Bright, échec et curiosité morbide

Annoncé en grande pompe par Netflix, Bright était très attendu par les abonnés de la plateforme. Entre son casting assez intriguant et le mélange entre buddy movie et fantasy, on espérait quelque chose de rafraîchissant. Manque de bol, le film va vite échouer et s’égarer vers un grand n’importe quoi dont on se serait bien passé.

Dans un monde où les humains cohabitent avec les orcs, les elfes et les fées, le policier Daryl Ward (Will Smith) est contraint de faire équipe avec l’orc Nick Jakoby (Joel Edgerton). Un jour pendant une patrouille ils se retrouvent face à une histoire qui les dépasse, une menace maléfique et une quête pour une baguette magique capable de changer le monde. Pourchassés par des autorités supérieures, ils vont devoir protéger la baguette et sa gardienne, Tikka (Lucy Fry).

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World Gone Mad

S’étant attiré les foudres de la critique, notamment celle de IndieWire qui qualifie le film de « pire film de l’année » Bright a évidemment attiré mon attention. D’abord pour une sorte de curiosité morbide qui m’amène à ralentir en passant près de l’accident, mais aussi parce que je me dis qu’au fond toutes ces critiques abusent un peu. Abusent-elles ? Pas totalement.
Rejeton bâtard de tout le cinéma de « flics à Los Angeles » et de fantasy, ce buddy movie sous acides nous propose de suivre deux policiers aux origines très différentes (l’un est humain, l’autre est un orc) pour qui une patrouille va très mal tourner. Mal tourner au sens de « c’est bientôt la fin du monde ». Dès les premiers instants le film nous dépeint une société foncièrement raciste, les panneaux « interdit aux orcs » ou encore « service d’extermination des fées » apparaissant dans un générique improbable sur fond de musique rap. La subtilité est vite écartée : le peuple orc habite dans le ghetto , s’habille avec des maillots de basket ou de football américain, porte des casquettes, chaînes en or et se déplace en gang. La subtilité finit d’être enterrée six mètres sous terre quand au détour d’une patrouille tout à fait innocente nos deux acolytes observent un orc se faire tabasser par quelques policiers humains en mal de sang. Oui, Bright parle de racisme et de violence policière, et oui, la subtilité est morte ce soir.
La fantasy s’est toujours appuyée sur des problèmes de société pour exister, et Bright n’échappe pas à la règle. Cependant, le propos est extrêmement maladroit et j’en parlerais plus tard.
Pour ce qui est de l’intrigue en elle-même, elle se perd dans tout ce qu’il y a de plus classique pour le genre. D’abord avec les vannes mal placées entre les deux héros entre lesquels la dynamique ne fonctionne jamais, ensuite avec son histoire de Seigneur des Ténèbres et d’Elfes méchants qui sortent un peu de nulle part, chacun cherchant à s’emparer d’une baguette magique elle aussi sortie de nulle part. On comprend un peu que les différentes races se haïssent, que chacune croît en quelque chose de différent, et on nous indique vite fait qu’une terrible guerre a eu lieu entre les humains et les orcs en Russie il y a quelques temps.

Sorte de Training Day qui se serait perdu dans un monde de fantasy, Bright nous amène donc dans une société proche de la nôtre mais où tous les défauts sont exacerbés. Véritable caricature du film policier -une caricature probablement involontaire venant d’un réalisateur qui a fait toute sa carrière sur ce thème-, il se sert bêtement de la fantasy pour raconter strictement la même chose que des dizaines de films avant lui. Et c’est très mal fait, la faute à une production inégale qui allie quelques plans sympathiques à une succession de scènes sans trop de sens, avec un réalisateur qui fait clairement fausse route sur sa manière d’aborder ses personnages et les mettre en scène. Les scènes d’action sont confuses, les effets spéciaux rappellent que l’on est sur un standard de production très bas et les acteurs peinent à se sortir de cette galère. Will Smith joue effectivement le même personnage que la plupart de ses films tandis que Joel Edgerton fait presque pitié sous son maquillage d’orc. Excellent acteur, j’ai souvent eu envie de lui tendre la main pour le sortir de là. Quant à Lucy Fry qui vient compléter le groupe dans le rôle d’une mystérieuse jeune femme protectrice de la baguette magique, elle n’aura jamais le droit de s’exprimer, son rôle se cantonnant à faire semblant d’avoir peur et d’être faible. Les antagonistes eux n’ont strictement aucun intérêt, Noomi Rapace en assassine elfique fait plutôt marrer tant son personnage, visuellement, rappelle les pires œuvres d’inspiration fantasy publiés sur DeviantArt.

Broken People

Mais comme je le disais précédemment, le pire pour le film est de complètement échouer sur ce qu’il tente de raconter. Voulant dénoncer le racisme et les violences policières, il parvient lui-même à l’être. Les orcs sont de véritables clichés de la communauté afro-américaine, rappelant les pires heures des films policiers des années 1990. Ces clichés vont s’étendre jusqu’au bout du film avec une morale nauséabonde, le seul orc méritant le respect et l’amour des humains étant un orc qui a renié sa communauté, la déteste et qui a même été jusqu’à une modification physique pour ressembler aux gentils :  les humains. Il leur voue un culte démesuré et donne finalement le sentiment au spectateur que le seul « étranger » qui mérite le respect, c’est celui qui fait tout pour nous ressembler.

Le film est donc aberrant. S’il est difficile de le considérer comme le pire film de l’année, c’est néanmoins un long métrage dont on se serait bien passé et qui sera assez vite oublié. Oscillant entre de la mauvaise fantasy qui en reprend tous les poncifs sans jamais les comprendre, et un buddy movie qui n’en comprend pas non plus la base, c’est-à-dire une osmose entre les deux héros, Bright est un de ces films qui ne s’assument jamais vraiment. Parfois pamphlet anti-raciste, parfois raciste, parfois de la fantasy et parfois un film policier, Bright est cependant toujours mauvais, et c’est avec une curiosité malsaine que l’on va jusqu’au bout avec cette seule question : « jusqu’où creuseront-ils ? »

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4 réflexions sur “Bright, échec et curiosité morbide

    1. Disons que c’est un buddy movie, un film de flics à LA ou un film de fantasy qu’on a déjà vu dix fois.
      Au final un pot-pourri de tout ça, sans exceller dans aucun des domaines. Franchement, il y a bien mieux à voir dans chacun de ces genres…

      Après si comme moi tu as cette espèce de curiosité morbide, faut tenter :p

      J'aime

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