Invisible Republic – Tome 1, investigations en terrain miné

Invisible Republic est un comics créé par Corinna Bechko et Gabriel Hardman. Disponible chez Hi Comics en France depuis le mois dernier, on découvre dans le premier tome un monde qui tente de survivre après la chute d’un régime dictatorial.

Le célèbre mais néanmoins détesté reporter Croger Babbs est sur une nouvelle piste : il a mis la main sur les écrits d’une femme qui, quarante ans plus tôt, semble être liée à la mise en place du régime dictatorial de Arthur McBride, surnommé le régime « Mallory ». Cette femme s’appelle Maia, inconnue jusqu’à lors et prétendant dans ses notes être la cousine de celui qui est devenu dictateur. Le reporter va tenter d’aller au bout des choses afin de faire la lumière sur ce régime qui a fait tant de mal à la lune Avalon, colonisée il y a plusieurs décennies par les Terriens.

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Une enquête journalistique à hauts risques

Aux apparences assez classique dans son approche d’un monde futuriste, Invisible Republic brille par sa manière d’éviter les écueils habituels de la science-fiction. Si la dystopie est de mise avec un monde extrêmement sombre qui a cédé à l’appel de la terreur, c’est aussi et surtout l’histoire de l’enquête d’un reporter avide d’informations. Afin d’écrire un article sur les dessous de l’ascension du régime Mallory, il va explorer la lune d’Avalon et interroger ses habitants pour comprendre ce qui a pu se passer. Initialement révolutionnaires et plein de promesses, les dirigeants sont semble-t-il devenus des dictateurs tout ce qu’il y a de plus classique.
C’est au travers des yeux du journaliste que l’on va peu à peu faire la lumière sur les événements : lui-même n’en sait pas grand chose, et c’est en interrogeant les protagonistes qu’il permet au lecteur de comprendre peu à peu de quoi il en retourne.

Mais cela passe aussi par les nombreux écrits de l’héroïne, Maia, sur lesquels il va tomber par hasard. De nombreuses pages qui racontent sa relation avec son cousin et les semaines qui ont précédé son ascension fulgurante à la tête de la révolte. Des révolutionnaires qui voulaient s’opposer au régime en place, qui visiblement n’était pas non plus très porté sur la notion de liberté, mais des révolutionnaires qui ont fini par devenir des caricatures d’eux-mêmes. Du moins c’est ce que l’on nous suggère dans les premières pages, le récit se déroulant 42 ans après les événements et dans une société ravagée par le pouvoir récemment déchu. Ce procédé narratif est un véritable plaisir tant il est maîtrisé par Corinna Bechko et Gabriel Hardman, tous deux soucieux du détail dans une histoire aux nombreux embronchements. On va découvrir toute une galerie de personnages, peu à peu présentés au travers du récit de l’héroïne qui semble être le chaînon manquant d’un régime que les protagonistes ne parviennent pas encore à s’expliquer.

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Les dessous d’une ascension

Le travail de Gabriel Hardman sur les dessins de Invisible Republic, et la colorisation de Jordan Boyd renvoient à l’iconographie propre au style de la dystopie et ses représentations quasi mystiques de quelques héros, ou dirigeants totalitaires. C’est le cas de quelques plans qui mettent par exemple en exergue des posters du dictateur, ou révolutionnaire selon l’équipe, supérieur en second plan aux personnages qui apparaissent en dessous, ou encore cette distance que prend le dessinateur sur la masse affamée et soumise au bon vouloir des autorités. Mais plus que tout c’est le coup de crayon du dessinateur qui apporte à Invisible Republic une identité unique, travaillant main dans la main avec Corinne Bechko à l’écriture. Et ce notamment avec un procédé assez simple mais qui apporte beaucoup de plaisir à la lecture, celui de choisir des couleurs chaudes pour le passé tel qu’il est raconté dans les écrits de l’héroïne, et des couleurs ternes pour le présent qui succède une période de dictature qui semble avoir ravagé la lune.

Ce premier tome est très généraux tant dans sa manière de poser le contexte que dans sa manière d’aborder l’investigation du journaliste. En jouant sur deux temporalités l’histoire nous amène à découvrir les deux faces d’un régime dictatorial : ce qui le précède, et ses conséquences. Une manière intéressante et parfaitement exécutée d’aborder des thèmes qui ont déjà connu des centaines de développements par le passé, et qui prouve surtout que l’on peut encore parler de futur et de dystopie sans tomber dans des poncifs éculés. (Oui je pense à toi, la série Altered Carbon).

Critique réalisée à partir d’un exemplaire envoyé par les éditions Bragelonne – Hi Comics.

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