Something in the Rain, l’amour pour ceux qui ne rêvent plus

Réalisé par An Pan Seok la série coréenne Something in the Rain est disponible sur Netflix depuis le début du mois. Elle met en scène Son Ye Jin et Jung Hae In, incarnant un couple presque interdit en raison de leur différence d’âge. Un thème cher au réalisateur qui a déjà produit dans une idée similaire Secret Affair, une autre série disponible sur Netflix. La force de Something in the Rain réside néanmoins dans sa manière d’aborder également d’autres sujets, toujours sur le thème de la femme.

Yoon Jin A (Son Ye Jin) est une femme célibataire, carriériste, sur la fin de la trentaine. Reconnue pour ses compétences, elle se confronte néanmoins à un plafond de verre qui l’empêche de gravir les échelons de son entreprise. Un jour, elle tombe sur Seo Joon Hee (Jung Hae In), le frère de sa meilleure amie qu’elle a toujours vue comme un petit frère, pourtant, leur relation va prendre un nouveau tournant.

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L’envie d’aimer

Romance surprenante, Something in the Rain est la belle pépite qui pointe le bout de son nez sur la plateforme Netflix. Le géant américain, qui en a acquis les droits de distribution à l’internationale, nous propose une série coréenne hors norme tant pour son approche de l’idée même d’amour que pour sa manière d’aborder des faits de société. L’amour entre une femme plus âgée et un homme plus jeune semble être extrêmement tabou en Corée, encore plus que chez nous, et ce même s’il ne s’agit que d’une poignée d’années d’écart. Pourtant la série va nous raconter cet amour quasi-interdit, ou au moins mal vu, entre deux personnes qui se connaissent depuis toujours et qui se sont longtemps considérées comme frère et sœur. Mais au-delà de ça, Something in the Rain nous raconte aussi et surtout l’ascension de cette femme dans son entreprise, le plafond de verre qui se pose à elle à cause de son genre, et de son traitement par des collègues masculins misogynes. Le harcèlement sexuel est légion dans cette entreprise, que le réalisateur An Pan Seok prend en exemple de la société coréenne elle-même, pourtant on nous montre dans cette série à quel point il est difficile pour les employées de mettre des mots sur ce qu’elles subissent. La société est formée d’une telle manière qu’elles ont intégré l’idée que « cela fait partie du job », quand bien même elles sont à chaque fois extrêmement mal à l’aise. La série tente donc de concilier ces deux problèmes qui se posent à l’héroïne, d’un côté son amour que le monde lui refuse, de l’autre sa situation professionnelle symbole d’un passé qui, aujourd’hui, est remise en cause. C’est deux modèles de société qui sont traités là au travers de l’héroïne, deux vestiges du passé dont elle souhaite s’affranchir. Si le personnage est très classique et a toujours été à la hauteur de ce qu’on attendait d’elle, on assiste à une quasi-rébellion, une volonté de prendre de la hauteur et s’émanciper de tous ceux qui la maintenaient au stade de « femme bonne à marier » (il suffit de voir les réactions de sa mère, au fil des épisodes, incroyablement insupportable).

Dans Something in the Rain tout est affaire de dynamique. La mise en scène du réalisateur offre énormément de libertés à ses acteurs et actrices, une liberté de ton qui se révèle étonnante pour le genre. Mais c’est un choix qui amplifie un peu plus son propos, son idée selon laquelle ces personnages décident de surmonter les interdits et se libérer malgré les attentes improbables placées en eux. Something in the Rain est une tranche de vie savoureuse dans ses intentions, touchante dans son exécution, et séduisante par ses mots. La dynamique se retrouve également du côté des interprètes de ces personnages, d’abord Son Ye Jin, pour qui mon amour n’a aucune surprise pour ceux qui me suivent sur Twitter, une actrice formidable qui livre là une interprétation non moins géniale de cette héroïne extrêmement attachante. Femme pleine d’audace et déterminée comme personne, elle s’éloigne très largement des personnages féminins que l’on a souvent tendance à croiser dans les séries coréennes, elle se révèle beaucoup plus libre et directe, comme si elle incarnait une sorte de renouveau. A ses côtés les autres acteurs et actrices font également un excellent travail, tant Jung Hae In qui incarne l’homme dont elle tombe amoureuse, que ses collègues de travail. Ces dernier(e)s jouent un rôle central dans la construction du personnage. Allié(e)s, harceleurs ou victimes, la mise en place de la situation si détestable au sein de entreprise est une réussite grâce à cette galerie de personnages très humain(e)s.
Néanmoins, le fond de l’histoire reste l’amour, et quelle histoire d’amour ! Entre innocence et interdits, c’est une histoire qui ouvre la voie à de nombreuses scènes d’une tendresse infinie et d’une sincérité fabuleuse. La maturité qui entoure cette histoire, teintée d’une mélancolie surprenante, permet aux deux protagonistes de s’épanouir dans un contexte intéressant et très moderne. C’est tout un monde qui se retrouve sans mal en eux, peu importe d’où que l’on soit et notre âge, Something in the Rain est une réussite car cet amour est capable de toucher tout le monde.

Lâcher prise

Something in the Rain est une formidable surprise de cette première moitié d’année. La sensibilité de la mise en scène et des protagonistes lui confère une saveur toute particulière. Evidemment, l’histoire est passionnante à suivre jusqu’au bout des seize épisodes, mais ce qui frappe c’est la justesse avec laquelle les différentes situations sont racontées. Qu’il s’agisse de sous-entendus, de dialogues forts et subtils ou de simples séquences qui défilent sur un fond musical toujours savamment choisi (et vous découvrirez à l’occasion que Bruce Willis a chanté, dans une autre vie), le réalisateur An Pan Seok surprend par sa capacité à donner vie à ses personnages. Regarder Something in the Rain c’est s’émouvoir, rire et pleurer avec des personnes à qui l’on a aucun mal à s’identifier. Des jeunes, ou moins jeunes, qui se retrouvent confronté(e)s à des problématiques que l’on connaît tous. La série s’inscrit véritablement dans son époque mais ne la parodie pas pour autant, elle s’en sert au contraire comme décor, en y portant un regard teinté de joie et de tristesse. Mais s’il faut retenir quelque chose, c’est cet arrière-goût « feel good » que la série procure, tant par la liberté que les rêves qu’elle consacre, que cette manière d’apporter de la légèreté dans un quotidien morose, entre lassitude et colère face à ce que la société engendre depuis toujours.

Énorme coup de cœur, Something in the Rain est une oeuvre inattendue. Tant dans la forme que le fond, elle parvient à saisir son époque et la transcender pour en offrir une vision séduisante. Les problèmes que la série aborde apportent un vent de fraîcheur qui ne peut faire que du bien à la production télévisuelle sud-coréenne, qui trouve de nouveaux spectateurs grâce à la distribution assurée par Netflix. On retiendra évidemment Son Ye Jin pour qui le rôle semble avoir été écrit sur-mesure, mais également l’alchimie formidable qui s’est formée entre les acteurs et actrices, et un réalisateur qui a su exploiter son idée sans véritable fausse note. Finalement s’il fallait y trouver un défaut, c’est que le seizième et dernier épisode arrive si vite.

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