Drunk, une liberté éphémère

Plébiscité aux César et aux Oscars avec des prix de meilleur film étranger, Drunk de Thomas Vinterberg a été la sensation de l’année écoulée. Comme il faisait partie des films à l’affiche à la réouverture des cinémas en mai dernier, c’était l’occasion d’enfin se laisser séduire par ce film qui a déchaîné les passions. Et le moins que je puisse dire, c’est qu’il ne laisse pas insensible.

« Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle. » (Haut et Court)

© Druk – Henrik Ohsten

Des désirs et une réalité

Malin chaque fois qu’il aborde l’équilibre entre liberté et lâcher prise, Drunk raconte cette curieuse expérience où la notion de liberté passerait par l’alcool. Un postulat suggéré par l’idée que l’homme serait plus heureux avec un peu d’alcool dans le sang, comme pour le désinhiber de tout ce qui retient sa créativité et sa folie. Pourtant Thomas Vinterberg ne se lance pas dans une improbable ode à l’alcool : on voit rapidement l’état de ses « héros » se dégrader, leur vie professionnelle et personnelle en souffrir, leur faisant risquer de perdre tout ce qu’il y a de plus cher dans leurs vies. Toutefois cela occasionne de superbes scènes de lâcher prise, des moments de grâce où la naïveté rencontre la légèreté d’une vie de fêtes et sans tracas. Néanmoins cette légèreté apparente cache des bouleversements néfastes, de violents changements aux impacts dramatiques, tournant peu à peu Drunk dans le registre du drame. Cela permet au cinéaste d’aborder les dangers de l’alcool, derrière son postulat d’origine qui en imaginait pourtant une application positive. Et c’est là que l’histoire d’amitié qui unit nos joyeux lurons n’en devient que plus forte, toujours à la limite de l’immaturité, cachée derrière l’excuse « scientifique » de l’expérience pour peut-être mieux retrouver une jeunesse perdue. Fondamentalement bienveillant, Drunk est un film captivant, fort en émotions, capable d’aller sur des terrains difficiles sans perdre son humanité.

Et c’est un film évidemment sublimé par ses acteurs, Mads Mikkelsen en tête, qui fait preuve de dérision dans ce personnage de professeur au départ quasi-stoïque, et rapidement dépassé par les conséquences de l’alcool dans sa vie. Thomas Bo Larsen joue quant à lui une partition bouleversante, se révélant particulièrement touchant dans la peau d’un homme qui aimerait retrouver une certaine jeunesse, complètement envahi par l’aspect monotone et lassant de la routine du quotidien. C’est peut-être aussi un moyen d’aborder tous les détails qui peuvent mener à l’alcoolisme, y compris pour des hommes de classes sociales supérieures, mettant à mal les clichés sur les liens entre alcoolisme et pauvreté. Comme dit précédemment, Thomas Vinterberg est très malin lorsqu’il aborde l’alcool comme fait social. Que ce soit son impact sur la vie de ses protagonistes, ou sur son aspect communautaire lors de soirées où il fait est de bon ton de ne pas refuser un verre.

© Druk – Henrik Ohsten

Ode à la joie

Le film n’est toutefois pas qu’un simple drame, c’est aussi une œuvre capable d’être positive, de faire rire et de donner envie de nous réunir avec des ami·e·s pour profiter d’une légère soirée d’été autour d’un verre, avec ou sans alcool. C’est un film sublimé par la photographie de Sturla Brandth Grøvlen, chef opérateur notamment connu pour le surprenant Victoria (film allemand de 2015), qui nous sert ici notamment un final subjuguant, d’une terrible beauté, affichant une maîtrise de l’œuvre cinématographique comme on en voit finalement assez rarement. Si Drunk ne parle pas à tous·tes, il est indéniable qu’il a pour lui une finesse visuelle assez fabuleuse.

Fort d’une mise en scène séduisante, Drunk est cette ode à la joie dont on a cruellement besoin par les temps qui courent. Malin, astucieux, le film de Thomas Vinterberg étonne autant qu’il inspire, avec en point d’orgue son final, marquant, comme la cerise sur un gâteau que l’on a apprécié avec une gourmandise non-dissimulée.

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