Prey, le prédateur à l’épreuve Comanche

Avec une carrière pas franchement fournie depuis son (super) 10 Cloverfield Lane, on n’attendait plus vraiment Dan Trachtenberg. Et pourtant, voilà qu’il pointe le bout de son nez avec un Prey qui fait beaucoup parler de lui sur les réseaux sociaux. Le film, privé d’une sortie au cinéma maintenant que Disney traite les films 20th Century Fox comme des téléfilms, a débarqué ces jours-ci sur Disney+ et qu’on se le dise : c’est génial, et ça aurait été encore mieux sur grand écran.

© Disney

Chasseur traqué

Depuis le Predator de John McTiernan en 1987, le chasseur extraterrestre a connu de nombreuses adaptations, souvent pour le pire. Ce qui était à l’origine presque une blague autour de Rocky Balboa qui ne trouverait une fière opposition à sa puissance que dans un extraterrestre est finalement devenu un film culte. Mais malgré le potentiel d’un tel personnage, sanguinaire, surpuissant et habile chasseur, rare sont les réalisateurs qui ont su en faire quelque chose de viable. Pour le grand retour du Predator, Dan Trachtenberg fait le choix étonnant de le laisser loin de l’affiche : le film s’appelle Prey, la promotion s’axe sur l’identité Comanche de l’héroïne. Cette volonté d’écarter le prédateur, quitte à en faire la proie, est hors du commun pour la licence, dont les liens avec des univers militaristes et commandos étaient centraux dans les précédents films. On découvre alors un Predator dans un environnement très naturel, avec une ambiance très inspirée par la chasse dans laquelle se lancent les Comanches pour subsister tout en subissant les affres de la présence grandissante des colons. Naru, l’héroïne, fait tout pour devenir une guerrière alors que les traditions l’en empêchent, ce qui la pousse malgré tout à se perfectionner et partir elle aussi à l’assaut de la nature. Jusqu’à une confrontation décisive, quand elle fait la rencontre du Predator, créature pour beaucoup imaginaires, racontée dans des contes pour faire peur aux enfants. Cette première rencontre est fascinante d’intensité, de brutalité aussi, alors que la force surhumaine de l’extraterrestre se déploie face à une jeune guerrière tétanisée, cachée pour ne pas être exécutée. L’opposition visuelle entre les arcs et flèches des Comanches, et les armes futuristes du Predator, donnent à l’image quelque chose d’assez fantastique, avec une peur inspirée par le désespoir des situations. Le film n’est pas à proprement parler horrifique, mais il sait inquiéter avec le déséquilibre de l’affrontement provoqué par la puissance de l’ennemi.

Cette réinvention de l’univers de Predator, à une époque où la chasse était un véritable moyen de subsistance l’oppose à un peuple et, précisément à une héroïne, qui a l’habitude d’évoluer et de traquer dans ces bois. C’est une approche intéressante, en opposition complète aux combats très militaires auxquels la licence se cantonne habituellement. Et ça fonctionne sacrément bien, on prend un malin plaisir à voir l’inventivité dont fait preuve Naru pour se défaire de son ennemi, qui plus est interprétée par une super Amber Midthunder. L’actrice incarne son personnage avec beaucoup d’âme, beaucoup de sincérité, étant elle-même amérindienne. Le rôle est bien écrit, avec une lente ascension jusqu’à pouvoir tenir tête au prédateur, après une première rencontre où elle était contrainte de fuir. Le film propose en outre un univers visuel extrêmement réussi, avec une très belle utilisation de l’espace et de la nature dans toutes les séquences de traque, y compris dans les scènes de nuit qui ne perdent rien de la lisibilité. Une impression renforcée par la qualité de la réalisation des scènes d’action et leurs chorégraphies, même si les effets spéciaux, notamment les animaux, sont parfois ratés.

© Disney

Survie

Les nombreuses bonnes idées de mise en scène exploitent à la fois la mythologie Predator, avec ses accessoires et armes usuelles, sa capacité à se déplacer sans être vu et sa brutalité, ainsi que les spécificités d’une chasseuse Comanche qui le traque comme un animal. Grisant, le film est malin, très minimaliste au sens où il se contente la plupart du temps de mettre en scène la jeune femme face au prédateur, mais c’est si bien géré qu’il en devient captivant. Et c’est là qu’on se pose l’inévitable question : pourquoi ce n’est pas sorti au cinéma ? Le film a un tel potentiel d’ambiance visuelle et sonore qu’il aurait grandement profité d’une salle obscure avec son système de son caractéristique. Si le plaisir est bien là en voyant le film, plusieurs scènes m’ont donné l’impression que je les aurais encore plus appréciées si je les avais vues au cinéma.

C’est une belle surprise. Je n’ai jamais été un amateur de la licence Predator, mais Prey va bien au-delà, en réinventant le personnage sans le dénaturer, et en y ajoutant une couche historique qui fait sens et qui permet d’offrir quelques très belles scènes de traque. Amber Midthunder est, quant à elle, une vraie révélation, portant le film avec justesse, incarnant cette héroïne Comanche avec sincérité. Encore une fois, quel dommage qu’il ne soit pas sorti au cinéma, car le film le méritait.

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