Papicha, le prix de la liberté

Célébré aux César 2020 avec les prix du Meilleur premier film ainsi que le Meilleur espoir féminin pour Lyna Khoudri, Papicha de Mounia Meddour  a reçu une belle reconnaissance de ses pairs depuis sa diffusion dans la sélection Un certain regard à Cannes. Découvert sur le tard, je peux enfin poser quelques mots sur un film qui a tant de choses à offrir.

Nedjma (interprétée par Lyna Khoudri) est une étudiante à Alger pleine de vie et de rêves. Au contraire de bon nombre de jeunes, elle ne veut pas quitter son pays, elle veut y créer sa propre réussite. Rêvant de devenir styliste, elle se met en tête d’organiser un défilé de mode dans son université, avec ses propres créations. Mais l’Algérie entre dans ce qu’on appellera plus tard la « décennie noire », un moment où des groupes islamistes terrorisent la population.

Papicha_Critique_la tentation culturelle (2)
© Papicha, 2019, Jour2fête

L’indifférence comme résistance

Presque autobiographique, Papicha de Mounia Meddour (voir son interview pour le CNC) nous emmène dans les pas d’une jeunesse algérienne qui se prend à rêver, des jeunes femmes qui s’affirment alors que le pays est sur le point de plonger dans ce qu’on appellera plus tard la « décennie noire ». Une époque où l’Algérie est la cible de groupes terroristes qui veulent instituer une autre société. Un bouleversement pour des étudiantes qui ne demandent qu’à être libre, réunies derrière un symbole : Nedjma, celle qui rêve de stylisme et qui tente de mettre sur pieds un défilé de mode au sein de son école, de front avec ce qui est prohibé par ceux qui tentent d’accaparer le pouvoir. Le patriarcat et l’oppression est au sein même du récit, une histoire d’une douceur bouleversante où la réalisatrice raconte son histoire, une histoire commune à des milliers d’algériennes qui ont résisté en continuant à vivre comme si le danger n’existait pas. C’est véritablement ce qu’incarne Nedjma, c’est une forme de résistance qui passe par l’indifférence. Une indifférence aux autres, aux ordres, aux jugements d’une société peu à peu gangrenée par la violence, une résistance qui passe par une envie de vivre autrement. Le film touche d’autant plus qu’il déborde d’énergie, d’un bonheur communicatif qui tranche complètement avec la tragédie qui se met en marche sous les yeux des étudiantes.

Lyna Khoudri, dans la peau de Nedjma, est une vraie révélation. Césarisée très justement, elle est d’une justesse terrible dans ce rôle d’une étudiante défiant le patriarcat. Mais contrairement à beaucoup de jeunes algériens racontés par le film, Nedjma est atypique : elle ne veut pas quitter son pays, elle veut le changer. Elle est interprétée avec courage par cette jeune actrice que l’on imagine déjà avoir une très grande carrière, sans pour autant fermer les yeux sur celles qui l’accompagnent et qui forment une galerie de femmes formidables, des portraits touchants, insouciants, des femmes avec leurs défauts et leurs erreurs mais toutes déterminées à vivre autrement. Le film aborde des thèmes difficiles mais toujours avec une énergie qui laisse croire à des jours meilleurs.

Papicha_Critique_la tentation culturelle (3)
© Papicha, 2019, Jour2fête

La beauté de la jeunesse

C’est un choix bien malin de la part de Mounia Meddour, qui aborde la décennie noire algérienne avec une légèreté qui heurte la violence de son contexte. Oui, Papicha est autant le récit d’étudiantes pleines de rêves qu’une tragédie où le patriarcat fondamentalement encré dans la société et le terrorisme trouvent des points d’accord. Mais même lorsque ses héroïnes sont confrontées à ce qu’il y a de pire, la réalisatrice livre un sans faute avec une mise en scène toujours très sobre. L’ambiance parfois presque oppressante du film n’en est d’ailleurs que sublimée avec d’autres moments de légèreté où la bande-originale prend le pas sur les dialogues.

Oppressées ou libres, les Papicha sont celles qui rêvent et veulent changer les choses. La décennie noire se confronte au courage d’étudiantes pleines d’espoirs, à l’image de cette héroïne incarnée par Lyna Khoudri. La révélation des derniers César porte le film sur ses épaules et lui offre une énergie surprenante, grâce à la force et à la détermination qu’elle insuffle dans un personnage aussi libre que passionné.

Une réflexion sur “Papicha, le prix de la liberté

Donner votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.