Rick & Morty – Tome 4, un Morty en vaut mille

Voilà déjà un peu plus d’un an que la série de comics Rick & Morty a débarqué en France. Au fil des sorties, elle a su confirmer les espoirs que je plaçais avec son premier tome, et on a pu apprécier des aventures très différentes. Ce quatrième tome est marqué de l’empreinte de Kyle Starks, qui succède à Tom Fowler à l’écriture.

Fatigué par des aventures sans but, Morty parvient à convaincre Rick de faire quelque chose d’utile : trouver dans l’univers un remède capable de soigner tout le monde. Mais c’est finalement un cartel de drogue interplanétaire qui va se retrouver au centre de leur aventure.

Space, Sex and Drugs

Pour son quatrième tome, le comics adapté de la désormais célèbre série animée nous emmène dans un genre tout à fait différent : le genre des gangsters, des guerres de gangs et de la drogue. C’est d’ailleurs la force de l’univers de Rick & Morty et une des raisons de son succès, cette capacité à exploiter des genres et des thèmes très différents sous l’angle interplanétaire. Parce qu’il s’agit évidemment toujours d’aller explorer des univers alternatifs, des planètes improbables et de nouvelles races extraterrestres. La créativité de Kyle Starks qui débarque en tant qu’auteur sur le comics, allié aux dessins de l’inévitable CJ Cannon qui mène avec brio les comics depuis le début, donne à ce quatrième tome un goût très particulier. Cette ambiance quasi-policière du trafic de drogue et de gangs interplanétaires, où le déjanté Rick devient un baron de la drogue, est une vraie bonne surprise. L’idée est exploitée avec finesse, et surtout plus de violence pour moins d’humour, même si on aurait aimé que cela dure un peu plus longtemps : en restant dans le format de l’histoire en trois ou quatre chapitres, les comics ont tendance à vite expédier quelques bonnes idées. Même si ça se comprend assez aisément compte tenu du type de narration choisi qui s’approche assez largement du format court et épisodique de la série animée.

Toutefois cette première partie du quatrième tome aborde un autre sujet qui lui, apparaît en filigrane depuis quelques temps dans les comics : la personnalité de Rick. De plus en plus détestable dans ses relations avec sa famille et son petit fils Morty, sa personnalité semble devenir le fil rouge des comics : sombrant peu à peu, isolé et voyant son petit fils s’éloigner au fil du temps, c’est son état d’esprit et ce qu’il représente pour Morty qui est en question. D’abord avec cette histoire de cartel de drogue, puis avec une série de petites histoires où Rick va se rapprocher -à sa manière- de chacun des membres de sa famille. C’est d’ailleurs plutôt drôle, souvent référencé et cela donne encore une fois l’opportunité de voir intervenir les autres personnages. Presque mélancolique, la deuxième partie est assez touchante en nous emmenant dans l’esprit torturé et fou de ce vieux Rick et sa manière d’aborder une famille qu’il aime un peu malgré lui.

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© Kyle Starks, CJ Cannon et Marc Ellerby, Rick & Morty, T.4, éditions Bragelonne – Hi Comics

SOS Famille en péril

Il y a toutefois un autre pendant, c’est l’histoire de Summer : la soeur de Morty, de plus en plus présente dans les comics, qui se retrouve dans les griffes d’un « pick up artist » alien (ou prétendu spécialiste de la drague). Affaiblie par un déception amoureuse, c’est la manière choisie par Kyle Starks pour aborder quelque chose de très actuel avec la masculinité toxique. Cet alien va dire oui à tout ce dont elle rêve dans un seul et unique but : coucher avec elle. Une manière pour Kyle Starks et CJ Cannon d’aborder sexisme et misogynie, et un homme, au travers de cet alien, qui pense que Summer lui « doit » quelque chose. Un choix pas très subtil mais bienvenue dans l’univers de Rick & Morty qui peinait à sortir de son modèle toujours très vindicatif de Rick, qui en veut à tout le monde et qui peine à faire preuve d’empathie. On reste toutefois toujours à la limite : si ce quatrième tome possède de bonnes idées en matière de narration, de dessin avec une belle diversité sur les derniers épisodes, et fait preuve d’intelligence dans l’utilisation de son univers, on n’est jamais très loin du moment où la série Rick & Morty risque de devenir une caricature d’elle-même où la haine caractéristique de son héros devient une facilité. Certaines vannes ont tendance à tomber à plat, malgré l’excellent travail de traduction de cette édition.

Toujours charmeur, les comics Rick & Morty ne lassent pas grâce à un quatrième tome qui fait le boulot et même un peu plus. En abordant des sujets de société sans perdre de vue le second degré et la violence de son univers, Kyle Starks fait une entrée intéressante en tant qu’auteur sur la série de comics. Je reste toutefois assez dubitatif sur la capacité de Rick & Morty à tenir sur la longueur : son héros tourne un peu en rond et la dynamique avec Morty évolue très lentement, tandis qu’on nous ressort encore et toujours les mêmes blagues sur la famille, à commencer par Jerry et son incapacité à trouver un travail. Si les comics sont fidèles à la série animée et offrent d’excellents moments, je crains qu’on tombe vite dans une caricature dans un esprit presque caricatural de l’œuvre qui ne lui ferait pas beaucoup de bien.

Critique réalisée à partir d’un exemplaire envoyé par les éditions Bragelonne – Hi Comics.

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