Ip Man 4, le plus grand des combats

Point final à une saga qui a fait vivre la légende au-delà des terres de Chine, Ip Man 4 offre à Donnie Yen l’occasion de raconter l’ultime combat du maître de Wing Chun, cet art martial qui a élevé Ip Man au rang de légende.

Face à la terrible découverte du cancer qui le ronge, Ip Man (Donnie Yen) se rend à San Francisco, où il retrouve son disciple Bruce Lee (Danny Chan), dans l’espoir d’offrir un autre avenir pour son fils. Mais avec un racisme exacerbé et un fort sentiment anti-chinois au milieu des années 1960 aux Etats-Unis, le maître se retrouve vite pris dans d’autres problèmes.

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©️ 2019 MANDARIN MOTION PICTURES LIMITED – ALL RIGHT RESERVED

Au plus profond des sixties

Le voyage de Ip Man à San Francisco au milieu des années 60 a plusieurs sens : une quête d’avenir pour son fils, peu adapté au système éducatif chinois, la volonté de retrouver son apprenti Bruce Lee mais aussi une sorte de besoin de renouveau pour celui à qui l’on vient d’annoncer qu’il est non seulement victime d’un cancer, mais qu’il n’a aussi que peu de chance de s’en sortir. Comme un désir de voir si l’herbe est vraiment plus verte ailleurs, il prend le billet d’avion que lui a envoyé Bruce Lee pour partir au Etats-Unis. Il se retrouve au milieu de conflits internes à la communauté chinoise, entre les maîtres de kung-fu qui veulent protéger leur art martial et Bruce Lee qui estime qu’il est nécessaire de l’ouvrir aux étrangers, mais aussi face à un conflit plus large : celui d’un fort sentiment anti-chinois au sein de la population américaine. Incarné par des lycéens violents ou un sergent de l’armée, ce racisme s’apparente à un dernier combat pour Ip Man qui tente de donner un coup de mains à ses amis. Alors le réalisateur Wilson Yip n’est pas tendre avec l’Amérique, le terme hautement raciste de « yellow monkey » revient dans la bouche d’une lycéenne et souvent, les personnages américains sont tournés au ridicule. Il y a inévitablement une forme de satisfaction à voir Donnie Yen, incarnant Ip Man, distribuer les coups à ces personnages antipathiques, en tête desquels on trouve un savoureux Scott Adkins qui campe ce sergent complètement insupportable, mais aussi un plaisir à découvrir ces années 60 dans les yeux d’un réalisateur chinois qui aborde les Etats-Unis en racontant ses travers militaristes, teintées d’un patriotisme prétexte à toutes les horreurs.

Et c’est avec ce sens de la mise en scène que Wilson Yip tire le meilleur de ses personnages. Avec le soutien d’une photographie qui nous raconte un Chinatown coloré et lumineux, le réalisateur raconte les équilibres précaires de discussions souvent pas bien longues avant que les affrontements viennent régler les problèmes. Sa caméra apporte une vivacité formidable aux combats chorégraphiés par Yuen Woo-ping, où l’art du Wing chun est la réponse à tous les conflits. D’autant plus que Donnie Yen fascine toujours avec cette classe qu’il incarne, après tant d’années à incarner le personnage, traversant les époques et les âges avec la même soif de faire vivre son art. Difficile évidemment de dire ce qui est biographique ou ce qui ne l’est pas, le film étant fatalement élogieux sur son héros, mais il y a un plaisir constant à voir ce monde évoluer et Ip Man incarner des valeurs qu’il tente de transmettre à ses apprentis.

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©️ 2019 MANDARIN MOTION PICTURES LIMITED – ALL RIGHT RESERVED

La mise en scène au service du maître

Mais cette réalisation souvent grisante peine parfois avec des séquences hors de propos et faiblardes. Je pense évidemment à cette éprouvante scène du lycée qui  apporte certes un plus indéniable à l’histoire en montrant ce racisme parfaitement intégré par les plus jeunes générations et ces mécanismes qui leur permettent de s’en sortir en renversant la culpabilité sur la victime, mais où le réalisateur se prend les pieds dans le tapis en montrant une certaine difficulté à diriger des acteurs américains. Les plus jeunes notamment, ont bien du mal à convaincre alors que la réalisation abuse des effets de caméra pour tenter de dynamiser des séquences sans folie. On comprend évidemment l’intention caricaturale, mais cette séquence qui tire en longueur a vraiment du mal à s’insérer au milieu d’un film qui brille pourtant grâce à ses personnages. Ip Man 4 doit en effet beaucoup, probablement plus que les précédents épisodes, à ses quelques personnages qui en appellent à leurs émotions, jusqu’à une fin bouleversante pour celui qui reste le maître de plusieurs générations.

Conclusion touchante à la saga, Ip Man 4 reste à hauteur d’homme en insistant sur le racisme qui a frappé la vie du disciple du maître Ip Man et son entourage aux Etats-Unis. Imparfait, la faute à une mise en scène parfois capricieuse, le film de Wilson Yip ne cesse pourtant de fasciner pour l’époque qu’il raconte et sa manière de nous plonger dans les combats de son héros face à d’ultimes adversaires.

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