Split, dans la tête de M. Night Shyamalan

Après quelques égarements, M. Night Shyamalan semblait bien décider à renouer avec le succès grâce à Split, un thriller horrifique avec James McAvoy en tête d’affiche. Dans cette histoire morbide, trois adolescentes sont enlevées par « Dennis », une des trois personnalités qui cohabitent dans le corps d’un certain Kevin.

Depuis plusieurs années la psychiatre Karen Fletcher (Betty Buckley) s’occupe du cas de Kevin Wendell Crumb (James McAvoy), un homme victime d’un trouble dissociatif de l’identité qui provoque en lui l’apparition de vingt-deux personnalités, en plus de la sienne. Chacune tente de s’accaparer la « lumière », lui permettant de prendre le contrôle de son corps. Si la plupart d’entre elles sont inoffensives, certaines provoquent en lui des pulsions inquiétantes et vont le pousser à kidnapper Casey (Anya Taylor-Joy) et deux de ses amies, à qui il promet l’arrivée prochaine du « vingt-quatrième ».

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We are extraordinary

Dès le début du film on nous présente Casey comme une adolescente à part, bien loin du cliché de la jeune riche pourrie gâtée. Mais elle incarne tout de même un autre cliché : l’adolescente emo pour qui il n’y a rien de pire que la vie, habillée en noire et qui ne sourit jamais. Du coup Split part sur de mauvaises bases, comme un mauvais film de série B où on va suivre une bande d’adolescentes clichés être entraînées dans le repaire d’un psychopathe. Finalement on en est pas loin lorsque l’enlèvement a lieu, avec « Dennis » qui les mène jusqu’à une petite pièce où se trouvent des lits, avec une salle de bain juste à côté.
Mais fort heureusement, M. Night Shyamalan se reprend vite en main et nous propose un personnage intriguant parfaitement incarné par James McAvoy : Kevin et ses nombreuses personnalités. On voit défiler certaines d’entre elles et leurs discours tous plus confus les uns que les autres, invitant le spectateur à y mettre de l’ordre pour comprendre ce qu’il se trame réellement. Au milieu de cela, on voit quelques scènes entre la psychiatre et son patient, qui viennent trancher avec la tension des échanges entre « Dennis » et les adolescentes.

Avec une tension qui monte au fil des minutes, une atmosphère bien aidée par l’environnement glauque où se déroule une bonne partie du film, le spectateur est plongé dans un thriller psychologique brutal où le danger peut venir à tout instant, dépendant de la personnalité qui aura accaparé la « lumière » à ce moment-là. Parfois un enfant inoffensif, parfois une femme autoritaire ou d’autres fois un pervers psychotique, Kevin se laisse submerger par toutes ces personnalités qui, selon la psychiatre, croient chacun « à 100% » à leur existence. Inspiré de la vie de Billy Milligan, c’est bien le personnage principal de cette histoire morbide qui fascine. M. Night Shyamalan a su donner une épaisseur importante au personnage et mettre en scène l’arrivée de chaque personnalité, d’une telle manière que l’on redoute chaque fois que la porte s’ouvrira : est-ce qu’il sera inoffensif, ou va-t-on assister à une scène terrible ?
Il faut toutefois saluer le travail de James McAvoy qui offre là une performance géniale, capable de nous faire croire l’espace de quelques minutes qu’il n’a que 9 ans, ou à un autre moment qu’il est un pervers victime de trouble obsessionnel compulsif. Le récit reposant essentiellement sur lui, c’était évidemment un point important et une grande réussite. En fin de compte si je dois recommander ce film à quelqu’un, ce sera principalement pour la performance de cet acteur tant il est convaincant dans un rôle vraiment pas évident.

Wildewoman

Malheureusement cette montée en puissance au fil du récit ne mènera à rien : les révélations qui sont faites sont amenés avec des grands sabots et avaient été devinées par le spectateur dès le début, tandis que l’action vire à la série B. Si M. Night Shyamalan disposait là d’une matière intéressante pour offrir quelque chose de plus profond, à la hauteur du personnage qu’il a imaginé, on se rend compte que son objectif n’était que de nous mener à un final ridicule qui reprend les codes du thriller horrifique sans en faire grand chose d’intéressant.

La sortie d’un film de M. Night Shyamalan est toujours un petit événement : souvent décevant, le réalisateur américain propose ici un film assez sympathique qui manque malheureusement d’un petit quelque chose. Avec sa fin à la limite du ridicule et ses révélations qui n’en sont pas, le film a un mauvais arrière goût malgré un quasi sans faute pendant plus d’une heure et demi. Dommage.

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