20th Century Women, la société bousculée par trois femmes

La Journée internationale des droits des femmes, ce 8 mars, est l’occasion de parler d’un film de 2017 qui abordait la question de la contestation libertaire des années 1970-1980, et plus généralement l’émancipation des femmes dans une société foncièrement patriarcale. Il s’agit de 20th Century Women, un film réalisé par Mike Mills.

A l’été 1979 à Santa Barbara, Dorothea Fields (Annette Bening) élève seule son fils Jamie (Lucas Jade Zumann). Soucieuse d’offrir à son fils une vision du monde, et des femmes, différente de celle que la société lui inculque, elle fait appelle à deux femmes, Abbie (Greta Gerwig) une artiste punk, et Julie (Elle Fanning) leur jeune voisine. En grandissant auprès de ces trois femmes, le jeune homme va apprendre à comprendre son environnement, se poser des questions sur la place des femmes dans la société et son comportement vis-à-vis d’elles.

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Santa Barbara, 1979

Jamie, ado comme les autres, est exposé à la société qui le façonne tel qu’elle le souhaite. A la différence que sa mère a des idées bien marquées et souhaite faire bouger les choses, du moins, elle souhaite lui donner accès à une réalité différente de celle qu’il voit à la télévision ou auprès de ses amis. Cette réalité c’est celle des femmes qui l’entourent, leurs véritables vies et non pas l’image fantasmée d’une Amérique patriarcale. Dorothea est divorcée et élève seule Jamie, et devant ses difficultés à parler avec lui elle fait appel à Julie et Abbie. La première est la meilleure amie de l’adolescent. Elle n’a que 17 ans mais a déjà son côté « rebelle », c’est près d’elle qu’il va découvrir l’amour mais surtout c’est une relation de confiance qui existe entre les deux. Le jour où elle croît tomber enceinte, c’est auprès de Jamie qu’elle va se confier et c’est là qu’il va prendre conscience des difficultés rencontrées par ces femmes qu’il admire tant. Un tournant pour lui, celui qui ignorait les problèmes qu’elles pourraient rencontrer et qui se retrouve là nez à nez avec une adolescente condamnée à devoir acheter un test de grossesse sous les regards méprisants de son environnement. Du côté d’Abbie, c’est un femme pleine de vie et de rêves qu’il découvre, mais aussi une femme atteinte d’un cancer causé par un médicament que sa mère a été obligée de prendre pendant sa grossesse. Le DES, un médicament dont on connaissait les dangers et l’inutilité, mais que les femmes se sont vues prescrire pendant des années. Alors c’est au travers de ces deux femmes que le jeune homme va découvrir et s’attacher à des questions auxquelles il n’aurait pas été exposé s’il avait été éduqué dans une famille conforme à l’idéal américain. Et c’est aussi comme cela qu’il va peu à peu s’ouvrir à sa mère, à ses craintes et à ses rêves.

Le film se révèle souvent touchant et parfois plutôt drôle. Dans la mesure où j’ai déjà parlé du film à l’occasion de mon bilan 2017, je ne peux vous cacher l’avoir adoré. Les trois femmes, de trois générations différentes, apportent toutes une touche importante au récit qui traite en sous-texte, par leurs problèmes et leurs rêves, de leur émancipation. Elles refusent le modèle imposé par la société et offrent toutes au jeune homme une vision alternative du monde, celle où elles sont libres de faire ce qu’elle veut. Mais l’adolescent ne sera pas le seul à évoluer au fil de l’histoire, c’est aussi le cas de Julie, de plus en plus libre et insoumise, parfois provocante. A l’image de cette scène du dîner qui se révèle extrêmement drôle tant la gêne hypocrite des convives à l’évocation des menstruations est pathétique. 20th Century Women est véritablement le choc de deux sociétés, celle déjà établie et celle à établir pour ces femmes d’une nouvelle époque qui refuse les codes d’un autre âge. Mais si le film de Mike Mills fonctionne aussi bien c’est aussi et surtout grâce aux trois actrices. Annette Bening est évidemment une actrice formidable que l’on ne présente plus, mais c’est aussi la jeune génération qui brille et qui, symboliquement, porte ce renouveau des droits des femmes. Elle Fanning est la plus jeune, elle incarne Julie avec beaucoup de justesse et continue de m’étonner, film après film, sur sa capacité à tenir un personnage de la sorte. Enfin, Greta Gerwig est celle que tout le monde acclame en ce moment : avec le Lady Bird qu’elle a réalisé et qui est sorti récemment, elle fait partie des jeunes réalisatrices sur lesquelles Hollywood devra compter. Mais elle montre ici qu’elle est aussi une excellente actrice, dans la peau d’un personnage difficile à aborder tant pour son excentricité que le drame qui touche sa vie. C’est probablement la plus émouvante, celle qui offre au film les scènes les plus touchantes. Les trois sont mises en valeur par la caméra de Mike Mills qui laisse beaucoup de place à ses actrices, se contentant de capturer avec sincérité des moments de joie ou de malheur.

Modern People

20th Century Women est également un film hautement autobiographique : le réalisateur Mike Mills a avoué avoir grandi avec un entourage presque exclusivement féminin, et a amené sur le tournage des objets de famille afin d’apporter au film une véritable sincérité. Et c’est ce côté autobiographique qui donne au film une très grande force, celle d’un jeune homme qui va avoir une vision du monde bien différente grâce à un entourage qui ne lui inculque pas les prétendues « valeurs » de la société dans laquelle il évolue. A une époque où les femmes avaient encore moins de droits qu’aujourd’hui, il va apprendre à parler avec détachement de choses que la société considère comme tabou, mais surtout va comprendre tous les problèmes qui se sont posés et continueront de se mettre sur le chemin de ces trois femmes qu’il aime et admire. Le réalisateur ne se considère pas comme féministe, comme il le dit très bien, c’est aux femmes d’en décider ainsi. Et c’est Greta Gerwig, actrice du film mais également réalisatrice nommée aux Oscars il y a quelques jours pour son Lady Bird, qui le considère ainsi notamment au regard du propos du film.
Mais là où 20th Century Women est extrêmement intéressant c’est parce qu’il aborde ces questions au travers des yeux du jeune homme, une chose qui m’a beaucoup touché pour référence à ma propre expérience personnelle. J’ai grandi presque exclusivement avec des femmes, aujourd’hui encore elles m’entourent très largement, et je me suis reconnu dans la peau de ce jeune homme qui se retrouve exposé à des questions que la société tente de cacher, rendre tabou, à la vue des hommes. Des questions propres aux femmes, à leur vie, leur corps et leurs problèmes qui sont passées sous silence à cause du sexisme ambiant d’une société patriarcale qui voudrait que les femmes se taisent. Cette découverte, cette éducation que reçoit Jamie est extrêmement touchante et donne lieu à de vrais moments de sincérité, en grande partie grâce aux trois actrices qui offrent des performances formidables.

Un des meilleurs films de 2017, 20th Century Women est probablement celui que je vous conseillerai pour cette nouvelle Journée internationale des droits des femmes. Parfois drôle et parfois émouvant, il offre de grands moments mais aussi une vision touchante d’un jeune homme qui se développe et découvre le féminisme au travers de trois femmes, trois générations bien différentes mais animée par la même volonté d’émancipation. Mike Mills propose ici un récit quasi autobiographique, mais surtout un film devant lequel on devrait installer beaucoup d’hommes.

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