Les Figures de l’ombre, ségrégation au sein de la NASA

Du haut de ses nominations aux Oscars en 2017, Les Figures de l’ombre arrive en France et vient nous raconter la formidable histoire vraie de trois scientifiques afro-américaines qui ont intégré la NASA en pleine ségrégation raciale, afin de participer au programme spatial visant à envoyer un homme dans l’Espace.

Katherine Goble (Taraji P. Henson) est une mathématicienne aux aptitudes extraordinaires qui travaille au sein d’un groupe de calculatrices humaines sur le campus ouest du Centre de recherche Langley à Hampton en Virginie. Avec elles, deux amies et collègues : l’aspirante ingénieure Mary Jackson (Janelle Monáe) et la superviseure Dorothy Vaughan (Octavia Spencer). Dans un contexte de « guerre des étoiles » avec l’URSS et sa course à l’Espace, on apprend que la Russie est parvenue à lancer Spoutnik 1. C’est à ce moment que Al Harrison (Kevin Costner) agrandit son équipe et recrute au sein de celle-ci la mathématicienne Katherine Goble. le but est d’envoyer un homme dans l’Espace avant l’URSS.

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Sticks and Stones

Le film réalisé par Theodore Melfi nous invite donc dans une Virginie des années 1960 où la ségrégation est bien présente : les femmes de couleur sont « parquées » dans le campus ouest et travaillent entre elles, sans avoir de véritable contact avec le reste des employés. Mais c’est leur travail à la NASA qui va leur permettre de se faire une nouvelle place, et le réalisateur nous annonce la couleur dès les premiers instants avec l’intervention hautement désagréable d’un policier alors que la voiture des trois jeunes femmes est en panne, qui va se transformer en escorte policière lorsqu’il apprend qu’elles vont sur le lieu de travail : la très haute estimée NASA. Le contexte politique est bien présent, puisqu’on va voir que la ségrégation sera mise de côté par les protagonistes (avec un Kevin Costner en chef qui défie les lois) pour tous tirer dans le même sens : combattre l’habituel ennemi soviétique sur le terrain de la conquête spatial.
Avec ses deux dimensions, d’un côté la difficile intégration des héroïnes dans une institution où les femmes, et encore plus de couleur, sont mal acceptées, et d’un autre côté la conquête spatiale, Les Figures de l’ombre se pose comme le récit d’un passé proche où les enjeux dépassaient largement ses principaux acteurs. Le film propose quelque scènes fortes, que ce soit celle où Katherine Goble va dire ce qu’elle ressent au fond d’elle à une assemblée d’hommes qui refusaient de voir l’évidence, ou bien la scène où Al Harrison va briser le « mur » symbolique qui s’était installé entre les blancs et les noirs.

Pourtant le réalisateur Theodore Melfi refuse de sombrer dans le pathos et les bons sentiments : avec des héroïnes résolument optimistes et pleines d’ambitions, on voit plutôt se dérouler une histoire où elles gravissent les échelons et utilisent leurs compétences exceptionnelles pour se faire respecter par leurs collègues. Les enjeux sont exceptionnels : envoyer un homme dans l’Espace, et c’est ces circonstances très particulières qui vont leur permettre de s’affirmer et de dépasser les règles établies par une société gangrenée par le racisme. Si le film fonctionne aussi bien, c’est aussi et surtout grâce à des personnages extrêmement sympathiques : les trois héroïnes, chacune à sa manière, apporte une touche de sympathie à une histoire pourtant souvent frustrante. Leurs sourires viennent trancher avec le mépris de ceux qui les entourent et elles donnent une belle leçon d’humanité.

I See a Victory

La dynamique installée entre les enjeux colossaux et l’histoire de ces trois personnes fonctionne donc très bien, avec un parallèle constant entre une politique qui prend une nouvelle dimension (la course à l’Espace) et une société changeante. Si l’intrigue se déroule essentiellement au sein des bureaux de la NASA, c’est par cette poignée de protagonistes que le réalisateur fait passer tous ces changements : leur attitude de plus en plus amicale, l’acceptation que ces personnes aux origines différentes sont capables d’être aussi, voire plus, compétentes, que les plus grands cerveaux blancs de l’institution. Malgré tout, j’ai été déçu par la prestation de certains acteurs, en particulier Glen Powell dans le rôle de l’astronaute, ou Jim Parsons qui semble bien incapable de sortir de son rôle de Sheldon dans The Big Bang Theory. Pourtant, c’est un personnage déterminant puisqu’il incarne ce changement d’état d’esprit qui a bouleversé la Virginie et les Etats-Unis à la fin des années 1960. Heureusement le trio d’actrices est très convaincant, et Taraji P. Henson est irrésistible.

Les Figures de l’ombre fait partie de ces « feel good movie », où malgré des enjeux colossaux les principaux protagonistes sont capables de donner le sourire à tout instant. Certaines situations sont frustrantes et enrageantes, et c’est bien pour cela que ces héroïnes forcent le respect des spectateurs, comme les femmes dont elles sont inspirées l’ont fait il y a cinquante ans. Malgré quelques accrocs, notamment au niveau du casting des personnages secondaires, c’est un film devant lequel j’ai passé un très bon moment.

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