Seoul Station, à la veille du dernier train pour Busan

Il y a quelques mois le réalisateur sud-coréen Yeon Sang Ho surprenait tout son monde avec Dernier train pour Busan, un film d’horreur particulièrement émouvant qui venait mettre un coup de pied dans le genre du zombie avec une approche plus humaine. A la sortie de l’édition Blu-ray du film ce mois-ci on découvre avec tout autant de surprise la présence de Seoul Station dans ses bonus, un film d’animation qui sert de préquelle au film succès du box-office.

Gare de Séoul une soirée d’été, le monde va bientôt connaître l’apocalypse. Plusieurs protagonistes se croisent au fil de l’aventure et découvrent ensemble un mal d’un nouveau genre : une folie qui anime leurs amis et les pousse à les attaquer. Suk Gyu est à la recherche de sa fille, Hye Sun, mais tous deux vont devoir tenter de survivre alors que le danger est partout.

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Une allégorie de la société sud-coréenne

Le lien avec Dernier train pour Busan est assez rapide à établir : celui-ci démarrait quelques heures avant le départ du héros et sa fille, à l’aube, à la gare de Séoul pour prendre le train pour le sud du pays. Sur le chemin, on pouvait voir de la fumée au loin et des cendres retomber près d’eux : voilà où l’action de Seoul Station se déroule. Ce film d’animation commence dans la nuit quand la gare est sur le point de fermer, où le virus commence à se propager parmi des sans abris. Pensant initialement qu’il s’agit d’une folie meurtrière qui agite les sans abris, les autorités n’y prêtent pas une attention énorme et l’épidémie peut alors se propager très rapidement, à une heure où une bonne partie de la ville est en train de dormir et où les autorités désertent les rues. Au fil des heures le chaos embrase les alentours de la gare de Séoul et nos quelques héros tentent tant bien que mal de survivre au milieu de tout ça, à la manière de Dernier train pour Busan. La jeune fille recherchée par son père obtient l’aide d’un sans abri afin de trouver un endroit sûr, tandis que son père la recherche avec le petit ami de sa fille, dans une quasi-course poursuite au milieu de la mort.

Mais plus qu’un film de zombie, Seoul Station vient raconter l’histoire de quelques personnages torturés, qui connaissent chacun des vies difficiles et loin des paillettes qu’offre en apparence Séoul. L’héroïne se prostitue, son petit ami est un loser et son père semble complètement paumé, comme les sans abris qui ne sont jamais pris au sérieux par les autorités à cause de leur statut. Seoul Station vient marquer l’échec d’un modèle de société et se sert des zombies pour montrer toutes les inégalités et la haine d’une partie du peuple, laissé loin en bas de la marche du capitalisme et des richesses. On observe par exemple un sans abri raconter à un de ses amis qu’il a construit plusieurs des grattes ciels qui les entourent, mais il se retrouve pourtant à vivre à même le sol dans une gare qui voit passer des millions de voyageurs chaque année. On retrouvait la même idée dans Dernier train pour Busan avec une lutte qui s’installe dans le train, mais également les manifestations dans des usines, et c’est une nouvelle réussite pour le réalisateur sud-coréen : les zombies constituent une menace constante mais le fond de l’histoire repose sur les inégalités qui ont poussé les personnages vers ce chaos. Ces protagonistes sont plein de haine contre une société qui les a abandonnés, et ils sont au plus proche de ce qu’on peut attendre d’humains dans ces circonstances. Ils ont leurs problèmes, leurs colères, et ils ne sont pas des héros.

Une préquelle dispensable mais un film d’animation indispensable

Le lien initial entre les deux films va en s’atténuant jusqu’à complètement disparaître : Seoul Station prend fin à l’aube, c’est-à-dire plus ou moins au moment où Dernier train pour Busan commence, et le quartier de la gare est déjà plongé dans le chaos. Cela tranche complètement avec le film où les héros prennent sans mal le train, dans une gare qui est censée avoir vu naître l’épidémie et connue des scènes de guerre. Du coup sur ce point la préquelle se révèle plutôt décevante, comme si en cours de route les scénaristes et le réalisateur avaient mis de côté la chronologie de l’histoire. Au final le lien entre les deux films s’analyse plutôt du côté des thèmes abordés comme j’en ai parlé précédemment. Plus qu’une histoire de zombie Seoul Station nous raconte l’histoire d’une société déchirée entre les forts et les faibles, les riches et les pauvres, une société où les zombies viennent traduire une haine rampante entre les classes et contre l’autorité. En effet l’héroïne est une prostituée, son petit ami la maltraite et les SDF qui entourent ces personnages tranchent complètement avec l’impression de richesse que tente de donner la Corée du Sud. Tout ce beau monde va donc tenter de survivre jusqu’à un twist final inattendu et particulièrement bien senti.

Seoul Station mérite amplement d’être visionné et sa présence en bonus sur l’édition Blu-ray de Dernier train pour Busan est une vraie bonne surprise. S’il a du mal à remplir son rôle de préquelle tant les liens avec le film sont détruits sur la fin, c’est un film d’animation très touchant, doté de personnages attachants et qui a le mérite d’interroger le spectateur sur un sujet de lutte des classes qui semble être cher au réalisateur. Encore une fois Yeon Sang Ho parvient à proposer une aventure véritablement humaine au milieu de la mort qui hante les rues de Séoul sans trop partir dans le gore ou le ridicule qui caractérisent habituellement les films du genre.

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