Boy Erased, dans l’horreur des thérapies de conversion

Les thérapies de conversion, une vaste fumisterie qui se repose sur des principes pseudo-scientifiques pour pousser des personnes à changer d’orientation sexuelle, sont au centre du film Boy Erased de Joel Edgerton. Adapté de l’autobiographie de Garrard Conley, victime de l’une de ces thérapies, le film nous emmène dans la folie d’une thérapie qui méconnaît toute forme d’humanité.

Le jeune Jared Eamons (Lucas Hedges), dix-neuf ans, vit dans une petite ville en compagnie de sa mère Nancy (Nicole Kidman) et de son père Marshall (Russell Crowe), un pasteur baptiste respecté par la communauté. Lorsque ces derniers découvrent son homosexualité, ils le forcent à suivre une thérapie de conversion censée l’amener vers l’hétérosexualité.

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See Me Fly

Les thérapies de conversion sont bien connues outre-Atlantique. Si leur existence en France est incertaine, elles ont proliféré aux Etats-Unis pendant des décennies. Sous l’égide d’un thérapeute-gourou comme celui qu’incarne Joel Edgerton ici, à la fois réalisateur et acteur, des centres se reposant sur des théories pseudo-scientifiques « traitaient » des personnes soupçonnées d’homosexualité par leur famille. L’horreur de ces thérapies a traumatisé bon nombre de personnes, soumises à des humiliations et plus généralement à des atteintes à leur dignité. On découvre dans ce film l’histoire des Eamons, une famille qui sous couvert de croyances religieuses, décident d’envoyer dans l’une de ces thérapies leur enfant Jared. Une décision terrible qui leur semble évidente, poussés par une communauté religieuse qui considère qu’il faut aider leur enfant à « guérir » et à retourner sur « le droit chemin ». Boy Erased est adapté de l’autobiographie de Garrard Conley, qui a subi cette thérapie, et si le film adapte l’histoire en changeant quelques noms, il s’avère que pour l’essentiel il traite de personnages qui ont bien existé. Parmi eux John Smid, le prétendu thérapeute, que Joel Edgerton renomme dans son film Victor Sykes tout en l’incarnant. Un personnage fascinant tant il est détestable, qui déroule seul une théorie de son propre esprit selon laquelle l’homosexualité pourrait être balayée au moyen d’une thérapie qui repose sur le virilisme. Une théorie qui rappelle d’ailleurs les fameux « stage de virilité » qui sont apparus il n’y a pas si longtemps dans nos contrées.

Ce thérapeute-gourou nous emmène dans une ambiance sectaire, où les jeunes hommes -et une femme- sont habillé(e)s de la même manière, avec un polo ou une chemise blanche, et répondent à des exercices censés affirmer leur part de virilité, tout en pensant à bannir tout contact physique entre eux (à l’exception de poignées de main bien affirmées). Parmi ces « patients », on retrouve donc ce fameux Jared, en proie au doute et à la peur de décevoir ses parents qu’il admire tant. Des parents incarnés par Nicole Kidman et Russell Crowe, horrifiés par le fait que leur fils soit homosexuel. On retrouvera dans cette quasi-secte d’autres jeunes hommes qui se sont retrouvés là dans les mêmes conditions, et on notera parmi eux Xavier Dolan, l’acteur-réalisateur qui joue un personnage désabusé, souvent terrifié, et décidé à faire bonne figure pour éviter les punitions à tout prix. Car ces punitions sont terribles, entre humiliation et torture à laquelle tout le monde s’adonne avec joie, des moments traités avec beaucoup de froideur et distance par le réalisateur qui parvient à rendre compte de leur violence sans pour autant verser dans un voyeurisme morbide. Et c’est probablement sa plus belle réussite sur le film : au-delà de la manière dont il incarne le gourou, Joel Edgerton prouve ses qualités de réalisateur en traitant des thérapies de conversion avec un recul intéressant. L’apparente froideur du film sert l’horreur qu’il raconte.

Fake It ‘Til You Make It

Mais le film ne serait rien sans les formidables performances de ses acteurs. Si Joel Edgerton étonne en gourou, on reste subjugué par les moments de complicité entre Lucas Hedges et Nicole Kidman. Jouant le fils et la mère, les deux sont au centre de nombreuses scènes où on va voir la mère peu à peu comprendre son fils, qui il est, et réaliser l’horreur de ce qu’elle lui fait traverser. Au départ plutôt discrète, l’actrice se révèle tout au long du film jusqu’à une scène décisive où l’escroquerie de ces thérapies de conversion est révélée. Une scène très dure, teintée d’humiliation, où le calme terrifiant du gourou se confronte au désespoir d’une famille. Accompagnée par une bande originale intéressante, comme dans le reste du film, c’est une scène fondamentale qui apporte au film toute sa force.

A la fois gourou et réalisateur, Joel Edgerton nous emmène dans l’envers du décor terrible des thérapies de conversion. Porté par Lucas Hedges et Nicole Kidman, Boy Erased est un film nécessaire et bouleversant. Bien mené, le film garde une distance intéressante avec le sujet pour en tirer toute la violence subie par des personnes qui n’avaient rien fait de mal.

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4 réflexions sur “Boy Erased, dans l’horreur des thérapies de conversion

  1. La froideur que je trouvais handicapante dans le livre, pour traiter du sujet, me semble ici exploitée de meilleure façon dans le film ! La distance sert en effet à la prise de recul et l’absence de voyeurisme. Dommage qu’il ne passe pas par chez moi, mais pour une fois, le film semble surpasser l’oeuvre d’origine ! Et il reste tout autant engagé à montrer l’horreur et l’absurdité de ces centres de conversion abjects.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui la distribution est vraiment pas terrible encore une fois, pourtant le sujet est intéressant, et le casting excellent.
      Tu me donne vraiment envie de lire le livre pour comparer, mais je suis pas vraiment fan des autobiographies tant on perd la distance qu’offre une adaptation par un réalisateur qui n’a pas grand chose à voir avec l’histoire de base.

      Aimé par 1 personne

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