Matrix Resurrections, combat contre la nostalgie

Renaissance d’une licence que l’on pensait rangée au placard depuis longtemps, Matrix Resurrections ramène à une autre époque, il y a plus de vingt ans, où les sœurs Wachowski marquaient de leur empreinte le cinéma hollywoodien avec un film impressionnant. De sa photo si particulière à ses scènes d’actions empruntées au cinéma hongkongais, Matrix a révolutionné à sa manière Hollywood avant de voir sortir deux suites. Du haut de cet héritage, Lana Wachowski revient seule avec un quatrième film qui interroge la licence, son esprit et le futur.

« Matrix Resurrections nous replonge dans deux réalités parallèles – celle de notre quotidien et celle du monde qui s’y dissimule. Pour savoir avec certitude si sa réalité propre est une construction physique ou mentale, et pour véritablement se connaître lui-même, M. Anderson devra de nouveau suivre le lapin blanc. Et si Thomas… Neo… a bien appris quelque chose, c’est qu’une telle décision, quoique illusoire, est la seule manière de s’extraire de la Matrice – ou d’y entrer… Bien entendu, Neo sait déjà ce qui lui reste à faire. Ce qu’il ignore en revanche, c’est que la Matrice est plus puissante, plus sécurisée et plus redoutable que jamais. Comme un air de déjà vu… » (Warner Bros. France)

© 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. and Village Roadshow Films (BVI) Limited

L’ombre corporatiste

Matrix Resurrections s’ouvre sur l’inattendu : un commentaire méta sur une corporation, Warner, et sur la pertinence d’une suite à une licence bien aimée. Comme dépossédée de son œuvre à la fois par la major et les fans, Lana Wachowski interroge la relation qu’elle entretient avec Matrix au travers d’un Neo qui semble vivre une vie paisible, à la tête d’un studio de développement de jeux vidéo dans une énième simulation de la matrice. Interrogations à la fois sur l’incapacité à aller de l’avant (« c’était mieux avant »), sur la fétichisation de la licence avec des figurines et produits dérivés exhibés dans le bureau du héros, capitalisation exacerbée d’une licence de vieux et vieilles nerds, mais aussi sur l’obligation pour un acteur de revenir encore et toujours à son passé, alors qu’il aimerait faire autre chose. C’est peut-être aussi ce qui permet justement à Matrix Resurrections de vite évacuer cette nostalgie mal placée de fans resté·e·s adolescent·e·s, qui pensent détenir l’œuvre de leur jeunesse. Par la force, Lana Wachowski se réapproprie la licence Matrix pour mieux revenir à ses origines, et pour la faire évoluer à sa convenance. Matrix revient à son action caractéristique certes, mais va plus loin sur l’histoire d’amour entre Neo et Trinity. C’est en cela que, peut-être, il est plus difficile de qualifier ce quatrième film. S’il assume pleinement son héritage et ce que la licence a apporté au cinéma d’action hollywoodien, Matrix Resurrections est aussi et, à mon sens avant tout, une très belle histoire d’amour qui justifie les incessants combats menés par ses héro·ïne·s. Et cela fait sens : ode à l’acceptation de soi et questionnement sur l’identité, le premier Matrix dépassait allègrement le simple cadre du spectacle pour toucher à des thématiques plus larges et plus fortes, ce qui en faisait une œuvre majeure.

C’est d’autant plus intéressant de voir Lana Wachowski se réapproprier Matrix de la sorte, d’abord au regard de son histoire personnelle, mais également à l’heure où de nombreuses licences autrefois populaires reviennent dans des suites pour capitaliser sur la nostalgie. Il y a quelque chose de savoureux à la voir s’amuser de ce qu’elle a créée vingt ans plus tôt avec sa sœur pour mieux s’en émanciper, en remettant en question les codes de la licence ainsi que ses personnages, dans une aventure épique sur fond d’histoire d’amour. Elle sait d’ailleurs aussi donner une nouvelle identité visuelle à la licence, peut-être moins évocatrice que le vert des trois premiers, mais peut-être aussi plus fine, avec des couleurs plus chaudes et une simulation plus inquiétante que jamais. A l’image d’une sorte de course poursuite où les bots se jettent les uns après les autres dans le vide, une scène impressionnante qui témoigne du goût de la cinéaste pour le grand spectacle, dans une action qui fonctionne terriblement bien. Je note, en outre, la performance de Jessica Henwick qui illumine le film de sa présence, incarnant à la fois ces fans nostalgiques, mais aussi le futur d’une licence qui pourrait très bien revivre sous une autre forme, avec ce type de personnage en ayant fait table rase du passé.

© 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. and Village Roadshow Films (BVI) Limited

Résurrection des licences

Matrix est toutefois aussi et surtout synonyme d’action, avec son héritage venu de Hong Kong et la manière dont la licence a apporté un vent de fraîcheur à la production hollywoodienne. En l’occurrence, ce nouvel épisode montre toujours une belle maîtrise, avec des scènes palpitantes et particulièrement bien filmées. Les chorégraphies et cascades sont efficaces, d’autant plus que la réalisatrice a su prendre de la hauteur, observant la progression de ses personnages avec un autre regard. Il y a quelque chose de pertinent dans son traitement de ces scènes, en donnant à Neo et Trinity une nouvelle envergure et une nouvelle vision de leur monde.

Bilan et nouveau regard sur la licence, Matrix Resurrections offre à ses héro·ïne·s une porte de sortie tout en faisant des remarques pertinentes sur le commerce de la nostalgie. Œuvre à part, le film multiplie les thématiques et les commentaires à la fois sur ce qu’il est et sur son industrie, et s’il enfonce parfois des portes ouvertes, il est souvent malin. Lana Wachowski ressuscite la licence le temps d’un film en montrant ce que l’on savait déjà : il y a beaucoup de choses à dire dans l’univers de Matrix, à condition d’accepter l’idée que la licence ne sera plus la même qu’il y a plus de vingt ans.

2 commentaires sur “Matrix Resurrections, combat contre la nostalgie

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