Final Fantasy XV, l’histoire d’un gâchis

Développement tumultueux et attentes énormes, Final Fantasy XV se traîne toutes les tares du jeu vidéo moderne. Condamné à ne pas décevoir, le dernier opus de la célèbre licence de RPG japonais était contraint de faire revenir les fans de la série, qui a eu du mal ces dernières années à tenir son rang d’icône, tout en attirant un nouveau public dans l’espoir de redevenir une référence.

Débutant là où le film Kingsglaive se termine, Final Fantasy XV nous met dans la peau de Noctis, le prince du Royaume de Lucis. En plein voyage avec ses trois meilleurs amis alors qu’il est promis au mariage avec la belle Lunafreya dans le cadre d’un accord de paix entre son Royaume et l’empire militaire du Niflheim, Noctis apprend que son père a été tué dans une attaque de l’empire. Par la force des choses, il se retrouve lancé dans une quête de vengeance et de protection d’un royaume en proie à la force du Niflheim.

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J’étais sur la route, toute la sainte journée…

Noctis n’est pas prêt pour ça. Jeune et immature, la seule chose qu’il souhaite c’est de s’amuser avec ses amis et laisser son père gérer les affaires politiques. Mais après l’assassinat de ce dernier, il se retrouve propulsé roi héritier et détient alors entre ses mains l’avenir du royaume. Le Niflheim s’était montré menaçant par le passé mais n’avait jamais attaqué le Lucis, une époque désormais révolue. Dans une quête qui le mène aux quatre coins du monde, Noctis devra apprendre à assumer sa stature mais également découvrir pourquoi son père a été assassiné, par qui, et dans quel but. Le cristal qui protégeait le royaume est le point central des hostilités : volé par le Niflheim, c’est lui qui permettait d’assurer la défense de la cité en générant un dôme géant. Mais maintenant qu’il a disparu, le royaume présente un air de destruction, plongeant ses habitants dans un danger perpétuel entre les soldats de l’empire et les monstres qui arpentent les plaines qui entourent les villes.

Final Fantasy XV se présente comme un road trip. Un road trip entre une bande d’amis insouciants qui amènent leur prince vers sa promise. Sur leur chemin des galères, des soirées au coin du feu et surtout beaucoup de bons moments immortalisés par Prompto, le passionné de photographie. La nouvelle de l’attaque du Niflheim va bouleverser leur quotidien et ce qui n’était originellement qu’un road trip entre amis va devenir un voyage initiatique pour un jeune héros contraint de vite mûrir pour devenir le Roi que son peuple attend. Lui seul peut obtenir le pouvoir permettant de mettre un terme à cette guerre, avec l’aide de sa promise Lunafreya, « l’Oracle » censée le protéger. Alors le jeu va nous faire découvrir au fil des heures une succession de nouveaux paysages alors qu’on se balade à bord d’une voiture pour rejoindre le lieu où se trouve cette fameuse demoiselle. Pas avare en quêtes secondaires, on va être amenés à traverser de nombreux donjons en rendant service aux habitants qui peuplent le royaume, comme tout bon Roi est censé faire pour son peuple, tout en évitant le harcèlement constant des soldats de l’empire qui tentent de kidnapper Noctis. Avec une quasi-liberté dans la première moitié du jeu, on prend du plaisir à se balader dans un vaste monde qui mélange désert, marais ou encore volcan, prenant le temps régulièrement pour admirer la beauté des paysages. Même si les quêtes secondaires ne sont pas très passionnantes, et symptomatiques des problèmes qui gangrènent les RPG où le héros qui devient l’homme à tout faire d’un peuple qui n’est pas capable d’aller chercher seul une grenouille dans un coin du marais, je dois avouer m’être laissé prendre au jeu du road trip avec cette sensation de liberté qu’offre le jeu. La découverte des animaux qui peuplent le monde, le danger provoqué par certains ennemis imposants rendent ce voyage particulièrement agréable, avec un sentiment qu’enfin les créateurs du jeu se sont creusé la tête pour rendre le voyage initiatique intéressant, et pas seulement sa conclusion. Mais on ne s’éternisera pas pour autant, car la sensation d’être sans cesse poursuivi par l’empire (avec des soldats qui se pointent de manière aléatoire mais toujours au mauvais moment) et les nombreuses quêtes nous poussent à une fuite en avant qui permet d’explorer les quatre coins de la carte avec toujours ce même plaisir de découvrir des lieux inattendus.
Je regrette toutefois l’absence quasi totale de grande ville, puisqu’elles ne sont qu’au nombre de deux et le reste se limitera à des stations services et campements qui se ressemblent tous. Ce n’est toutefois pas si dommageable, car Final Fantasy XV à vocation à donner le sentiment au joueur qu’il est proche de cette bande d’amis qui découvre toutes les merveilles du monde en sa compagnie, et il le réussit parfaitement. D’autant plus que le jeu peut compter sur une bande son de très grande qualité, et des voix françaises qui rappellent qu’on a d’excellents doubleurs en France. La fin du jeu est presque un déchirement, pas forcément pour son scénario, mais parce qu’on vient de passer quarante heures en compagnie de quatre personnages extrêmement attachants à qui il est temps de dire au revoir.

Celui qui avait tout pour plaire

Si je me suis tant attardé sur l’aspect road trip et attachant des personnages, c’est parce que c’est hélas la seule chose que je garderai en mémoire. En proposant un univers détaillé et accrocheur comme j’en ai parlé dans ma critique de Kingsglaive, une histoire politique intéressante et un gameplay de type Action-RPG (avec des combats en temps réel, rompant avec la tradition tour par tour de la licence), Final Fantasy XV avait absolument tout pour être une des références du genre et même s’imposer comme le meilleur opus de la licence. Malheureusement ce potentiel ne sera jamais atteint, car passé la première moitié enchanteresse on ne gardera qu’une mauvaise image de ce jeu. Constitué de 15 chapitres, les 6 derniers mettent le monde ouvert et la liberté de côté pour faire place à une succession de chapitres très linéaires qui ont pour objectif de faire véritablement avancer le scénario jusqu’au dénouement final. Mais tous ces chapitres, qui se terminent en quelques heures, apparaissent terriblement maladroits et ne parviennent pas à faire le lien avec ce qu’il s’est passé précédemment. Tout tombe comme un cheveu sur la soupe avec des retournements de situations improbables, des révélations qui n’ont aucune sens et un grand méchant qui se révèle enfin sans qu’on sache trop pourquoi. Au-delà de cette esquisse de scénario, le jeu n’offre alors rien de plus qu’une succession de couloirs et de combats inintéressants. En effet au cours de ces combats on se contente d’appuyer sans cesse sur le même bouton, à la Track & Field, en regardant les points de vie de boss inoffensifs baisser péniblement. Les « sacs à points de vie » n’étaient pas intéressants en 1997, et ils ne le sont toujours pas.
Mais c’était finalement attendu avec son développement très difficile. Pour rappelle le jeu s’appelait originellement Final Fantasy Versus XIII et devait s’insérer dans l’univers « Fabula Nova Crystallis » que Square-Enix tentait de mettre en place dans de nombreux jeux de la licence, sur Playstation 3 principalement. Mais son développement a été marqué par de nombreux problèmes, qu’ils soient d’ordre créatif (avec le départ du créateur Tetsuya Nomura, remplacé par Hajime Tabata) ou d’ordre technique. Au final, le jeu sort avec des années de retard et donne le sentiment que la réalisation de toute la dernière partie a été précipitée pour enfin sortir le jeu et en finir avec ce qui était devenu un vrai gouffre financier pour l’éditeur.

Voilà donc ce qu’est Final Fantasy XV : un potentiel énorme, un univers séduisant et des personnages attachants. Mais il ne sera jamais rien de plus, car il a pâtit de choix douteux et d’un développement difficile, qui se ressent particulièrement dans les derniers chapitres. Le joueur se retrouve complètement largué et les trous de l’histoire sont vaguement expliqués par des textes lors des écrans de chargement. D’ailleurs, il est absolument impossible de comprendre l’histoire de départ : sans voir Kingsglaive, rien n’est expliqué sur la situation initiale et il faut se contenter de vagues images du film balancées sans aucune explication. Mais finalement le plus triste, c’est tout un pan de l’histoire coupé à la hache, poussant l’éditeur à promettre une future mise à jour comblant ce trou.
Bref, Final Fantasy XV c’est l’histoire d’un terrible gâchis, un des plus gros regrets du jeu vidéo.

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3 réflexions sur “Final Fantasy XV, l’histoire d’un gâchis

  1. Moi qui n’aime pas les JRPG on m’a quand même conseiller de me mettre a ce jeu. Et… Quelle horreur, on ne m’y prendra plus c’est fini! J’ai détesté tout de bout en bout. Déjà j’ai eu la mauvaise idée de voir le film avant de jouer (car je m’attendais à un truc badass en jeu) et je suis tombée sur une bande de clampin sans charisme et avec des personnalités tellement exaspérante. Le traitement de la femme dans ce jeu m’a presque fait jeter ma manette. Le vide des quêtes, de l’univers, du scénario… Les baisses de qualité graphique (l’impression d’être sur PS3 parfois) les soucis de caméra complètement bourré… Bref, … Wouh plus jamais de FF pour moi j’ai ma dose. Dommage pour les fans, me semble qu’il n’a pas été super bien reçu par la critique.

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    1. Ah oui, le traitement de la femme n’est pas fameux : ce FF XV s’éloigne des JRPG plus classiques mais garde sa misogynie caractéristique. On a la demoiselle en détresse et la fille sexy à côté.

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      1. J’en ai fait un article sur mon blog ou j’ai été infâme avec le jeu… Mais je regrette pas. Déjà qu’il n’y a pas de perso jouable féminin…

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