Minari, douceur des sentiments

Parmi les favoris des Oscars cette année se trouvait Minari, l’une des dernières productions des désormais bien connus studios A24. Il a d’ailleurs permis à Youn Yuh-jung d’obtenir l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, après plusieurs récompenses glanées par le film à Sundance et aux Golden Globes. Sorti discrètement en salles en juin dernier, il convient de revenir sur cette pépite qui mérite qu’on en parle et qu’on lui offre une attention à la hauteur de sa générosité.

« Une famille américaine d’origine sud-coréenne s’installe dans l’Arkansas où le père de famille veut devenir fermier. Son petit garçon devra s’habituer à cette nouvelle vie et à la présence d’une grand-mère coréenne qu’il ne connaissait pas. » (ARP Selection)

Josh Ethan Johnson © Courtesy of A24

Une histoire de rêve américain

Minari est le récit d’un « rêve américain », celui d’une famille d’origine Coréenne qui espérait trouver en Amérique une autre vie. Celle de la réussite individuelle, celle de la récompense par le travail, c’est-à-dire celle promise à chacun au sortir de la guerre de Corée. Une époque où pour de nombreuses familles Coréennes les États-Unis apparaissaient comme le seul moyen d’assurer l’avenir de leurs enfants. Alors c’est l’histoire d’une famille qui tente un nouveau départ, après de premières années en Californie où le père et la mère se sont tué·e·s à la tâche, dans un travail pénible. Pour le père, un déménagement au milieu de la campagne permet de créer sa ferme et d’espérer en vivre, en produisant des fruits et légumes Coréens. C’est aussi l’histoire d’une famille unie, qui s’aime, dans un contexte post-guerre où le racisme du quotidien, exprimé par des regards et des expressions se confronte à la résilience d’une famille qui a déjà tout vu. C’est un film intelligent, qui raconte avec authenticité les défis qui se posaient à ces populations immigrées. Des familles partagées entre le besoin de se conformer à ce que les États-Unis attendent d’eux, et l’importance de ne jamais oublier leurs origines et leurs traditions. C’est l’apparition de la grand-mère, à laquelle l’enfant reproche de « sentir la Corée », qui incarne ces racines indissociables de la personnalité des membres de la famille. Des racines qui fondent leur identité et qu’il serait terrible de nier ou de reprocher.

C’est évidemment un film très actuel, qui même s’il prend place dans des temps révolus, aborde ce difficile équilibre entre racines et « intégration ». Un équilibre que certain·e·s tendent à reprocher, mais qui pourtant fait toute la richesse de chacun·e. Minari est un film doux et sincère, captant avec talent toute l’importance de ces questions. Et il ne serait rien sans les prestations monumentales de ses acteur·ice·s, à commencer par Youn Yuh-jung dont l’Oscar n’est pas volé tant elle crève l’écran dans le rôle d’une grand-mère pleine d’humour, de dérision et de bienveillance. Une femme qui ne voit que le bon dans sa fille et ses petits-enfants, et qui fait tout pour que cette famille qu’elle aime tant n’oublie jamais ses racines. Mais ce serait dommage d’oublier Steve Yeun et Han Ye-ri qui, moins souvent cité·e·s, sont pourtant à la hauteur d’un film qui se veut intimiste et très fort, incarnant cette ambiguïté entre le besoin d’exister et de vivre le rêve américain tout en protégeant du mieux possible leurs enfants. Han Ye-ri notamment qui jouait pour la première fois dans une production Américaine, et qui convainc vite par la finesse de son jeu, emportant avec son intelligence et sa douceur.

Melissa Lukenbaugh © Courtesy of A24

Une composition toute en légèreté

Si le film raconte des choses assez dures, paradoxalement, la réalisation est légère, montrant toute la beauté qui se trouvent dans les détails du quotidien pour une famille qui n’a d’autre choix que de rester souder face à un défi presque insurmontable. La musique, la composition visuelle, tout est absolument terrifiant de beauté, même lors des scènes les plus dures. Le cinéaste Lee Isaac Chung fait, avec son chef opérateur, un travail monumental pour raconter cet Arkansas rural où la vie semble rythmée par les récoltes et les réunions à l’église. Les deux cultures se mêlent et finissent par former quelque chose d’unique, qui fait toute la richesse d’une famille où l’amour permet de rester debout face aux épreuves. Il y a une belle maîtrise des sentiments pour un film capable d’émouvoir et de faire rire.

Minari est une des plus belles choses sorties au cinéma cette année. Drôle, émouvant, le film de Lee Isaac Chung parle du quotidien, de culture et de racines comme personne. Youn Yuh-jung crève l’écran, comme Han Ye-ri, deux actrices qui apportent de la fraicheur à un film maîtrise qui fleure bon l’intelligence, abordant le « rêve américain » avec beaucoup de finesse.

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