Black Widow, famille, secrets et accents russes

Après une très longue attente, l’univers cinématographique Marvel fait son retour au cinéma. Si certains pays du monde se contentent d’une diffusion de ce Black Widow sur Disney+ à un tarif absolument improbable, nous avons au moins la chance de pouvoir en profiter au cinéma. Et c’est un vrai plaisir de retrouver cet univers qui, malgré ses faiblesses, reste la garantie de voir un spectacle souvent agréable. Mais surtout, c’est l’occasion enfin pour Scarlett Johansson de porter un film à elle seule, sur un personnage qu’elle incarne depuis bien longtemps.

« Natasha Romanoff alias Black Widow affronte le côté sombre de son héritage au moment où se déclenche une dangereuse conspiration liée à son passé. Poursuivie par une force qui ne reculera devant rien pour l’anéantir, Natasha doit se replonger dans son histoire en tant qu’espionne, et les relations brisées qui ont jalonné sa route bien avant qu’elle devienne une Avenger. » (Disney)

Photo by Jay Maidment. © Marvel Studios 2020. All Rights Reserved.

Retour sur un personnage emblématique

Outre une vilaine scène à Tanger, au Maroc, où Hollywood nous sert son éternel et paresseux filtre jaune appliqué aux pays désignés comme « pauvres » (sans atteindre l’ignominie d’un Tyler Rake), Black Widow est une balade plutôt ravissante. Avec ses chorégraphiques plutôt intenses, comme si l’univers cinématographique Marvel captait enfin l’intérêt de cette héroïne, la réalisation offre quelques jolis moments en s’inspirant plutôt des Jason Bourne ou des Mission Impossible, que des Avengers. Plus film d’espionnage que de super-héros·ines, Black Widow s’inspire aussi et surtout de quelques comics qui ont fait grandir la légende du personnage. Je pense tout particulièrement à l’interprétation de la Veuve noire par Mark Waid et Chris Samnee en 2016, notamment sur l’entraînement de ces jeunes espionnes russes dont faisait partie Natasha Romanoff dans sa jeunesse, qui sert de point de départ à un film qui s’avère très intéressant. Si la réalisation est inégale, avec des coupures parfois grossières pour cacher les doublures lors d’affrontement qui sont pourtant très bien chorégraphiés, le film gagne en puissance chaque fois qu’il aborde le passé de la super-héroïne, ses traumatismes, mais aussi et surtout son rapport à une famille brisée que le destin finit par réunir.

Il y a aussi et surtout un aspect familial intéressant. Étroitement liée au passé de l’héroïne, prise de force dans un programme d’entraînement de très jeunes super-espionnes en Russie, la famille de Natasha Romanoff se résume à un père simili super-héros et une mère agente secrète, ainsi qu’une sœur qui a suivi le même programme d’entraînement, Yelena, bien connue des fans de comics. Mais si leurs retrouvailles pourraient n’être que dramatiques, le film a ce côté comédie familiale dont le mélange, avec l’action à la Mission Impossible, fonctionne étonnamment bien. Les séquences familiales sont plutôt drôles, grâce notamment à un excellent David Harbour, bien que des rires gênés viennent parfois de l’accent russe de Florence Pugh qui n’honore ni l’actrice, ni le film. Et c’est d’autant plus dommage qu’en dehors de cela, l’actrice britannique est certainement la plus belle révélation du film tant son personnage en impose, et qu’on espère vite la retrouver dans d’autres films ou séries Marvel (mais sans l’accent forcé et ridicule, par pitié). Le mélange des genres s’imbrique d’autant mieux que le duo formé par les deux actrices principales profite de l’aura des deux actrices, affirmées dans des rôles qui semblent avoir été écrits spécifiquement pour elles, tant elles brillent sur tous les registres où elles doivent emmener le film, de l’action à la comédie.

Photo by Jay Maidment. © Marvel Studios 2020. All Rights Reserved.

La formule secrète de l’équilibre

L’autre bon point du film est à chercher du côté de la photographie. Souvent solide, en dehors de la scène au Maroc citée précédemment, elle donne au film un ton parfois glacial, parfois chaleureux, qui sort un peu des canons de l’univers cinématographique Marvel et qui est certainement à mettre sur le compte d’une réalisatrice, Cate Shortland, qui fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes venu·e·s du cinéma indépendant, engagé·e·s par Disney pour donner un coup de fouet à ses films Marvel qui doivent se renouveler pour garder l’attention du public. Si la réalisatrice n’était pas aussi attendue que peuvent l’être Destin Daniel Cretton avec Shang-chi prochainement, ou Chloe Zhao avec Eternals, elle livre tout de même un film plutôt intéressant, une sorte d’origin story qui donne plus de consistance à un personnage trop souvent réduit à son physique. Et surtout, Black Widow illustre une chose récurrente pour l’univers Marvel, avec son humour assumé. Souvent critiqué pour cela, c’est intéressant de voir l’univers cinématographique Marvel assumer pleinement de mettre beaucoup de dérision dans des situations qui pourraient être, autrement infiniment plus dramatique. On a aussi besoin de ces approches, plus légères, d’autant plus que cela ne remet pas en cause la force émotionnelle du film.

Film d’espionnage ou familial, Black Widow mélange les genres et le fait bien. Pas parfait, il constitue toutefois une sorte d’origin story plutôt réussie pour une héroïne qui gagne enfin en épaisseur au sein de l’univers cinématographique Marvel qui l’a souvent négligée. Parfois drôle, doté de scènes d’action bien chorégraphiées malgré une mise en scène quelques fois défaillante, ses inspirations font de Black Widow est une jolie porte de sortie à un personnage que l’on aurait aimé voir briller bien plus tôt dans les films Marvel.

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