâtent lorsqu’il est nécessaire de raccrocher le film à Cloverfield et ses monstres. Des événements quasi-surnaturels ont lieu et le film prend une direction complètement différente, trahissant les nombreuses versions du scénario et les ajustements réalisés au fil du tournage. Une manière finalement maladroite de raccrocher le film à l’univers de Cloverfield, à la manière de ce qui avait été fait dans 10 Cloverfield Lane et sa fin qui a beaucoup divisé.

Alors si les producteurs de The Cloverfield Paradox manient avec talent le marketing, le film lui accuse le coup après une longue période de production dans la catastrophe la plus totale. J.J. Abrams avoue lui-même que le film a connu plusieurs itérations au gré des ajustements, ce qui provoque au final pour le spectateur un film dénué de personnalité et passant d’une situation à l’autre sans véritable cohérence. En le regardant on a rapidement l’impression que (beaucoup) trop de personnes ont travaillé dessus, chacun apportant ses propres idées pour un melting-pot de science-fiction parfois complètement improbable. Alors Netflix une nouvelle fois a raté sa mise, si le buzz était assuré, la qualité n’est toujours pas au rendez-vous avec un film catastrophe qui ne s’assume jamais vraiment. Au contraire du désastreux Bright il y a quelques temps, The Cloverfield Paradox a le mérite d’être divertissant et d’avoir même à quelques occasions de très bonnes idées, mais on ne peut qu’être déçu après l’excellent 10 Cloverfield Lane.

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