Avengers : Infinity War, la quintessence du blockbuster

Exactement dix ans et dix-huit films après le premier film Iron Man, celui qui lançait une nouvelle formule et manière d’aborder le cinéma, Avengers : Infinity War prétend pouvoir relier tous les points d’une histoire gigantesque qui s’est développée au fil des films produits par Marvel Studios. Rassemblant l’essentiel des super-héros apparus à l’écran depuis, ce nouveau volet marque à la fois la fin d’une ère, et le renouveau attendu pour un univers hors du commun.

Depuis des années les Avengers protègent le monde de menaces venues de tout l’univers. Mais un nouveau danger, un véritable cauchemar va faire son apparition : Thanos. Un despote craint par tout l’univers qui compte bien s’emparer des six pierres d’infinité, des gemmes qui pourraient lui donner le pouvoir de faire disparaître des planètes d’un simple claquement de doigts. Tous les combats des Avengers jusqu’alors ne les ont mené qu’à une chose : l’affrontement face à Thanos.

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La menace fantôme

Pour bien comprendre l’impact de Avengers : Infinity War, il est important de prendre la mesure du projet. Avant 2008 et le lancement de l’univers cinématographique Marvel, le cinéma hollywoodien avait déjà évidemment proposé des univers partagés ou au moins des personnages qui se baladaient d’un film à l’autre, des sortes de crossover ou clins d’œil. Mais Marvel envisageait quelque chose d’autre, en portant à l’écran ce qui se faisait déjà depuis des décennies dans l’univers des comics : un gigantesque univers où évolueraient différents héros et héroïnes, avec des enjeux, des batailles et des conséquences communes. Pendant dix ans Marvel a présenté une multitude de personnages, certains déjà connus par le grand public comme Iron Man ou Captain America, mais aussi plus tard des personnages moins célèbres comme Les Gardiens de la Galaxie ou Black Panther. Au fil des épisodes se dessinait en arrière plan une intrigue assez obscure, avec de timides références ici et là, dans des scènes post-générique ou au détour de dialogues quelconques. Cette intrigue, c’est celle qui tourne autour des pierres d’infinité, l’intrigue centrale de ce Avengers : Infinity War. Pour les dix ans de l’univers cinématographique Marvel, les frères Russo ont eu la tâche de réaliser un film unique qui reprendrait la grande majorité des personnages, leurs problématiques, pour les confronter à une menace commune, celle de Thanos. Mais plus qu’une histoire épique de super-héros, ce nouveau volet d’Avengers devait impérativement marquer les esprits alors qu’il amorce la conclusion de dix années de production cinématographique (la véritable conclusion elle, ce sera pour l’année prochaine dans Avengers 4).

Le film débute là où Thor : Ragnarok se terminait, et immédiatement on comprend que le film aura une saveur très particulière. S’il n’échappe évidemment pas à l’humour caractéristique des productions Marvel, Avengers : Infinity War pose rapidement les bases d’un film extrêmement dramatique, avec une tension omniprésente. Thanos est un véritable antagoniste, un personnage hautement détestable mais surtout un individu qui inspire la crainte. Raconté avec brio par le film, Thanos est le personnage principal et bénéficie de toute l’attention des réalisateurs : tant dans la mise en scène de ses apparitions que les quelques moments où l’intrigue se pose pour nous raconter qui il est, il apparaît comme une sorte de divinité, une entité unique contre qui tous les clivages doivent disparaître. Plus que la simili-guerre civile que nous racontait Captain America : Civil War, on a affaire ici à un point de non-retour et des batailles qui ont lieu aux quatre coins de la galaxie. Le film voit les choses en grand, et cherche constamment à impressionner le spectateur. On retrouve avec plaisir la mise en scène des combats des frères Russo qui prouvent une fois encore qu’ils savent capter les plans les plus intéressants dans l’iconographie super-héroïque, tandis que le film s’appuie sur un rythme cadencé à la perfection pour ne jamais perdre le spectateur en route. Très long (plus de deux heures et demi), Avengers : Infinity War ne donne pourtant jamais le sentiment d’avoir gagné du temps avec des futilités. Les scènes s’enchaînent avec beaucoup de souplesse et le film apparaît comme une inexorable chute vers l’enfer.

Le retour du despote

Je suis enthousiaste évidemment, car cet épisode tant attendu vient dissiper les craintes et s’affirme comme le film Marvel le plus dense et le plus généreux. La formule n’est pas réinventée, au contraire elle est plutôt enrichie, ainsi ceux qui n’y étaient pas sensibles ne seront là pas plus convaincus. Mais pour ceux qui ont suivi avec attention cet univers pendant dix ans, Avengers : Infinity War apparaît véritablement comme une consécration. Osé dans sa manière d’aborder l’antagoniste, mais aussi dans sa manière de traiter des héros qui n’ont plus grand chose de « super » face à un ennemi à la puissance hors norme, c’est aussi un film qui parvient à réunir un nombre impressionnants de personnages pour un résultat assez unique. Les situations sont véritablement épiques et offrent un nouveau souffle à une licence qui ne nous étonnait plus vraiment. Le film est probablement le plus sombre de l’univers Marvel, ou au moins le plus dramatique, et reste maîtrisé d’un bout à l’autre. La distribution est évidemment géniale, les actrices et acteurs ayant déjà fait leurs preuves dans les précédents films, et les réalisateurs les subliment pour offrir un film qui a été capable de dépasser des situations habituellement convenues et en tirer une conclusion à la hauteur de l’univers développé. S’il faut parler plus précisément de la distribution, j’ai trouvé Elizabeth Olsen très touchante en Wanda, ainsi que Benedict Cumberbatch et Robert Downey Jr. qui portent à bout de bras une partie très intéressante de l’intrigue. Sans oublier que tous les Gardiens de la Galaxie qui sont fidèles à leur réputation, tandis que j’ai pris plaisir à revoir aussi vite les actrices et acteurs de Black Panther. Un mot enfin sur la musique de Alan Silvestri, si les films Marvel ne m’ont jamais vraiment séduit sur ce point-là, le travail du compositeur américain est à noter tant la musique joue un rôle prépondérant dans l’exposition des scènes imaginées par les frères Russo. Main dans la main ils ont su développer un univers musical intéressant, souvent orchestral, qui fait la part belle à l’épique et à la dévotion des personnages.

 

Tant pour son budget démesuré, sa mise en scène qui rappelle très souvent des planches de comics, son histoire qui met une énorme dose d’épique dans un drame surprenant, sa distribution unique ou encore pour le projet fou que représentait l’univers cinématographique Marvel il y a dix ans, Avengers : Infinity War est un tournant pour les « blockbusters » américains. Alors qu’il ne connaîtra sa conclusion que l’année prochaine dans le prochain Avengers, le récit n’est pourtant pas avare en situations dantesques tandis que les réalisateurs eux s’écharpent à proposer ce qui se fait de mieux dans le cinéma d’action et de science-fiction. Une mise en scène qui régale, une photographie qui s’inspire largement des comics et des personnages campés par des actrices et acteurs investis, si ce Infinity War n’a pas beaucoup de liens avec l’œuvre qu’il adapte, c’est pourtant le film que les fans de l’univers cinématographique Marvel attendaient probablement. Un film qui ne laisse que peu de temps pour reprendre son souffle, mais qui pourtant se révèle être d’une cohérence et d’une justesse à toute épreuve. Plus qu’un énième blockbuster, Infinity War est la base qui devra servir de modèle à ses successeurs.

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