Captain Marvel, la flamme ravivée

Vingt-et-unième film de l’univers cinématographique Marvel, Captain Marvel apparaît comme une oeuvre à part : première fois qu’une héroïne féminine tient le haut de l’affiche, et que le film est co-réalisé et écrit par une femme, c’est une oeuvre engagée à l’image de son actrice Brie Larson.

Dans les années 1990 l’Empire Kree sur la planète Hala est en guerre avec les Skrulls, une espèce extraterrestre capable de se métamorphoser. Vers/Captain Marvel (Brie Larson) se retrouve sur Terre alors que des Skrulls s’y cachent. C’est là qu’elle fait la rencontre de Nick Fury (Samuel L. Jackson), un agent du SHIELD qui va l’aider à les trouver.

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Space Turbulence

Je dois le dire, Captain Marvel est un film que j’attendais beaucoup. Au-delà de mon affection pour l’univers cinématographique Marvel qui a donné vie sur grand écran aux héros de mon enfance dans des blockbusters souvent bien maîtrisés, c’est un personnage qui compte pour moi ces dernières années tant ses aventures, notamment celles racontées par Kelly Sue DeConnick, sont captivantes. Alors difficile de résister à l’envie d’aller voir ce film alors que depuis des mois, Brie Larson vante le travail de Kelly Sue DeConnick sur le film, comme consultante, et que le producteur Kevin Feige ne cache pas que son duo de réalisateur(rice)s Anna Boden et Ryan Fleck se sont basés sur les écrits de la scénariste américaine. Et cela se vérifie assez rapidement : tant dans le caractère de la Captain Marvel interprétée par Brie Larson que dans ses aventures, ou la présence de son formidable chat. Sans blague, Goose (ou Chewie dans les comics) mérite son propre film. A tout cela s’ajoute un esprit finalement très proche des Gardiens de la Galaxie, avec ses nombreuses références aux années 1990 -avec une action qui se déroule en 1995- et ses blagues à foison. Le comique de situation est de mise alors que la dynamique entre l’héroïne et Nick Fury, incarné par un Samuel L. Jackson rajeuni numériquement, fonctionne plutôt bien. Tous ces ingrédients donnent un film fidèle à l’esprit de l’oeuvre de Kelly Sue DeConnick, mais surtout un film qui a comblé la plupart de mes attentes. Captain Marvel est une véritable aventure spatiale : c’est une extraterrestre qui va de planète en planète avant de découvrir la Terre. Son décalage avec les Etats-Unis des années 1990 tend à faire sourire et c’est sa personnalité qui intrigue. On y retrouve un personnage à la répartie féroce, en complète opposition avec les habituelles « origin story » de super-héros où ils semblent incertains et plein de doutes. Captain Marvel, dans une quête d’identité assez classique, s’appuie sur ses forces et ne doute jamais vraiment sur ses capacités.

Et Brie Larson semble avoir saisi la force principale de son personnage : sa confiance en elle. Le nom de Captain Marvel a été porté par plusieurs personnages dans l’univers de Marvel, mais celle d’aujourd’hui, Carol Danvers, frappe par son assurance et sa capacité à relativiser des situations compliquées. Apparue comme une leader depuis des années, notamment avec Civil War 2, l’héroïne à l’étoile tranche radicalement avec les autres super-héroïnes que Marvel avait adapté jusque là au cinéma. Et le duo composé de Anna Boden et Ryan Fleck à la réalisation appuie largement sur cette sortie d’antithèse de l’univers cinématographique Marvel en tournant rapidement au ridicule la relation de mentor à élève, entre Jude Law et Brie Larson, pour envoyer cette dernière sur les pas de Annette Bening, interprète d’une scientifique dont le rôle va s’avérer décisive. Il y a évidemment un côté très « girl power » qui sied si bien au personnage et à son interprète. Brie Larson fait l’objet d’une campagne de dénigrement de la part d’amateurs de comics qui semblent se sentir menacés par l’existence d’une femme, et on est bien content de voir ce film tourner leurs arguments en ridicule -comme celui du « Brie Larson ne sourit pas assez » qui fait l’objet d’une scène savoureuse-  malgré le fait qu’il soit loin d’être parfait (et j’y reviendrai plus bas). Le miroir entre Brie Larson et Annette Bening fonctionne vraiment très bien, tant pour une jeune actrice qui voit là avec respect une de ses aînées à la carrière formidable, que dans la relation qui unit les personnages de Carol Danvers et cette scientifique.
Mais Captain Marvel c’est aussi un personnage surpuissant, même dans un univers de super-héros qui déplacent des montagnes. Comme un symbole, c’est le personnage dont la puissance sera certainement au centre du prochain Avengers alors qu’elle révèle tout son potentiel dans les derniers instants du film. Le féminisme inhérent au personnage se traduit dans une entrée en matière intéressante, où l’on renverse les codes du genre (comme dans sa relation à son mentor) et où une héroïne qui a grandi moquée pour sa faiblesse devient un des personnages les plus puissants de l’univers.

Breaking Free

C’est une œuvre émancipatrice, une aventure où l’héroïne s’émancipe du contrôle de son mentor et de son escouade, où elle devient soudainement celle qui va sauver le monde. Pour autant le film n’est pas exempt de tous reproches, bien au contraire. Si son ambiance, son héroïne et son rythme m’ont transporté et fait passer un excellent moment, à tel point que je compte bien le revoir une deuxième fois au cinéma, on aurait aimé un film plus maîtrisé. Anna Boden et Ryan Fleck font preuve d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de mettre en scène leur héroïne à la vie civile, avec des scènes bien senties et surtout quelques passages symboliques et inspirants. On pense à la relation entre Carol Danvers et son amie d’enfance, ou la fille de celle-ci qui regarde l’héroïne avec des yeux fascinés. Mais le montage se perd en route lorsqu’il s’agit de raconter des combats, comme un combat spatial pas très inspiré alors que l’héroïne déchaîne ses pouvoirs. On pense aussi au rajeunissement numérique de Samuel L. Jackson qui fonctionne parfois très bien, mais qui tombe à plat lorsque l’acteur doit se bouger un peu plus et qu’on sent bien que l’acteur n’a plus trente ans. Enfin, la bande-son composée par Pinar Toprak, première femme compositrice de l’univers cinématographique Marvel, est trop peu mise en avant alors qu’elle présente un potentiel certain.

Dans l’ensemble Captain Marvel séduit autant u’il se montre inconstant sur certains points. Le film marque une entrée intéressante pour le personnage dans l’univers Marvel et rend très bien compte de sa personnalité pleine de répartie. Brie Larson est une excellente actrice et le montre une fois de plus, et maintenant j’ai très hâte de découvrir Avengers Endgame en espérant qu’elle y joue un rôle prépondérant.

2 réflexions sur “Captain Marvel, la flamme ravivée

  1. Je ne suis pas assez fan de Marvel pour tous aller les voir au cinéma, mais évidemment, j’entends beaucoup de bien au sujet de Captain Marvel, et ta critique finit de m’intriguer à son sujet.

    Aimé par 1 personne

    1. Difficile de dire si Captain Marvel mérite d’être vu plutôt qu’un autre Marvel, mais assurément son statut de première femme en première rôle d’un film du MCU lui confère un certain prestige !

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