The Father, la maladie emportant le réel

Récompensé aux Oscars plus tôt dans l’année, The Father du réalisateur Français Florian Zeller est sorti en salles au mois de mai. Mais comme il n’est jamais trop tard pour parler des bons films, il est temps de dire quelques mots sur cette adaptation de la pièce de théâtre du même nom, où Anthony Hopkins et Olivia Colman se donnent la réplique dans un récit aussi glaçant que bouleversant.

« The Father raconte la trajectoire intérieure d’un homme de 81 ans, Anthony, dont la réalité se brise peu à peu sous nos yeux. Mais c’est aussi l’histoire d’Anne, sa fille, qui tente de l’accompagner dans un labyrinthe de questions sans réponses. » (UGC Distribution).

Sean Gleason © NEW ZEALAND TRUST CORPORATION AS TRUSTEE FOR ELAROF – CHANNEL FOUR TELEVISION CORPORATION – TRADEMARK FATHER LIMITED – F COMME FILM – CINÉ-@ – ORANGE STUDIO. 2020

La famille comme dernier pilier

Parler de la maladie, et a fortiori d’une maladie aussi effrayante qu’Alzheimer, est un exercice qu’avait déjà réalisé avec talent Wash Westmoreland et Richard Glatzer dans le très beau Still Alice. Si la maladie effraye autant qu’elle fascine au cinéma, c’est parce que la lente dégénérescence qu’elle provoque est foncièrement cinématographique. Et Florian Zeller l’utilise à sa guise pour en faire le propos de sa mise en scène. The Father impressionne en laissant les spectateur·ice·s dans le flou. A la manière de la personne atteinte d’Alzheimer qui oublie tout, peu à peu, ou de ses proches qui peinent à comprendre ce qu’il se passe, on voit les personnages changer de visage, être présents ou non, raconter des histoires à la chronologie qui s’entremêle, comme si nous étions dans la peau d’un homme qui ne parvient plus à reconnaître sa propre fille ou qui n’est plus très sûr de savoir ce qu’elle lui a dit quelques minutes plus tôt. Un exercice de style fascinant et terriblement fort, que Florian Zeller mène avec un talent insoupçonné, réussissant à s’approprier les codes du cinéma après avoir brillé au théâtre.

Superbe expérience cinématographique, The Father captive autant qu’il bouleverse, bien qu’on puisse lui reprocher une certaine froideur qui entache parfois l’émotion du film, provoquant un certain détachement. Mais le réalisateur parvient à obtenir de telles performances de ses acteur·ice·s qu’il est difficile de ne pas se laisser emporter par un film qui parle de drame sans misérabilisme. Olivia Colman et Anthony Hopkins forment un duo formidable, saisissant les difficiles émotions qui traversent le père et la fille alors que d’un moment à l’autre, l’humeur change du tout au tout, avec une maladie qui rappelle sa réalité à des moments où les choses semblent s’améliorer. Les relations sont d’autant plus fortes que le film est une réussite visuelle.

Sean Gleason © NEW ZEALAND TRUST CORPORATION AS TRUSTEE FOR ELAROF – CHANNEL FOUR TELEVISION CORPORATION – TRADEMARK FATHER LIMITED – F COMME FILM – CINÉ-@ – ORANGE STUDIO. 2020

Un caractère sensible

On comprend d’ailleurs aisément les intentions du réalisateur, qui vient du théâtre, et qui profite là d’un huis clos pour rappeler ses origines. L’appartement est la (quasi) unique scène, les acteurs et actrices entrent et sortent des pièces sans arrêt et les portes s’ouvrent et se ferment. Florian Zeller utilise de manière habile cet espace, insufflant les origines théâtrales de l’œuvre pour mieux en exploiter son essence, avant de s’appuyer sur des techniques plus cinématographiques dont on parlait plus tôt. La thématique de la maladie amène une certaine forme de paranoïa qui sied parfaitement à cet ambiance, à cet appartement qui semble se refermer sur lui-même, jusqu’à ce que l’on en arrive à douter de ce qui est réel ou non.

Aussi effrayant que touchant, The Father parle de la maladie d’Alzheimer avec une véritable sensibilité, cachée derrière un aspect plus froid dont le réalisateur se sert comme objet cinématographique. Sa mise en scène est une telle réussite que le film permet à Olivia Colman et Anthony Hopkins d’incarner à leur manière ces deux êtres qui n’arrivent plus à se comprendre, mais qui ne cessent de s’aimer.

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