Invisible Kingdom – Tome 2, découverte de nouveaux mondes

On découvrait en fin d’année dernière Invisible Kingdom, le nouveau comics de l’excellente G. Willow Wilson, une des autrices les plus importantes dans le monde des comics ces dernières années, à mon sens. En compagnie du dessinateur Christian Ward et récompensée par plusieurs Eisner Awards, elle imaginait dans le premier tome un nouvel univers de science-fiction où méga-corporation et religion étaient complices, sur fond d’un capitalisme destructeur. Un titre particulièrement séduisant dont le deuxième tome arrive enfin dans nos contrées ces jours-ci.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’un exemplaire par l’éditeur.

Suite aux événements du premier tome, la capitaine Grix et son vaisseau sont en fuite. Après avoir révélé la supercherie autour de l’ordre religieux et de la méga-corporation, elle et son équipage tentent de survivre alors que leurs vivres diminuent à vue d’œil. Jusqu’au jour où des pirates de l’espace leur tombe dessus…

Une fuite en avant

Avec l’arrivée des pirates de l’espace, Invisible Kingdom prend une nouvelle dimension. L’histoire de corporations et de religions passe en arrière plan alors que les responsables pourchassent les héroïnes et leur vaisseau, désormais aux prises avec des pirates. Le côté space opera de l’œuvre n’en est que plus appuyé, avec la découverte d’un nouveau monde et de personnages qui « hantent » toutes celles et ceux qui viennent d’une planète reculée, harcelée et acculée. G. Willow Wilson a toujours pour elle cette manière d’écrire ses dialogues, avec beaucoup d’impact, en posant de véritables questions sur le sens de la vie, des actes et des choix de ses protagonistes. Sur le sens de la fuite en avant de Grix notamment, qui ne vit que pour son vaisseau mais qui se découvre peu à peu un certain amour pour Vess, tandis que cette dernière tente toujours de trouver sa place après avoir fuit l’organe religieux auquel elle a dévoué sa vie. Une occasion d’ailleurs pour l’autrice de s’intéresser un peu plus au contrôle des masses, avec cette méga-corporation capable de faire passer sous silence la révélation de fin du premier tome, une révélation qui aurait pu être destructrice si l’information n’était pas manipulée. Plus que jamais, Invisible Kingdom s’intéresse à ce sentiment d’impuissance du peuple face à des décisionnaires politiques dans un régime qui ne laisse aucune place pour une quelconque vérité : les pirates apparaissent presque comme des révolutionnaires, quand bien mêmes leurs activités sont parfaitement intégrées dans les affres du capitalisme.

Si cela fonctionne aussi bien, c’est parce que G. Willow Wilson prend le temps de donner du poids à ses héroïnes, en s’intéressant tout particulièrement à leurs réactions face à des situations nouvelles. Vess et Grix n’ont pas grand chose en commun, l’une est réfléchie tandis que l’autre est impulsive, néanmoins elles doivent apprendre à s’unir. Cela passe par des dialogues ciselés auxquels l’autrice nous a habitué dans la plupart de ses œuvres, avec un goût pour une mise en scène dynamique qui joue sur les mots et les réactions instantanées des personnages. Les échanges entre elles·eux sont savoureux, tant les caractères sont affirmés et les étincelles nombreuses. D’autant plus que l’histoire se place désormais dans un sentiment d’urgence, avec des protagonistes pourchassé·e·s et isolé·e·s dans un univers qui semble bien plus grand et inquiétant que ne le suggérait le premier tome.

© Hi Comics 2021 Wilson, G. Willow/Ward

Le néant comme décor

Ce qui frappe tout particulièrement c’est la beauté, cette beauté d’une oeuvre où les couleurs se mêlent avec harmonie et qui donnent à cet univers quelque chose de très spécial. Le style de Christian Ward est un vrai cadeau pour G. Willow Wilson, qui peut raconter cette histoire mystérieuse dans un univers quasi-féérique avec une générosité en couleurs qui le rend si particulier, accentuant aussi le ton parfois sarcastique des dialogues. On y retrouve enfin le même goût de la mise en scène, avec un découpage qui donne là aussi beaucoup d’intensité aux dialogues, avec une dynamique bien sentie pour que ce simili-huis clos insiste toujours sur l’urgence de la situation.

Peut-être plus forte que le premier tome, cette suite de Invisible Kingdom montre que l’on est bien face à un comics de space opera majeur. Malin, abordant avec intelligence de nombreux sujets qui ont trait à l’information et à la religion, le comics de G. Willow Wilson est un plaisir de tous les instants pour lequel il sera bien difficile d’attendre la conclusion dans le troisième et dernier tome dans quelques mois.

(Hi Comics est un label de l’éditeur Bragelonne. Le directeur des éditions de Bragelonne est mis en cause par de nombreux témoignages dénonçant des violences sexistes et sexuelles. Je vous invite à en prendre connaissance par cet article de Mediapart ou encore ce témoignage et bien d’autres encore. J’affirme mon plein soutien, sans condition, aux femmes qui ont témoigné.)

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