Palm Springs, la ballade des gens malheureux

En voilà un qui a mis du temps à arriver en France. Sorti l’été dernier aux États-Unis après un beau succès critique lors de sa diffusion au Festival de Sundance en janvier 2020, Palm Springs de Max Barbakow aura longtemps attendu une date dans nos contrées. Entre la fermeture des cinémas et l’impossibilité pour les acteurs de la distribution de savoir ce qu’il se passera dans les prochains mois, le film a fini par atterrir sur Amazon Prime Video sans crier gare le 12 février dernier.

Sorte de réinvention d’Un jour sans fin (1993), Palm Springs conte les aventures de deux personnes, Nyles (Andy Samberg) et Sarah (Cristin Milioti), piégés dans l’espace-temps à un mariage qu’ils revivent encore et encore.

Photo by Christopher Willard/Hulu – © 2020 Hulu

Un mariage sans fin

Si Un jour sans fin avec Bill Murray n’a pas inventé la boucle temporelle, un concept déjà populaire dans la science-fiction, il est indéniable que le film de 1993 a largement contribué à sa popularisation au cinéma. Depuis, bon nombre de films ont tenté de s’en inspirer avec plus ou moins de succès, que ce soit dans le cinéma d’horreur récemment avec les Happy Birthdead ou de manière plus attendue, dans le cinéma de science-fiction (Source Code, Edge of Tomorrow -bien que celui-ci adapte un manga). Mais l’idée de ramener ce concept vers la comédie romantique, un peu comme le faisait Un jour sans fin, c’est quelque chose de terriblement intéressant tant cela offre de raisons pour des situations inattendues. Et c’était bien l’intention de Max Barbakow et du scénariste Andy Siara, qui imaginent là deux personnes un peu paumées, qui ne croient plus en l’amour, mais qui se retrouvent ironiquement coincés dans une boucle temporelle à un mariage. L’ironie de la situation est palpable et donne surtout l’occasion à Andy Samberg d’y confirmer tous ses talents comiques dans un rôle sur-mesure, celui d’un trente ou quarantenaire qui joue autant à l’idiot qu’à l’homme cynique, cachant des blessures et des peurs plus profondes. Ultra-populaire avec Brooklyn Nine-Nine, l’acteur y joue-là un rôle similaire, en y mettant probablement une part de lui-même pour offrir à Palm Springs un pseudo-héros terriblement authentique et attachant. A ses côtés, Cristin Milioti se voit enfin offrir un rôle capable de mettre en valeur toutes ses qualités, tant pour son autodérision que sa facilité à sublimer des scènes par son aura et sa palette de jeu. Les deux-là revivent sans cesse une même journée cherchant parfois une solution, se résignant d’autres fois, dans un film qui mélange la comédie au fantastique et au mystère, mais toujours avec un humour parfaitement calibré. Porté sur l’humour de situation, le film fonctionne aussi bien car il profite d’une finesse dans l’écriture à laquelle ses deux protagonistes rendent grâce par leur jeu, habitant leurs rôles avec une précision qui surprend parfois. En effet et sans vouloir dénigrer les comédies romantiques -j’en suis d’ailleurs moi-même un grand amateur-, Palm Springs a ce petit quelque chose en plus de maîtrise et de justesse que l’on retrouve trop rarement dans ce type de cinéma.

Ce qui fonctionne en outre dans l’écriture, c’est que l’inspiration d’Un jour sans fin et ses successeurs s’arrête au concept. Palm Springs installe vite ses propres idées, ses propres situations et son univers, avec des personnages qui ne croient plus en rien, ni en l’amour ni à leur avenir. Être piégés dans une boucle temporelle leur donne paradoxalement un élan pour s’en sortir, mais cet élan se retrouve vite confronté à leur manque de volonté. On en arrive à des scènes savoureuses, où les deux mettent de côté l’idée de sortir de cette boucle pour simplement profiter, s’amuser et vivre comme ils le peuvent alors que rien de ce qu’ils font ne compte réellement, puisqu’ils se réveillent au même endroit le lendemain. Cette attitude accroche d’autant plus que Cristin Milioti et Andy Samberg ont une alchimie formidable -et terriblement nécessaire dans un tel film. Les acteur.ices semblent s’amuser et prendre un plaisir communicatif, comme s’il se passait dans cette histoire quelque chose de très spécial. Une chose qui arrive finalement assez rarement, où tout s’imbrique parfaitement : la réalisation, les performances des interprètes, leur alchimie et leur capacité à raconter, du mieux possible, des petits bouts d’histoire qui forment un grand film. Pendant l’heure et demie que dure Palm Springs, on y découvre un sans-faute, avec une ambiance qui séduit dès ses premiers instants. Cette ambiance c’est celle, finalement, d’une génération qui a appris à vivre autrement. Loin de la conception traditionnelle de la vie de couple avec le mariage et les enfants, Palm Springs est plutôt une ode à une génération qui cherche plutôt à affirmer ses idées et ses personnalités, plus qu’à se conformer aux attentes. Mais c’est aussi une génération qui peut être en souffrance, dont la capacité à surmonter les malheurs fait partie intégrante de son quotidien et de son caractère.

Photo by Christopher Willard/Hulu – © 2020 Hulu

Une autre forme de bonheur

Cette autre manière d’aborder la vie, que ce soit volontaire ou par la force des choses, est célébré par un film à la mise en scène qui ne cesse de se réinventer, en jouant sur les genres. Chaotique, comme la vie de ses protagonistes, cette mise en scène s’inscrit dans une volonté de jouer sur les univers qui nourrissent l’histoire du film avec ses origines de comédie, mélangées au fantastique. Mais cela ne fait pas pour autant de Palm Springs une sorte de fourre-tout : le film a en réalité un univers bien à lui, appuyé par son ambiance musicale entre amours désabusés et paradoxe du jour parfait qu’est censé constituer le mariage de leurs proches. Les titres musicaux qui accompagnent le film sont ainsi très justement choisis, sans jamais être lourdingues, en appuyant avec simplicité cette descente aux enfers teintée de romantisme, où le bonheur revêt des formes inattendues.

Plus romantique qu’on ne l’imaginait, Palm Springs est une comédie très fine et habile, faisant de ses protagonistes déprimés de formidables hôtes pour cet univers qui mêle la romance au fantastique. Réinvention maline d’Un jour sans fin, le film de Max Barbakow est sublimé par les géniales performances de Andy Samberg et Cristin Milioti. Un film immanquable.

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