Douze hommes en colère, la plus pénible des décisions

Un jury de douze hommes se réunit pour délibérer sur le sort d’un jeune homme accusé d’avoir tué son père. Ils ont sa vie entre les mains, puisque s’ils le condamnent, ils sera exécuté. Il s’agit du premier film réalisé par Sidney Lumet, en 1957.

Dans Douze hommes en colère, l’issue du procès ne fait pas énormément de doutes : onze d’entre eux considèrent que le jeune homme est coupable, un seul émet des doutes. En effet le juré n°8 (les hommes ne s’appellent jamais par leur nom, et ne prononcent même pas celui de l’accusé) estime qu’il existe des failles dans l’enquête qui a semble-t-il été menée de manière hasardeuse. Il expose ces doutes un à un et tente de convaincre chaque autre juré qu’il existe un doute raisonnable sur la culpabilité du jeune homme.
Pourtant, alors que tout semblait clair au début, la salle de délibération du tribunal va connaître un revirement de situation avec des jurés qui un à un se mettent à douter, et prennent connaissance de nouvelles informations qui leur avaient échappé au cours du procès.

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Le doute raisonnable

Dans le système judiciaire américain, le reasonable doubt est un concept important auquel on ne peut déroger. Ce « doute raisonnable » signifie qu’un jury dans un procès criminel ne doit avoir aucun doute s’il prend la décision de déclarer coupable l’accusé ; s’il y a le moindre doute, le jury est tenu de le déclarer non coupable. Si ce doute est important, c’est parce qu’il est nécessaire que le jury soit d’accord à l’unanimité pour condamner l’accusé. En se fondant là-dessus le juré n°8 incarné par le fabuleux Henry Fonda va user de tous les moyens possibles pour vérifier chaque information qui leur a été donnée au cours du procès. Entre reconstitution et sa propre petite enquête (sur l’arme du crime), ce juré seul contre tous tente de surpasser les préjugés des uns et des autres pour leur donner une image différente sur l’affaire qu’ils ont entre les mains.

Le juré n°8 n’est pourtant pas lui-même convaincu de l’innocence du jeune homme, il avoue n’en avoir aucune idée. Peut-être est-il coupable, peut-être est-il innocent, mais il se sent incapable de l’envoyer à la chaise électrique alors qu’il n’a aucune certitude sur sa culpabilité.

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La liberté c’est de ne jamais avoir à dire qu’on est désolé.
— Sidney Lumet, extrait de L’avocat du diable, 1993.

Ce film traduit habilement les préjugés dont chacun est inconsciemment victime. Au fil des minutes on en apprend un peu plus sur chacun des jurés et leurs motivations. Certains croient l’accusé coupable, d’autres veulent simplement en finir le plus vite, ou encore un autre prend l’affaire plus personnellement.
Sidney Lumet pour son tout premier film utilisait déjà avec brio certaines techniques cinématographiques pour donner de l’intensité à son film. Ainsi au lieu de se limiter au simple huis clos (qui s’impose naturellement compte tenu du thème), il utilisait au fur et à mesure de l’avancement du scénario des objectifs de focale de plus en plus élevée. Le but est simple, de cette manière les décors se rapprochent des personnages et on se sent de plus en plus près des débats ; le sentiment d’oppression fait son apparition, et voir les personnages transpirer terriblement (jusqu’à voir leurs chemises trempées) donne au spectateur l’impression d’étouffer.

Le réalisateur ne s’embête pas de la forme : pas de noms, on s’intéresse assez peu à l’histoire de l’accusé et son procès pourrait même être remplacé par n’importe quelle autre affaire criminelle. Sidney Lumet ici cherche plutôt à mettre en avant douze hommes qui, confrontés à la question la plus difficile à laquelle ils devront répondre dans leur vie, passent par toutes sortes d’émotions et de sentiments (certitude, doute, colère…) en réalisant qu’ils vont peut-être envoyer un innocent sur la chaise électrique. Chacun de ces hommes devra surpasser ses propres idées et convictions afin de prendre la décision la plus juste possible.

Ce film brille -et n’a absolument pas vieilli- par la puissance de ses personnages et dialogues. Henry Fonda y joue le rôle d’un architecte qui tient à ses valeurs, mais il n’est pas le seul à exceller. Tous les autres personnages venus d’horizons très différents apportent une vision différente sur l’affaire, et montrent de quelle manière notre milieu social peut influer sur la vision que l’on a des autres. Cela donne lieu à des dialogues mémorables où certains personnages vont s’ouvrir et exprimer les raisons qui leur permettent de penser que l’individu est coupable ou non.
Jean-Paul Sartre disait que « l’enfer, c’est les autres » (Huis clos, 1947) et ce film l’illustre de la plus belle des manières. Les douze ont du mal à se supporter, chacun est convaincu d’avoir raison et à la fin, ils doivent faire avec et aller vers un consensus : la culpabilité ou la liberté de l’accusé.

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