Unicorn Store, la licorne du bonheur

Diffusé il y a bien longtemps au festival du film de Toronto (en 2017), Unicorn Store est un film produit et réalisé par Brie Larson. Forte de son succès ces dernières semaines avec Captain Marvel, elle trouve enfin un diffuseur du côté de Netflix, qui profite de l’ambiance actuelle pour sortir un film qu’on ne croyait plus voir arriver un jour.

Kit (Brie Larson) est une artiste à qui l’on promet un avenir lamentable : rejetée par des artistes qui ne voient rien d’intéressant dans ses peintures, presque moquée par une famille qui désespère de la voir s’accrocher à ses rêves d’enfants, elle décide de se conformer à leurs attentes en acceptant le premier job de bureau qui passe. Mais cette « nouvelle vie » va surtout la conforter dans son besoin de rêver, des rêves appuyés par un étranger « vendeur » (Samuel L. Jackson) qui lui promet une licorne si elle parvient à remplir quelques conditions.

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Positive Momentum

Le passage à l’âge adulte, les rêves et les déceptions font partie du fabuleux lot qui s’offre à bon nombre de jeunes lorsqu’on leur dit qu’ils doivent « entrer dans la vie active ». Un moment qui se passe sans encombre pour certain(e)s, mais qui pour d’autres s’avère être un moment plein de désillusions. S’accrocher à ses rêves d’enfant, aussi fous soient-ils, relève parfois du parcours du combattant à l’heure où on invite chacun à être pragmatique, à se conformer à la société et à se lancer dans un boulot tertiaire rarement captivant. Les vocations se perdent et s’échouent face à la dure réalité d’un monde du travail fait de collègues ambitieux, de boss harceleur et d’une famille qui en attend trop. C’est à cette étape de la vie que Brie Larson s’intéresse, qui réalise là son premier long-métrage -après avoir été rejetée à l’audition pour le même film-. Des débuts osés avec un film qui garde cet esprit indépendant, libre de tout, caractéristique de l’héroïne qu’elle met en scène. Une héroïne dont le rêve improbable, posséder une licorne, traduit ce mal être d’une jeunesse à qui on a refusé ses rêves. Sa famille ne la comprend pas et a même plutôt tendance à l’infantiliser, alors lorsqu’elle prend la grande décision de s’inscrire à une agence d’intérim pour accéder à un job de bureau tout ce qu’il y a de plus bateau, c’est un bouleversement qui -paradoxalement- va lui permettre de s’émanciper. Car elle va faire la rencontre d’un vendeur un peu spécial, une sorte de Willy Wonka dealer de licornes incarné par Samuel L. Jackson qui livre la même prestation depuis vingt ans, et qui profite de ce renouveau dans la vie de la jeune femme pour lui proposer un deal : remplir quelques conditions pour prouver sa détermination, et elle pourra obtenir cette fameuse licorne. Des épreuves qui vont la mettre sur la route du bonheur, lui faisait comprendre peu à peu qu’il n’y a rien de mal à rêver et à faire tout son possible pour donner vie à ses rêves, aussi fous soient-ils.

C’est un propos particulièrement touchant, dans un monde où les rêves sont balayés sur l’autel du pragmatisme et du résultat, où la « start-up nation » remplace celle de la créativité. Mais au-delà de ça, Unicorn Store s’attaque également à une forme d’art terriblement conformiste, où la jeune artiste voit ses œuvres refoulées par un mentor obnubilé par sa propre création. Le film manque certainement de subtilité à bien des égards, mais difficile de ne pas se laisser submerger par l’émotion d’une histoire aussi touchante qu’adorable. On le doit évidemment à Brie Larson, actrice géniale qui se plonge une nouvelle fois dans un personnage bien différent de ses précédents rôles, dont la naïveté innocente donne envie de lui pardonner toutes ses limites à la réalisation. On retrouve cette forme de naïveté chez Mamoudou Athie, jeune acteur dont l’alchimie avec Brie Larson fascine. Les deux offrent de vrais moments de tendresse, de compréhension et de partage qui s’opposent à la dure réalité du travail de l’héroïne : paumée dans un open-space austère, avec un boss qui l’harcèle et des collègues qui l’ignorent. Une société où on félicite un marketeux quelconque qui tente de vendre des aspirateurs avec une publicité mettant en scène une femme en sous-vêtements, tandis qu’on bride la créativité des autres. Le film brise les clichés et permet à son héroïne de prendre son envol après s’être libérée de toutes les contraintes qui l’empêchaient d’être heureuse : c’est probablement le sens premier de la série d’épreuves à laquelle elle est soumise par le vendeur de licornes, utilisant le fantastique d’une créature imaginaire pour mettre le personnage sur la route de son propre bonheur.

The Fools who Dream

La licorne devient une excuse à une quête de soi, d’acceptation, de l’importance des rêves aussi fous soient-ils. Pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Brie Larson ne prend pas énormément de risques avec un film finalement très classique dans sa forme et qui n’est pas toujours irréprochable dans sa manière de mettre en scène cette liberté qu’elle cherche à mettre en avant. Pourtant il est difficile de lui en tenir rigueur : Unicorn Store déborde de sincérité et de bienveillance, sa naïveté et sa simplicité nous offrent un sentiment de légèreté, et nous donne le sourire sans trop de mal. C’est évidemment un plaisir de retrouver son duo avec Samuel L. Jackson, mais elle a plus généralement su s’entourer d’actrices et d’acteur de qualité, à commencer par Mamoudou Athie que j’espère vite revoir dans un autre film. Sans grandes prétentions, le film s’installe tranquillement et nous fait passer un agréable moment, une sorte de voyage dans le petit monde d’une femme qui rêve d’avoir une licorne.

Imparfait mais sincère, Brie Larson réalise et incarne une jeunesse qui aspire à la liberté, au bonheur et à la simplicité. Sa tendresse nous envoûte et nous emmène dans une aventure aussi improbable que fantastique. Parfois facile ou caricatural, Unicorn Store n’en reste pas moins un film empreint d’une telle bienveillance qu’on ne voit pas passer le temps dans un univers fantastique où les rêves retrouvent une place de choix.

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