Mafia III, une ambiance et des ratés

Mafia III est le nouvel opus de la série de jeu vidéo éditée par 2K Games. Cette fois-ci développé par les américains de Hangar 13, le GTA-like prend un peu de distance avec ses prédécesseurs puisque l’on incarne non pas un membre de la mafia italienne mais un vétéran noir de la guerre du Vietnam, dans un contexte de ségrégation raciale.

Lincoln Clay débarque en 1968 à New Bordeaux, une ville fictive s’inspirant grandement de la Nouvelle Orléans. Après avoir combattu au Vietnam, il est déchargé et retourne dans dans cette ville pour y retrouver ses amis de la mafia noire. Mais il découvre que ceux-ci sont en dette de Sal Marcano, le Don de la mafia italienne. Ils acceptent ainsi de braquer la réserve fédérale pour rembourser la dette, mais ils sont trahis par la famille Marcano qui procèdent à leur exécution. Seul Lincoln survit à l’attaque et après s’être remis de ses blessures, il demande l’aide d’un agent de la CIA qui s’occupait de lui au Vietnam pour faire tomber Sal Marcano. Il se lance alors dans une quête de vengeance avec l’aide des chefs des autres gangs de la ville (les haïtiens avec Cassandra, les irlandais avec Thomas Burke et un ancien lieutenant des Marcano, Vito Scaletta, qui se trouvait être le protagoniste de Mafia II), en attaquant un par un chaque lieutenant de la mafia italienne et en prenant le contrôle de la ville, jusqu’à atteindre le Don.

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Hold On, I’m Comin’

Mafia III a beaucoup été critiqué, à raison, pour sa technique défaillante et ses nombreux bugs. Ainsi, je vais d’abord expliquer ce que j’ai apprécié dans ce jeu qui malgré tous ses problèmes, possède de grandes qualités, plutôt que de faire une liste bête et méchante de tout ce qui ne fonctionne pas.
La première chose qui frappe lorsque l’on commence Mafia III, c’est son ambiance, si on a affaire à une ville fictive, on y retrouve une retranscription fidèle et réaliste de la Nouvelle Orléans de la fin des années 1960. Entre le quartier français, la bande son de l’époque et le racisme ambiant, les développeurs de Hangar 13 se sont appliqués à immerger le joueur dans un univers crédible, effrayant mais également séduisant. Effrayant car la violence est partout, parce que le racisme y est décomplexé et va à mon sens plus loin que ce que l’on a l’habitude de voir dans les jeux vidéo : de nombreux lieux sont interdits à notre personnage, on se fait régulièrement insulter par les autres personnages (qu’ils fassent partie de l’histoire ou ne soient que de simples passants) et on est directement confronté à l’insupportable Ku Klux Klan : le joueur aura d’ailleurs l’occasion avec un malin plaisir de perturber un rassemblement de ce groupe haineux. Mais cet univers est aussi séduisant, car on y retrouve la musique qui porte la ville depuis si longtemps, son carnaval et ses nombreux bars. La Nouvelle Orléans, ici renommée New Bordeaux, est un excellent terrain de jeu et je l’ai parcouru avec beaucoup de plaisir.

L’autre bon point du jeu réside dans son scénario, aussi classique que les deux précédents avec de nombreux emprunts et hommages au cinéma, il prend le pari de se placer sous forme de documentaire où quelques personnages racontent l’histoire du héros, Lincoln Clay. C’est ainsi que l’on découvre chaque étape de sa vengeance, ses répercussions sur la famille Marcano et son impact sur l’économie et la politique locale. Originellement un simple vétéran de la guerre du Vietnam, Lincoln devient peu à peu un ogre craint par toute une ville : le joueur pense initialement mener une vengeance juste et censée, mais se retrouve finalement dans la peau d’un gangster extrêmement violent qui diffère assez peu des malfrats qu’il tue. Le jeu interpelle directement la conscience du joueur, entre le rassemblement où il a l’occasion d’abattre des dizaines de membres du Ku Klux Klan, de dos et par surprise, ou encore lorsqu’il doit livrer des voitures destinées à être piégées par l’IRA en Irlande. Si je regrette de ne pas pu faire certains choix, il est indéniable que je me suis plusieurs fois interrogé sur le bien fondé de certaines missions. On est ici au-delà du simple mafieux ou gangster dépeint dans n’importe quel jeu du genre, avec une violence et des cas de conscience qu’on retrouve plus rarement dans les GTA, qui eux conservent encore une certaine forme de dérision.

Sympathy for the Devil

Mais malgré ses éminentes qualités de narration, de nombreuses missions bien senties et une ambiance très agréable, Mafia III reste plombé par ses bugs et des gros manquements du studio de développement, et ce serait malhonnête d’omettre ça. Si des patchs ont, depuis la sortie, largement amélioré les conditions de jeu (avec la disparition de tout bug bloquant la progression), il est indigne en 2016 de voir un jeu aussi mal fini. Des ombres improbables, une IA qui facilite grandement l’infiltration tant elle est stupide, des voitures qui volent au moindre contact, des bugs de collision et un clipping qui rappelle la belle époque de la PS2 : les développeurs de Hangar 13 ont pratiquement tout raté et ne peuvent que remercier le travail des level designers qui sert de cache-misère à une technique scandaleuse. La faute à un moteur maison probablement, mais aussi surtout à des délais de développement toujours plus courts, qui plus est pour un jeune studio qui développait ici son premier jeu. Finalement j’ai décidé de prendre ces soucis avec dérision, ce qui s’avère être le seul moyen de lutter entre certains plans particulièrement laids et des décors qui apparaissent trop tard.
Doté d’une grosse durée de vie (environ 40h pour en voir le bout), Mafia III reste un jeu devant lequel je me suis beaucoup amusé à voir se dérouler l’histoire de Lincoln Clay mais aussi à parcourir une ville et des marais au level design intéressant malgré tous les problèmes pré-cités, et il en est de même pour les missions principales, où le joueur se voit toujours offrir le choix entre infiltration et action. A côté de l’histoire principale, le jeu regorge de missions secondaires qui ont pour but de nous faire prendre le contrôle de la ville ; des missions certes répétitives, mais qui permettent d’explorer chaque recoin de la ville. Il en est de même pour tous les collectibles, entre les tableaux d’Alberto Vargas, les pochettes de vinyles et les magazines Playboy de l’époque, tout a été pensé pour nous envoyer droit vers la Louisiane  de 1968.

Je suis souvent critique des mondes ouverts, mais ici ça marche donc plutôt bien. Les bugs sont nombreux, néanmoins le soin apporté à la narration et à l’utilisation de ce grand espace, l’immersion et la bande son de très grande qualité fonctionnent si bien que j’arrive à lui pardonner tous ses ratés. Le jeu peut se révéler frustrant tant avec un peu plus de travail il aurait pu figurer parmi les meilleurs titres de l’année, mais Mafia III reste un jeu que j’ai apprécié de bout en bout, et le conseille volontiers à ceux qui sont attirés par ce genre d’histoire.

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