#Jesuislà, l’amour aux yeux des autres

#Jesuislà est le nouveau film d’Eric Lartigau, une comédie romantique pour le réalisateur qui a notamment trouvé le succès il y a quelques années avec La Famille Bélier. Récit d’un homme du Pays basque épris d’une femme vivant en Corée du Sud, le film porte un regard intéressant sur les réseaux sociaux et la question des hommes occidentaux qui imaginent trouver l’amour de l’autre côté de la planète.

Stéphane (incarné par Alain Chabat) est un restaurateur du Pays basque, tourmenté par la routine quotidienne il tente de trouver une forme d’échappatoire grâce aux réseaux sociaux, où il découvre des choses qui n’ont rien à voir avec sa vie dans son village. C’est par ce biais qu’il rencontre Soo (jouée par Bae Doona), une sud-coréenne avec qui il échange sur la nature et la peinture. Un jour, il décide sur un coup de tête de partir à Séoul…

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© #Jesuislà, 2020, Gaumont

En quête du nouveau monde

Internet, y rencontrer « l’âme sœur » et partir à l’autre bout du monde pour la rencontrer, un phénomène aussi vieux que la démocratisation des ordinateurs personnels au début des années 2000. Un phénomène accentué par l’omniprésence, désormais, des réseaux sociaux qui ouvrent notre regard vers des contrées lointaines, et c’est ce qui arrive à cet homme du pays Basque qui se retrouve un jour à échanger des messages avec une sud-coréenne bien trop jeune pour lui. Evidemment, il s’éprend d’amour et s’imagine déjà la rencontrer, sans réaliser qu’elle a sa propre vie. Le film utilise astucieusement les réseaux sociaux, notamment dans la mise en scène très réussie des messages et postes sur Instagram. D’abord lors de ses échanges avec Soo, puis plus tard quand sa quête d’amour en Corée prend un tournant improbable sur ces réseaux, où chacun y va de son petit commentaire plus ou moins encourageant. L’arrivée de notre héros en Corée est d’ailleurs un vrai bon moment de mise en scène, à la fois un moment où il découvre un autre monde sous ses désirs d’aventure et d’une autre vie, mais également un moment où ses rêves sont tranchés dans le vif alors qu’il passe des jours dans un aéroport où il voit, silencieusement, le monde avancer plus vite que lui. Cette opposition entre rêve et réalité prend un tournant surprenant alors que, venu chercher l’amour, cet homme trouve peu à peu un recul et une certaine paix avec lui-même.

Et c’est en ce sens que #Jesuislà surprend, un peu plus qu’une comédie romantique classique. Il brille en racontant cette relation où les deux personnes avaient des attentes bien différentes, et impose un recul certain à cet homme qui pensait pouvoir obtenir tout ce qu’il veut. Le film aborde d’une manière surprenante ce phénomène des vieux occidentaux qui partent à l’autre bout du monde et pensent pouvoir s’arroger une forme d’amour. Mais alors que son plan semblait s’enclencher à la perfection, il se rend compte que la façade cache en réalité une femme qui ne souhaitait que s’évader en discutant sur les réseaux sociaux, et dont chaque message a été mal interprété par quelqu’un qui pensait avoir la mainmise sur la situation. Il suffit de se balader quelque part en Asie, plus souvent au sud-est qu’en Corée néanmoins, pour trouver une ribambelle de vieux hommes blancs à la recherche d’une jeune femme qu’ils pensent pouvoir séduire sans efforts, et c’est un élément que l’on n’imaginait pas trouver dans un tel film. Le réalisateur, par sa mise en scène qui isole son « héros » au milieu de la foule, n’est pas tendre avec lui ; sans pour autant le ridiculiser, il le remet à sa place quand la femme qu’il est venu rejoindre lui parle du nunchi, ce concept coréen qui consiste à observer et comprendre les émotions de nos interlocuteurs : un élément de personnalité qui manque cruellement à cet homme.

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© #Jesuislà, 2020, Gaumont

Une autre réalité

On ressent d’ailleurs très bien cette idée de décalage entre l’étranger et le monde qu’il découvre. Lorsqu’il sort enfin de l’aéroport Séoul est une ville vivante, gigantesque et qui bouge énormément, bien loin de lui qui est resté bloqué sur une idée sans jamais avancer. Mais ce décalage a une vertu thérapeutique, un moyen de se redécouvrir et se recentrer. C’est une vraie qualité pour la mise en scène qui regarde avec tendresse son personnage sans rien lui épargner. Alain Chabat est d’ailleurs émouvant dans ce rôle, tandis que Bae Doona est captivante. A titre personnel, j’ai évidemment pris du plaisir à redécouvrir Séoul par ce biais, en y retrouvant quelques détails qui font tout le charme de cette ville qui m’a séduit il y a de nombreuses années.

#Jesuislà est une formidable surprise. Touchant, parfois drôle sans être lourdingue, sensible face à une situation qui aurait pu laisser la place à un récit bien moins passionnant, le film met en scène Séoul de la plus belle des manières en racontant le retour à la réalité d’un homme qui ne comprenait pas grand chose. Son regard critique, inattendu, donne un élan intéressant à un film qui n’est pas « qu’une » comédie romantique.

Une réflexion sur “#Jesuislà, l’amour aux yeux des autres

  1. J’avais entendu Chabat parler de ce film dans le journal de TF1 et ça m’avait intrigué. Mais comme lui-même disait ne pas être sur les réseaux, j’avais peur d’une représentation clichée. Visiblement, on en est très loin et ça renforce vraiment mon intérêt ! Encore une fois une très belle critique qui me donne envie de foncer au cinéma 😁

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