T-ara, le groupe aux mille visages

T-ara est un girls band sud-coréen qui a débuté en 2009 sous l’agence Core Contents Media. Le groupe a peu à peu gravi les échelons et affronté divers obstacles pour devenir un groupe culte de la seconde génération de la K-pop. Elles ont fait leur trou dans l’industrie avec la réputation d’être capable de porter toutes sortes de concepts et de s’en sortir sur des styles musicaux très variés tel des caméléons.

Le groupe a débuté en avril 2009 avec la ballade Good Person, sur la bande originale du drama Cinderella Man. Alors composé de Jiae, Jiwon, Eunjung, Hyomin et Jiyeon, le groupe est rapidement chamboulé et voit les deux premières quitter T-ara, elles sont rapidement remplacées par Boram, Soyeon et Qri. Leur premier single sort alors, avec le titre Lies elles tentent de s’immiscer dans une K-pop très concurrentielle, avec un concept plutôt mignon et tendre. Mais rapidement elles vont montrer leur capacité d’adaptation et leur faculté à explorer de nouveaux styles, grâce à une collaboration avec le boys band Supernova, sous le titre de Time to Love. C’est le début de la popularité pour le groupe, qui en l’espace de trois chansons a déjà montré sa capacité à explorer des genres très différents avec facilité, et elles font enfin leur apparition dans les meilleures ventes de musique en ligne (la vente de musique en ligne est en effet très importante en Corée du Sud, bien plus que la vente physique).

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Changer pour mieux régner

Fin 2009 pour leur premier et unique full album (en opposition aux mini-albums qui ne contiennent que cinq ou six pistes tout au plus) elles ont effectué la promotion de deux chansons. A une époque où la K-pop était probablement moins serious business et pleine de dérision, elles ont proposé Bo Peep Bo Peep, de la pop improbable tant au niveau des paroles que de la chorégraphie mais qui a marqué l’industrie. Restée culte, elle leur a permis d’obtenir leur première récompense dans une émission et cette chanson est encore citée lorsqu’il s’agit de parler de « l’âge d’or » de la pop coréenne. Mais je retiens surtout l’autre chanson, Like the First Time qui au-delà du propos (que vous devinerez aisément avec son titre) dégage une certaine sensualité, c’est une chanson terriblement séduisante qui à mes yeux aujourd’hui encore reste dans ce qui s’est fait de mieux dans la pop coréenne. Malheureusement, la leader vocale Soyeon a été touchée par le virus H1N1 et la promotion s’est arrêtée subitement. Mais cet album reste encore important pour le groupe et les fans, les titres mémorables sont légion et l’un des titres, passé presque inaperçu à l’époque, Bye Bye, est depuis utilisé pour conclure leurs concerts.
A partir de là le groupe va enchaîner très rapidement les sorties, avec une nouvelle chanson tous les trois ou quatre mois. Et son goût prononcé pour les clips au montage épileptique (et ses changements de plans trop, trop fréquents) fait son apparition avec I Go Crazy Because of You, une chanson up tempo que j’ai personnellement moyennement aimé, mais qui changeait radicalement de ce qu’elles avaient fait précédemment. S’ensuit un titre qui n’a probablement pas eu le succès qu’il méritait, I’m Really Hurt, avec ses performances dans des tenues en hommage à Michael Jackson.

La double promotion refait son apparition avec Why Are You Being Like This? et Yayaya. C’est l’occasion également d’introduire une nouvelle membre, Hwayoung, qui a été collée au groupe sans raison (un choix qui sera bien regretté par la suite). Si la première, excellente chanson pop qui fait probablement partie de leurs meilleurs titres, est plutôt classique dans son concept (ça parle d’amour et c’est sexy), la deuxième marque le retour dans le déjanté pour le groupe. Avec un clip improbable où elles jouent aux amérindiennes preneuses d’otage d’un pauvre gars perdu dans le coin et des paroles que même le compositeur avoue ne pas comprendre, elles illustrent de la plus belle des manières leur dérision, qui insuffle un vent de fraîcheur dans l’industrie. En parlant de fraîcheur, Yayaya est aussi un titre qui les as marquées pour une performance dans une température négative, en manches courtes et jupes.
Le groupe se prête également au jeu des special stages, un concept adoré des coréens, qui consiste pour les groupes à interpréter lors d’émissions des chansons d’autres artistes. On a pu les voir chanter avec d’autres groupes, mais également Betrayal of Rose de Uhm Jung Hwa, une performance où il faut l’avouer, les robes rouges font leur petit effet.

Au plus fort du succès…

En 2011, surfant sur la vague du film coréen Sunny, immense succès qui a redonné goût du disco aux coréens, les T-ara vont proposer leur interprétation du genre avec Roly-Poly (clip ci-dessus). Le succès est immédiat, le groupe entre dans une nouvelle ère et devient l’un des trois, quatre groupes les plus populaires du pays. Mais ce titre marque aussi la création par le groupe de « dramas MV », des clips vidéo qui vont atteindre pratiquement la quinzaine de minutes. Dans ces clips, toute une histoire se met en place avec les membres du groupe dans les rôles principaux. Roly-Poly a sa version drama, une petite histoire dans laquelle des femmes se souviennent de leur jeunesse et leurs folles soirées disco (ce qui rappelle grandement le film Sunny justement). Histoire de faire durer le plaisir, elles proposent un remix de ce titre, Roly-Poly in Copacabana. Peu de maquillage, tenues larges et pas franchement séduisantes, le but est de se marrer et de faire plaisir aux fans : c’est réussi, pour moi cette version est largement supérieure à l’autre, et le clip est vraiment bon. Cette période disco est aussi l’occasion de les voir effectuer quelques pas de danse sur Nuit de folie de Début de soirée. Il faut l’avouer, c’est particulièrement savoureux en tant que français de les voir se dandiner sur cette chanson. Elles ont d’ailleurs eu l’occasion début 2012 de clamer leur amour pour la France durant un concert organisé avec d’autres artistes coréens à Bercy.

Après ces titres, leurs meilleurs dramas MV à mes yeux font leur apparition, début 2012. Il s’agit de Cry Cry et Lovey Dovey (voir plus bas). Ces clips de 15 et 20 minutes racontent l’histoire en deux parties d’un homme qui, après avoir tué quelqu’un, recueille sa fille et lui apprend les ficelles du métier. Ça rappelle Léon, donc c’est forcément bien. Dans le plus pur esprit du film de mafieux coréens, quelques membres du groupe (Jiyeon, Qri et Eunjung) jouent des personnages attachants avec l’aide entre autres de Cha Seung Won, un acteur en vogue à ce moment-là. En ce qui concerne les chansons, Cry Cry dispose de deux versions : une mid tempo et une ballade. J’adore les deux, il s’en dégage une émotion particulière et la voix de Soyeon est particulièrement mise en valeur. Quant à Lovey Dovey, elles profitent de la popularité du shuffle pour proposer une chorégraphie et un titre addictifs, mais le drama MV de ce titre contient également leur collaboration avec Davichi, un duo comprenant deux des plus belles voix de la K-pop.

… Avant la descente aux enfers

Leurs derniers dramas MV en date sortent à l’été 2012, il s’agit de Day by Day et Sexy Love. Une nouvelle membre a fait son apparition dans le groupe, Areum. Ici il est question d’un monde post-apocalyptique aux faux airs de Mad Max où quelques personnes s’écharpent à coup de sabre. Le premier titre rappelle un peu Cry Cry dans sa structure et son style, alors que Sexy Love est un titre résolument dance. Mais à ce moment-là les fans et le groupe n’arrivent pas tellement à profiter de ces nouvelles chansons. En effet pendant la promotion de Day by Day, la membre précédemment ajoutée (Hwayoung, je vous l’avais dit qu’ils le regretteraient) semble causer des problèmes à l’occasion d’un concert au Japon et elle se voit expulsée du groupe. Se met en place une chasse aux sorcières comme les coréens en ont le secret, les T-ara sont accusées des pires horreurs (menaces, harcèlement, violences physiques) à l’encontre de Hwayoung et la popularité du groupe chute en flèche. Les filles sortent ensuite, sans Hwayoung, Sexy Love, mais alors qu’elles roulaient auparavant sur les charts elles peinent désormais à atteindre le top 10, et tout ça à cause de quelques internautes qui n’avaient rien de mieux à faire que de réaliser quelques montages pour faire croire à leurs histoires. Alors je prends partie c’est tout à fait vrai, mais il faut savoir que ce procédé est fréquent en Corée du Sud et qu’au moindre faux pas, les internautes sautent sur l’occasion et montent en épingle toute une histoire pour faire et défaire les carrières. Beaucoup d’artistes ont payé cher, d’autres sont passées entre les mailles du filet, principalement les hommes qui bénéficient quasi systématiquement du fervent soutien du public au contraire des femmes, souvent moins bien considérées.

Mais tout n’est pas mauvais dans cette période, car les T-ara nous gratifié, pendant la promotion de Day by Day, d’une fabuleuse ballade aux paroles retentissantes à un moment où, bien qu’elles ne le sachent pas encore, leur carrière va connaître un tournant. Il s’agit de Don’t Leave.

Une survie inattendue

Tous les « experts » prédisaient la fin du groupe, elles étaient au fond du gouffre, certaines de leurs apparitions étaient accompagnées de huées… Cette histoire improbable avait pris bien trop d’ampleur.
Mais le groupe a tenu bon, principalement grâce au marché asiatique, où la plupart de leurs fans n’avaient rien à faire de toutes ces histoires. En effet elles découvrent par exemple au Vietnam un soutien incroyable où à l’occasion d’une émission réunissant plusieurs artistes coréens, où quelques mois après le scandale leur nom est scandé par une partie du public. Si cet acte peut sembler relativement habituel en occident, les fans asiatiques sont en général plus réservés et dans ce type de concert, on ne les entends pratiquement jamais crier leur amour de la sorte. Les tournées s’enchaînent en Asie et principalement au Japon, où le succès est au rendez-vous à l’image de leur double concert au légendaire Budokan à Tokyo, malgré un essoufflement de la vague coréenne au Japon. Entre protectionnisme et nationalisme, les japonais se détournent en effet des artistes coréens et les ventes se font de plus en plus faibles. Ce n’est pas ça qui fait peur aux T-ara, si le Japon présente désormais moins d’intérêt, la Chine ouvre grand ses bras au groupe et elles y multiplient les records. Entre des records de vues sur Yinyuetai (le YouTube chinois), des concerts qui attirent des milliers de fans et participation à des émissions locales, elles peuvent continuer leur carrière sans trop se soucier de leur succès en Corée du Sud.

Sans faire attention aux critiques et avec un nouveau départ, elles vont sortir de temps à autre de nouvelles chansons en restant fidèle à leur principe : explorer de nouveaux styles. Entre le délirant Bunny Style au Japon et le plus sérieux Number Nine en Corée (mais sans Areum, qui a quitté le groupe plus tôt), elles montrent qu’elles n’ont rien perdu de leur superbe. Quelques temps après, c’est avec un concept comédie musicale sous le titre Do You Know Me? qu’elles reviennent. Sans être fan de la chanson j’ai apprécié la prise de risque, le groupe n’a de toute façon plus rien à perdre et on sent qu’elles s’éclatent à tenter des choses, sans la pression du résultat. Ca se ressent sur les performances, à l’image de celle sur Round & Round en 2013 (une vieille chanson coréennes qu’elles avaient déjà repris à la période Roly-Poly).
Parmi leurs dernières sorties, Sugar Free m’a particulièrement marqué. Elles se sont cette fois-ci essayées à l’electro dance music, un pari largement réussi tant la chanson excelle en tout point.

Des activités diverses

Le groupe n’en reste pas là, au fil des années plusieurs membres ont pu bénéficier de chansons solo, que ce soit pour des films, séries ou de véritables débuts sur scène en solo. Comme Soyeon et son What should we finish pour un film d’horreur, Jiyeon qui s’est lancée en solo avec Never Ever ou encore Eunjung et son I’m Good en compagnie de K. Will, et enfin Hyomin avec Nice Body ou Sketch. Au Japon elles ont également toutes pu bénéficier de singles en solo, je retiens particulièrement le Do We Do We de Qri et Ai No Uta de Soyeon.
Elles ont également parfois sorties des chansons en formation plus réduite. Par exemple T-ara a été scindé à un moment en deux sous-groupes : T-ara N4 et QBS. Les premières ont sorti en Corée une chanson interpellant directement les haters en tout genre, tandis que QBS tentait de s’imposer sur le marché japonais avec le titre Like a Wind, dans un style bien plus doux et gentillet. Et c’est également en formation réduite qu’elles se sont lancées sur le marché chinois avec Little Apple, une reprise d’une chanson chinoise qui faisait le buzz, accompagnée d’un clip plutôt marrant.
Bien entendu comme toujours en Corée, en tant qu’idoles elles participent également plus ou moins toutes (et plus ou moins activement) à divers émissions, photoshoots, dramas et films, chacune ayant sa carrière à côté du groupe.

First Love

Vous l’aurez compris tout au long : c’est un groupe que j’aime énormément. Pour la fraîcheur et la bienveillance qui se dégage de chacune de leurs performances, leurs chansons sont en général très entraînantes et elles sont également capables de fournir des ballades incroyables. J’admire leur capacité à tenir bon malgré ce qu’elles ont pu encaisser au fil des années, et malgré un quasi abandon par leur agence qui ne cherche même plus à les promouvoir. Je n’ai eu l’occasion de les voir qu’une seule fois sur scène, à Paris, et c’était un bonheur immense tant elles sont capables de mettre de l’ambiance et donner le sourire en une fraction de seconde. D’ailleurs je regretterai éternellement l’annulation de leur concert  à Séoul en août 2012 à cause du scandale, un concert auquel j’étais censé assister.

C’est un groupe attachant et plein de talent qui aurait mérité une autre carrière. Si j’aime particulièrement la  voix de Soyeon, les autres membres ont chacune leurs charmes et leurs talents, les six membres qui ont débuté avec Lies à l’époque ont chacune apporté une petite touche au groupe, en lui donnant une saveur particulière. Elles forcent l’admiration et il n’est plus aujourd’hui question de séparation : la Chine les as accueillies et elles s’éclatent à chaque concert, profitant de tous ces instants qui auraient pu ne jamais exister. Désormais, elles s’inclinent à 90 degrés à chaque fin de concert devant leurs fans à qui elles doivent tout.

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3 réflexions sur “T-ara, le groupe aux mille visages

    1. Merci à toi ! T-ara a rythmé une bonne partie de ma vie, c’est un des rares groupes que je n’ai jamais cessé de suivre. Difficile de ne pas être plein d’amour en parlant d’elles.

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